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Afrique: Immigration choisie - Qu'ils se barricadent à double tour !


L'Observateur Paalga (Ouagadougou)
 

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L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

BILLET
9 Juillet 2008
Publié sur le web le 9 Juillet 2008

Alain Saint Robespierre

Vous pensiez, vous, que l'Europe, taraudée comme elle l'est aujourd'hui, par la crise de l'emploi, la crise du logement, croulant sous le poids de la part du budget consacrée à la sécurité sociale et secouée par la mauvaise conjoncture économique internationale, continuerait, sans réchigner, à accueillir les damnés des autres contrées, fussent-elles, pour la plupart, ses anciennes colonies ?

Allons, donc ! Sans doute l'adoption, lundi 7 juillet 2008 à Cannes, par les 27 Etats membres de l'Union Européenne, de l'accord « politique pour l'immigration et l'asile » suscitera-t-elle, chez nous en Afrique, indignations et récriminations de tous genres. Sous le prétexte de je ne sais quels liens historiques, de quels principes moraux ou de quelles autres considérations, la bien-pensance du microcosme politique et du milieu de la société civile se mettra à hurler à l'ingratitude, au racisme et au complot européen contre le développement de l'Afrique.

Ainsi donc, depuis lundi dernier, l'Europe a rejoint la France, même si la ratification du nouveau projet communautaire sur l'immigration n'interviendra qu'en octobre prochain. Dans l'esprit et dans la lettre, ce nouveau document épouse le concept de « l'immigration choisie », cher au président français, Nicolas Sarkozy, et met fin aux régularisations massives et collectives.

En somme, le Vieux continent fortifie ses frontières en optant pour l'immigration des matières grises, qu'elles soient noires, jaunes ou blanches. « Pillages de nos cerveaux ! », disent, indignées, certaines bonnes âmes africaines, promptes à voir la fuite des intellos mais myopes sur les causes de cette évasion.

C'est méchant, peut-être, mais l'Europe ne peut pas être le village de Doumbelane pour tous ceux qui sont en mal-être dans leurs propres pays. Exigez des Toubabs une libéralité de cigale dans un monde de fourmis dénote d'une pauvreté d'esprit dans laquelle continuent de barboter nombre d'Africains.

C'est aussi le signe manifeste d'un aveu d'impuissance de certains de nos chefs d'Etat, champions hors catégorie de la récrimination facile, qui voient dans le nouveau projet sur l'immigration une occasion de battre leur coulpe sur la poitrine, déjà endolorie, de leurs homologues européens.

Ce ne sont pas les Britanniques qui sont responsables de l'inflation à six chiffres au Zimbabwe. Ce ne sont pas non plus les Français qui ne créent pas suffisamment d'emplois au Burkina Faso, au Niger, au Tchad, au Cameroun, au Sénégal...

Ce ne sont pas, il faut le souligner aussi, les Italiens qui brûlent la Somalie par ce concert interminable de coups de feu qui annihile tout espoir de développement dans le pays. Ce ne sont pas, enfin, les Belges qui entretiennent la mal gouvernance en République démocratique du Congo.

La colonisation ? Une antienne qui ne trompe plus personne. Les Etats-Unis d'Amérique ont été colonisés par les Anglais. La Chine a connu l'occupation japonaise. L'inde a vécu sous le joug britannique. Que sont-ils aujourd'hui ? Des géants économiques qui concurrencent l'ancienne puissance tutélaire dans bien des domaines.

Du reste, combien coûte l'immigration clandestine aux jeunes Africains (et à toutes leurs familles) qui s'aventurent en mer au moyen de simples rafiots dans l'espérance, combien noble, mais au prix de leur vie, de fuir la misère de leurs pays d'origine ? Au bas mot, trois millions de francs CFA. Montant suffisant, en tout cas dans bien d'Etats africains, pour démarrer une activité génératrice de revenus.

Il faut seulement déplorer les conditions, parfois draconiennes, qu'affrontent nombre d'étudiants dans leur désir de poursuivre des études dans les universités du Nord.

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Pour le reste, que les Européens se barricadent à double tour. Après tout, l'Europe est aux Européens et l'Afrique aux Africains. Dans le meilleur comme dans le pire.



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