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Côte d'Ivoire: Listing électoral sur le net/ Un expert met en garde : "C'est exposer l'état civil ivoirien au monde entier"
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Fraternité Matin (Abidjan)
5 Juillet 2008
Publié sur le web le 7 Juillet 2008
Interview réalisée par Emmanuel Kouassi
Abidjan
Ivoirien vivant aux Etats-Unis, Demba Traoré, expert en cybercriminalité, était récemment à notre rédaction. Il apporte sa contribution au processus électoral.
Depuis les Etats-Unis où vous vivez, quel regard jetez-vous sur la situation politique en Côte d'Ivoire ?
Je pense qu'il faut féliciter les acteurs du Dialogue direct qui nous a permis de faire un grand pas en avant. Et nous espérons que le 30 novembre 2008 est la date où le peuple ivoirien sera libéré grâce à des élections transparentes et équitables.
Pensez-vous que les élections pourront se tenir à la date du 30 novembre 2008 ?
Mieux que penser, je souhaite vivement qu'elles puissent se tenir. Tout le monde s'active dans ce sens. Donc il n'y a pas de raison que ces élections n'aient pas lieu.
Cette année, l'organisation des élections sera marquée, pour une question de transparence, par la mise de la liste électorale sur Internet. Saluez-vous cette innovation ?
La liste électorale sur Internet, je dois vous dire, en tant qu'architecte Web, que la sécurité est difficile à garantir. Mettre le listing électoral sur Internet, c'est risquer de graves dangers.
Quels dangers la Côte d'Ivoire court-elle en mettant le listing électoral sur Internet ?
Certes, nous visons la transparence, mais quand on connaît le taux de connexion ou de connectivité des Ivoiriens à l'Internet, on peut dire que moins de 5% de la population auront accès à cet outil. Pour aller voir ou déterminer où aller voter. En général, je suis un défenseur d'Internet. Mais dans le cas d'espèce, nous pensons que c'est un risque qui n'en vaut pas la peine.
Vous opposez-vous donc à une décision qui semble être le voeu des acteurs politiques, de la Commission électorale indépendante (CEI), qui constitue un des piliers de la réconciliation et par ricochet, de sortie de crise ?
En mettant le listing électoral sur Internet, nous exposons l'Etat civil ivoirien au monde entier. Et, avec la cyber criminalité qui est d'actualité aujourd'hui, et malheureusement le manque de loi dans ce sens-là, nous allons donner l'occasion à ces cybercriminels de faire du faux avec l'état civil ivoirien. C'est un grand risque. Moi, défenseur de l'Internet, je le répète, je pense que ce risque ne doit pas être pris.
Que proposez-vous concrètement pour qu'il y ait des élections transparentes en Côte d'Ivoire, pour permettre au pays de retrouver la paix ?
On peut utiliser les méthodes traditionnelles qui consistent à imprimer le listing électoral et l'afficher dans les collectivités locales où les gens pourront vérifier leurs noms, les lieux de vote, etc. Mais, l'Internet est un risque, parce que la sécurisation n'est pas garantie ; ça, c'est d'un. De deux, on ne sait pas où ce listing électoral sera logé ; on ne sait pas qui y aura accès. Ce sera vraiment une façon de brader l'état civil ivoirien. En plus de ce danger, il y a un problème de liberté civile qui se pose. Est-ce qu'on expose les données personnelles des populations avec leur consentement ? Est-ce qu'on a pris ce genre de dispositions ? Donc nous disons qu'il faut voir d'autres conséquences, juridiques, et nous laissons le soin aux juristes. Mais, en tant qu'expert en cyber criminalité, nous interpellons les autorités chargées des élections afin de revoir leur position. Nous nous mettons à genoux pour demander aux responsables de la CEI de revoir leur position en ce qui concerne la publication de la liste électorale sur Internet. A moins qu'ils nous disent que personne ne pourra avoir accès à ce listing une fois mis sur Internet, de façon abusive.
Comment les Ivoiriens vivant aux Etats-Unis se préparent-ils à participer au scrutin ?
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Pour parler un peu justement de cyber criminalité et de listing électoral, là-bas, les gens sont beaucoup plus conscients des cas de vol d'identité. C'est donc dire qu'il est peu probable que nos compatriotes donnent leurs pièces d'identité à une tierce personne pour aller les inscrire dans les ambassades. Quand les gens ne sont pas sûrs que leur identité sera sécurisée, ils ne prennent pas le risque de s'inscrire. Donc, à ce niveau-là, le taux d'inscription est encore faible. Mais le politicien devra régler tout cela et pouvoir motiver nos compatriotes à aller s'inscrire sur le listing électoral à l'ambassade.
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