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Cameroun: Vérités sur l'incarcération de Lapiro
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Le Messager (Douala)
7 Juillet 2008
Publié sur le web le 7 Juillet 2008
Marlyse Sibatcheu et Franck ESSOMBA
L'ordonnance de renvoi ne présente que des témoignages à charge. Le prévenu estime qu'il y a une cabale contre lui. Voici ses preuves.
Un instant avec Lapiro de Mbanga
Difficile de voir Lapiro de Mbanga à Nkongsamba. L'auxiliaire de l'administration, artiste-musicien et leader d'opinion est pourtant dans la capitale du café depuis le 27 juin 2008. C'est ici, à la prison principale, qu'il purge une peine non encore prononcée. Pour de nombreux gardiens, c'est " un prisonnier qui peut nous causer des problèmes à tout moment. " Il a été transféré de la prison de Mbanga pour la prison de Nkongsamba, par le juge d'instruction du tribunal de première instance de Mbanga, selon une ordonnance de renvoi datée du 10 juin 2008. Se déclarant incompétent pour connaître des faits qui lui sont reprochés, le tribunal de première instance l'a renvoyé devant le tribunal de grande instance du Moungo qui devra désormais juger Lapiro. Copieusement surveillé, certaines visites, comme celles de journalistes et leaders d'opinion par exemple, lui sont interdites.
Ce dimanche, le campus carcéral qui date de l'époque coloniale affiche sa mine de désespoir. Les cagibis des gardiens tombent en ruines. Sous une tente recouverte de nattes perforées, des visiteurs attendent qu'on fasse venir " leur prisonnier ". Comme l'indique le gardien, " il est interdit de voir quelqu'un dans sa cellule. On vous enregistre, on le fait venir à un point de rencontre, et là, vous pouvez parler. " Quand le nom du prisonnier est prononcé, le visiteur se présente à la guérite. Un gardien famélique, amaigri, avec des traits de visage aussi durs que des billons sur sol granitique, exige de se faire corrompre pour entrer. 1000 ou 2000 Fcfa suffisent pour ceux qui n'ont pas le permis de communiquer.
Le hall de la prison est crasseux. Deux geôliers, arme au poing, sont assis sur une chaise de bois fantomale. Une table abritant presqu'une termitière leur sert de bureau. Le bois qui forme la charpente, noir au départ, est devenu marron et perforé à force de résister au temps. Sur le tableau d'affichage, on constate que 25 personnes sont en corvée. Le vestibule de cette maison qui compte quelque 480 pensionnaires peut s'écrouler à tout moment. Au fond, on entend quelques bruits discrets des prisonniers habitant une dizaine de cellules réparties dans deux quartiers : celui des prévenus et celui des condamnés. " Mais comme les prévenus sont plus nombreux que les condamnés, certains se retrouvent dans le quartier des condamnés ", explique quelqu'un dans le hall.
Derrière les barreaux
Impossible de voir entièrement le prisonnier. Seul son visage est mis à découvert derrière une grille qui fait penser au tétanos. La " boule zéro " de Lapiro de Mbanga apparaît du fond d'une antichambre peu éclairée. Des bouts de cheveux blancs tentent de prospérer sur son crâne. Les traits de visage restent les mêmes, sauf qu'ils ont perdu en épaisseur. " Tara, je ne pèse plus que 65 kg alors que j'en avais 85 quand j'arrivais ici ", lâche Ndinga Man. " Ce n'est pas la prison ici, mais un camp de concentration ", ajoute-t-il avec un peu d'humour. De temps en temps, des personnes avec qui il est désormais familier l'interpellent. " Majestor ", lancent-ils, et lui de répondre : " Yè yèee ! "
Il se renseigne sur l'état de santé de ses enfants, demande des nouvelles de ses amis, envoie des messages oraux à transmettre, Son épouse, bien peinée, essaie tant bien que mal de répondre à ses attentes. Au moment où les gardiens de prison pressent les visiteurs de retourner, Tara continue de révéler ses misères à Nkongsamba. " J'ai été enchaîné, avec une vingtaine d'autres prisonniers, comme du temps de Kounta Kinté, pour être présenté au procureur ", affirme-t-il en secouant la tête. " Ce sera peut-être la même chose le 9 juillet, quand on nous amènera pour l'audience au tribunal ", prédit-il. Cette situation touche bien Lapiro qui, en dehors du coup porté à son moral, paye aussi un tribut physique. Le pensionnaire de la cellule 2 est en effet malade.
" Voici là où les grèves m'ont finalement conduit ", dit-il. Après les villes mortes du début des années 1990, " je me suis retrouvé en exil forcé. Maintenant, c'est la prison Tout ça alors que je n'y suis pour rien. " Lapiro de Mbanga est convaincu que de gens tapis dans l'ombre, certainement jaloux de sa notoriété, et définitivement décidés à en découdre avec lui, montent de toute matière des pièces d'un puzzle qui pourra se détruire au grand jour. " Il n'ont aucune preuve contre moi ", martèle-t-il.
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Ça y est. Maintenant les gardiens n'en veulent plus. Il faut partir. Son épouse lui fait un bizou central à travers les bars de fer. Et lui fait un geste d'au revoir de la main. Fin d'entrevue. Rendez-vous au tribunal de grande instance après demain, mercredi 9 juillet 2008 !
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