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Burkina Faso: Crise à l'université de Ouagadougou - Mais pourquoi pas une médiation ?


San Finna (Ouagadougou)
 

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San Finna (Ouagadougou)

ANALYSE
8 Juillet 2008
Publié sur le web le 8 Juillet 2008

Sidibé Issouf
Ouagadougou

C'est courant, il y a toujours des médiations dans toutes les crises quelles soient nationales ou internationales. Parmi les affaires nationales pendantes : revendications sociales (syndicats), politiques (refondation) et militaires (apurement des droits), les revendications estudiantines ne sont pas à négliger.

La crise universitaire déclenchée depuis le 17 juin 2008 aurait peut-être besoin d'une urgente médiation. La situation actuelle l'exige et il y a des femmes et des hommes de ce pays disponibles et dotés de compétences pour jouer ce rôle. Mais avant comment est-on arrivé à la fermeture de l'Université ? Des petites revendications corporatistes de l'ANEB/Ouaga, nous sommes arrivés à une situation de crise générale embarquant tous les acteurs de notre temple du Savoir, ''Le populi Sapientia populi''.

Une crise d'autant plus réelle que l'issue de l'année académique n'est pas certaine. En effet, tout est parti de la marche a priori pacifique des corporations des UFR SVT et SEA sur la présidence de l'Université pour la satisfaction de leurs plates-formes revendicatives (des locaux et du matériel didactique moderne et un système d'encadrement d'évaluation digne d'une université moderne). Une marche interdite par les autorités universitaires qui conduit à l'appel des Forces de l'Ordre pour veiller sur la présidence de l'Université de Ouagadougou. Selon l'ANEB, cet état de fait met en évidence les ''élans fascistes'' du professeur Jean Kouldiaty président de l'Université.

Une répression barbare et féroce s'est abattue sur l'ensemble des étudiants, de l'Université et certains usagers du boulevard Charles De Gaulle le 17 juin dernier. Bastonnades, jets de gaz lacrymogènes, tirs à balles réelles ont été les méthodes pour réprimer les grévistes. Même certains éléments du Régiment de Sécurité Présidentielle, motorisés, avançant en bandes serrées, étaient de la partie. Le Ministre de la Sécurité justifie cela à cause de la proximité du domicile de François Compaoré.

Les conséquences d'une telle action sont douloureuses et lourdes de sens dans un Etat de droit. Le constat triste -voire amère- sur le terrain en dit long. Trente quatre (34) étudiants blessés dont quatre (4) grièvement et évacués d'urgence à l'Hôpital Yalgado Ouédraogo. Le traumatisme de la population ce jour là était au paroxysme. Un habitant de la zone du Bois a vu son plafond perforé par une balle. Soixante cinq (65) étudiants ont été arrêtés et les trente cinq (35) les plus malchanceux verront leur sort décidé au Palais de Justice. Ce procès ne sera pas non plus un exemple. Le mardi 24 juin fut le premier jour d'un jugement marathon. Policiers, gendarmes, militaires (R.S.P) étaient présents et armés de matraques, gaz lacrymogènes et kalaches.

Peu importe : les étudiants étaient mobilisés comme d'habitude avec des slogans narguant les habitants de Ouaga 2000. Même le Palais Présidentiel non loin du Tribunal Correctionnel de Ouagadougou, était ''debout'' car le Régiment de Sécurité Présidentiel était aux aguets. Abdoulaye Barry Procureur Général et maître des lieux, s'était transformé en policier contrôlant les entrées dans la cour du Palais. Un procès qu'il voulait à huis clos mais c'était sans compter avec la témérité des Avocats de la Défense.

Le moins qu'on puisse dire de ce procès au delà des charges qui pesaient sur les prévenus, c'est que ce fut une bataille juridique à travers des phrases assassines, souvent offensantes entre Parquet et Défense. Enfin vint le verdict plutôt clément pour ainsi libérer tout le monde qui n'attendait que cela. Pendant qu'on croyait que la situation était en passe de s'estomper et que les étudiants allaient reprendre les cours, les autorités universitaires et partant du Ministère de Tutelle n'ont pas trouvé mieux que de décider de la fermeture de l'Université de Ouagadougou. Toutes les prestations et allocations sociales (cités, restaurants, infirmeries, Code, Foner, bourses) sont suspendues.

A en croire l'ANEB lors de son meeting du 3 juillet, le Ministre Joseph Paré aurait dit qu'il faut déloger, affamer les étudiants pour qu'ils reviennent à la raison. Cette crise universitaire n'est pas seulement l'apanage des étudiants. Elle va au delà car elle touche sévèrement les libertés démocratiques. C'est pourquoi, il est opportun, voir indispensable qu'il y ait une médiation entre les protagonistes. Cette médiation s'impose d'autant plus que depuis l'année académique invalidée 1999/2000, l'Université fonctionne avec des difficultés. Aussi, elle s'impose en ce sens qu'elle sauvera ces milliers d'étudiants qui errent aujourd'hui dans la ville de Ouagadougou et qui n'ont autres repères que les restaurants universitaires, les cités, le Foner (aide et prêts)…

Cette médiation en pratique ne pourra aboutir que si l'on tient compte des réalités sociales de tous les acteurs. L'ANEB ou peut être l'UGEB se trouve être proche de ce qu'on appelle le petit peuple. A ce titre, un leader de la Société Civile pourrait être (dans la mesure où le dialogue social gouvernement syndicat est d'actualité) une courroie de transmission entre les acteurs de la crise universitaire. Pour cela il faut trouver une personnalité qui pourra porter les habits d'un médiateur fiable enfin de sauver l'année académique. On ne peut pas ne pas penser à Halidou Ouédraogo, Tolé Sagnon ou à tout autre responsable de la société civile. Ils sont au final des symboles de luttes apolitiques qui, que ce soit du côté du pouvoir ou du peuple, arrivent à avoir des sympathisants. Ils le peuvent car ils connaissent mieux le contexte national. Ils seraient par conséquence à même de résoudre des revendications d'ordre sectoriel.

Aussi pour la résolution de la crise doit-on faire appel à ceux qui nous dirigent ou qui ont vocation de nous diriger. Le refondateur Soumane Touré est à ce qu'on dit l'un des premiers leaders syndicaux en Afrique qui se trouve être dans la politique. Il peut porter la veste d'un médiateur. Il y a aussi Juliette Bonkoungou, Ambassadrice du Burkina au Canada. Elle n'a jamais caché son militantisme pour le pouvoir en place. Mais lors de son passage au Conseil Economique et Social (CES), elle a fait un tant soit peu preuve d'ouverture. Elle pourrait elle aussi apporter sa contribution pour une accalmie de la situation que vivent nos étudiants Ouagalais.

En interpellant tous les acteurs de la scène nationale par rapport à la crise, on pourrait également penser aux journalistes. Ils sont toujours relégués au second plan, condamnés seulement à écrire ou à parler pour apprécier. Ils peuvent à travers leurs Directeurs de publications jouer la médiation avec efficacité. Ils connaissent et vivent la situation de part et d'autre. Ils sauront s'investir pour la résolution de cette crise.

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Bref, le doyen Edouard Ouédraogo pourrait jouer ce rôle. En somme, ce ne sont pas les hommes et les femmes qui manquent pour une telle médiation. Mais auparavant les protagonistes doivent accepter de se regarder de face et dépasser toutes les différences. Etudiants comme autorités universitaires doivent être animés de bonnes volonté afin que l'Université sorte d'une crise qui n'a que trop duré.



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