Côte d'Ivoire: Affaire Kieffer - La Première dame convoquée par le juge Ramaël à Paris
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Fraternité Matin (Abidjan)
9 Juillet 2008
Publié sur le web le 9 Juillet 2008
Ferro M. Bally
Abidjan
L'enquête enclenchée à la suite des plaintes pour enlèvement et séquestration de Guy-André Kieffer connaît un rebondissement. Selon RFI dans son édition d'hier matin, Patrick Ramaël, juge d'instruction au tribunal de Paris chargé de l'instruction de la disparition du journaliste franco-canadien, a convoqué Mme Simone Gbagbo, l'épouse du Chef de l'Etat ivoirien, et Paul-Antoine Bohoun Bouabré, ministre d'Etat, ministre du Plan et du Développement, pour être entendus à Paris, demain, comme témoins dans le cadre de l'enquête portant sur cette affaire.
La chancellerie, qui a son mot à dire et jouit d'un certain pouvoir discrétionnaire, n'a pas encore été saisie officiellement. Le cabinet du ministre ivoirien de la Justice que nous avons joint par téléphone, a appris l'information sur les ondes de la "radio mondiale".
Les conseils des deux personnalités n'étaient pas plus informés, hier matin. "Mme Gbagbo n'a reçu aucune convocation du juge Ramaël. Et puis, elle n'a rien à voir avec ce dossier. Elle ne peut donc se rendre à une quelconque convocation", a déclaré Me Dadjé Rodrigue, conseil de Mme Simone Gbagbo, outré qu'aucune procédure n'ait été respectée dans la divulgation de cette "pseudo-convocation".
La sérénité et l'élégance inhérentes à la fonction qu'il exerce, semblent faire défaut au juge Patrick Ramaël. A l'instar de l'affaire Medhi Ben Barka - du nom de l'opposant marocain enlevé le 29 octobre 1965 à Paris et dont on n'a jamais retrouvé la moindre trace - qu'il instruisait, il privilégie spectacle et show médiatique (même dans l'exécution des commissions rogatoires) à la manifestation froide de la vérité.
Exaspérant d'un côté, les autorités du royaume chérifien qui l'ont déclaré persona non grata au Maroc depuis le 12 novembre 2007; et de l'autre, le Chef de l'Etat et les autorités ivoiriennes. Qui se sont lavé les mains de cette affaire Kieffer.
Des problèmes polluent, en effet, cette enquête, de plus en plus orientée, qui relève davantage de la politique politicienne. Il n'y a qu'une seule et unique piste: le camp présidentiel. Tous les présumés commanditaires sont des proches du Chef de l'Etat et du ministre d'Etat Bohoun Bouabré, alors que les charges susceptibles d'être retenues contre les mis en cause sont maigres.
Ainsi, le capitaine Jean-Tony Oulaï, soupçonné de faire partie des meurtriers du journaliste franco-canadien, a été arrêté par la police judiciaire, le 13 janvier 2006, à Paris dans le 18e arrondissement. Cela suffit à soupçonner le Chef de l'Etat ivoirien. Car, selon les fins limiers de l'enquête, "c'est dans cet arrondissement que, le plus souvent, Laurent Gbagbo résidait lors de son exil français (quand il était dans l'opposition de 1982 à 1988, ndlr)".
En outre, le couple présidentiel est abondamment cité parce que le dernier qui aurait vu le disparu est Michel Legré, époux d'une soeur cadette de Mme Gbagbo. Cela est donc suffisant pour voir la main de Laurent et Simone Gbagbo derrière la disparition, le 16 avril 2004, de Kieffer
De ce fait, les enquêteurs ne sont assis que sur des faisceaux de présomption. Ils manquent cruellement de preuves formelles et matérielles. Michel Legré a été arrêté le 28 mai 2004. Inculpé par la justice ivoirienne pour "enlèvement et séquestration" de Guy-André Kieffer, il a été incarcéré à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca, prison civile) avant d'être relâché.
Guédé Pépé Léonard alias James Cenach, présenté comme le responsable de la communication du ministre d'Etat Bohoun Bouabré, a été aussi placé en garde à vue le 4 août 2004 à Paris. Il a été relâché le lendemain. Sans suite. Le capitaine Jean-Tony Oulaï, mis en examen le 13 janvier 2006 pour "enlèvement et séquestration", a été placé en détention préventive à la prison de la Santé, en France.
Berté Seydou, qui s'est présenté comme son chauffeur, l'a accusé, dans un reportage de France 3, d'avoir fait partie du commando de 17 personnes, membres du Front de libération du grand Ouest (Flgo), qui aurait enlevé, séquestré et assassiné Kieffer. Mais il a été libéré un mois plus tard et placé sous contrôle judiciaire.
Il a même intenté un procès contre Ramaël. Car, après ce témoignage, les enquêteurs ont fouillé le sous-sol de la villa de Oulaï, à Abidjan, avec des radars géologiques. Mais le corps de Kieffer reste toujours introuvable.
C'est dans ce cul de sac que le juge Patrick Ramaël s'est remis à faire du bruit. Cet épisode, comme les autres, risque de ne déboucher que sur une fausse couche. Surtout qu'il ne tient aucun compte des qualités de Mme Gbagbo et du ministre d'Etat Bohoun Bouabré, ni des procédures à respecter avant que la convocation ne devienne exécutoire.
Sans compter que le 16 avril 2004, jour de l'enlèvement de Guy-André Kieffer, Brunot Joubert, ancien directeur de la Stratégie de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, service de renseignement extérieur de la France) et actuel Monsieur Afrique de Nicolas Sarkozy, a débarqué à Abidjan, pour des raisons inconnues, en compagnie de Nathalie Delapalme, ex-conseillère Afrique pour plusieurs ministres français des Affaires étrangères (Dominique de Villepin et Michel Barnier notamment) et actuelle inspectrice générale des Finances.
Les avocats de la famille Kieffer ont requis leur audition. Sans succès jusqu'à présent.
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