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Côte d'Ivoire: Métier de l'Artisanat - Le village artisanal dans l'impasse


 

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Nord-Sud (Abidjan)

8 Juillet 2008
Publié sur le web le 8 Juillet 2008

Emmanuel Kanga

Long de 1,5 km, le village artisanal de Grand Bassam, situé à l'entrée de la ville, est composé d'artisans venus pour certains des pays de la Cedeao. Ce centre traditionnel et commercial est en proie à d'énormes difficultés depuis le déclenchement de la crise.

A.T, fabricant d'objet d'arts occupe l'espace 63 au village artistique de Grand Bassam. A part quelques sacs en cuir, de la joaillerie et quelques objets sculptés, ses étagères sont désespérément vides. A côté, quelques habits batiks, qui ont perdu leur lustre, sont recouverts de poussière. La crise qui a secoué la Côte d'Ivoire n'a pas fait de cadeau aux artisans de la première capitale. Selon lui, ils sont les plus touchés. «Avant j'avais des stocks de marchandises dans mon magasin et même à la maison. Aujourd'hui, mes étagères sont vides. La main d'oeuvre a baissé. La clientèle n'achète pas nos marchandises au prix souhaité. A ce point comment voulez vous que j'achète encore de la marchandise ?» déplore-t-il.

Et de poursuivre, qu'«aujourd'hui nous n'arrivons plus à vivre du fruit de notre labeur. Nous nous nourrissons d'espoir». Juste à côté, Arouna Gueye, vend des objets sculptés. Ces pièces anciennes, masques Gueré, Nigérian et autres statuettes sont recouvertes de moisissures à cause de la clientèle qui se faire rare. Comme son voisin, il est lui aussi gagné par le découragement. «Il y a au moins 400 hangars pour une clientèle en baisse considérable. Avant la crise, les clients ne se faisaient pas prier. Il y en avait en nombre croissant. C'est par cars entiers qu'ils venaient. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Moi je vends des masques de l'antiquité. Ces objets intéressent plus les Blancs que les Africains, or, la majorité de ces derniers a quitté le pays», lâche-t-il amer. Avant d'indiquer son désir de se reconvertir si les moyens ne lui faisaient pas défaut. «Si j'étais plus nanti, j'aurais mis fin à ce commerce et me reconvertir dans une autre activité». Konan Germain lui non plus n'est pas étranger à cette triste réalité. Sculpteur, ébéniste, il se mord aussi les doigts.

«Présentement, c'est difficile. Rien ne marche en ce moment. La clientèle se fait désirer. Notre problème a commencé depuis 2002. La plus grande clientèle c'est les Européens. Les Africains ensuite. Je vendais des objets d'art en plus de mon métier d'ébéniste mais j'ai épuisé toutes mes économies. Parce que les rares clients qui viennent achètent toujours en dessous du prix indiqué. Je travaille dans mon atelier parce que je ne sais pas où aller. Avec quoi vais-je acheter du matériel ?», se désole-t-il». Aussi, poursuit-il, «une statuette qu'on pouvait écouler facilement à 5000 Fcfa par le passé est difficilement vendable aujourd'hui. Ce qui fait que nous n'arrivons pas à payer les taxes municipales».

A côté de ces fabricants, il y a ceux qui ont des tables garnies et dont les marchandises accusent plusieurs années de présence. Kouakou Kouassi, sculpteur, spécialisé dans la confection de meubles et objets sculptés, connait lui aussi la même galère. «Depuis cinq années nous vivons la galère. Ma table est garnie parce que j'entretiens mes marchandises. Il me faut aussi tenir mon magasin propre, pour mieux faire apprécier ma marchandise», soutien-t-il. C'est le triste sort que connaît le village artisanal, espace commercial traditionnel ouvert en 1958. C'est en 1956 que le premier artisan, Sidibé Koné, s'installe sur le site. Il était spécialisé dans le tissage toiture en feuille de palmier ou cocotier (papo).

Ses premiers jours furent marqués par la rencontre avec un planteur du nom de Mian qui vivait dans son campement avec une partie de sa famille. Ce village riche en objets d'art mérite aujourd'hui son extension. C'est un véritable paradis. On y trouve tous les corps de métiers avec en prime l'artisanat. On y trouve des spécialités telles que la sculpture, la fonderie, la bijouterie, l'orfèvrerie l'ébénisterie, la menuiserie, la vannerie, la céramique, la décoration, la maroquinerie La clientèle se fait rare Selon Fofana Nifo, porte-parole de l'Association du village des artisans de Bassam (Avab), cet espace était beaucoup prisé par les touristes et expatriés européens notamment, les employés des institutions internationales et le 43ème Bima qui en constituaient une clientèle importante. La délocalisation de ces institutions a fait baisser les activités. Aujourd'hui, tout tourne au ralenti. La cible a disparu.

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Les artisans se sentent orphelins. «Aujourd'hui, nous sommes frappés par la crise. Nous avons perdu notre clientèle. Cette situation de ni guerre, ni paix n'arrange personne. Ce qui a diminué notre clientèle et nous fait souffrir. Nous avons plusieurs difficultés, nous n'arrivons pas à payer nos taxes municipales. Nous ne sommes pas en sécurité, et nous sommes exposés à toutes sortes de dangers, vols, accidents », pleure Fofana Nifo. Toutefois les membres de l'Avab dans leur ensemble souhaitent que la paix revienne pour l'activité touristique démarre totalement. Outre cela, ils souhaitent qu'une promotion soit faite au plan national et international, pour promouvoir l'artisanat national. «Nous avons un nouveau site de 3 ha situé près de la lagune. Nous n'avons pas les moyens pour le rendre fonctionnel. Nous sollicitons une aide de la part de nos autorités. Notre souhait c'est d'avoir un nouveau village sécurisé », rêvent les artisans de Grand Bassam. Mais, en attendant que de bonnes volontés fassent parler leur coeur, le village paradisiaque lui, se meurt dans l'indifférence la plus totale.



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