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Ile Maurice: Un homme, trois cliniques, sa vie
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L'Express (Port Louis)
9 Juillet 2008
Publié sur le web le 9 Juillet 2008
Corinne Minerve
Port Louis
On aura beau lui dire que c'est de l'homme dont on veut parler. Il profitera de chaque occasion pour parler de sa clinique. Inconsciemment. Son excuse: «Et bien, le Dr Sooknundun, c'est la clinique du Nord, et la Clinique du Nord, c'est le Dr Sooknundun.» L'explication ne saurait être meilleure.
Vingt ans que le Dr Mukhesh Sooknundun vit avec ses patients nuit et jour. Littéralement. Il habite au premier étage de la clinique inaugurée un mois de juillet de l'année 1988. «Il n'y a que cette dalle qui me sépare de mes patients.» dit-il en brandissant un doigt au-dessus de nos têtes.
En 1975, Mukhesh part faire la médecine « bon gré, mal gré». Bon gré parce que ses parents voulaient que quelqu'un devienne médecin dans la famille. Ses deux frères ayant choisi de devenir pharmacien et ingénieur, il ne reste plus que lui pour réaliser le voeu parental. Mal gré, parce que les études sont longues et difficiles.
Il se spécialise en oto-rhino-laryngologie. Un peu parce que sa mère avait une sinusite «mal soignée». Lui, voulait la guérir. Il y parviendra peu après son retour à Maurice. Ce sera le 2 décembre 1985. Outre ses bagages, son épouse Jyoti et leurs jumeaux Mithu et Mithi. Le lendemain, à neuf heures pile, il est dans le bureau du Chief Medical Officer de l'époque. «Il s'est mis en colère. Et m'a dit qu'il n'y avait pas de travail pour moi. Que j'aurais dû me renseigner avant de regagner le pays Là-bas, ils m'ont aussi signalé qu'un spécialiste allait prendre sa retraite en 1993 et que je pouvais postuler à ce moment-là. Je suis descendu cinq étages les larmes aux yeux.»
Bien sûr qu'il ne pouvait pas se permettre d'attendre huit ans. Bien sûr que l'officier donnait dans l'ironie mordante. Alors, Mukhesh a parcouru dix fois la rue Desforges de bas en haut. A la recherche d'un endroit où établir sa consultation. Il trouvera finalement un emplacement au premier étage d'un bâtiment en ruine. S'y installera, malgré les «ki sana ki pou mont laba pou vinn get ou dokter ? »
«En 1975, Ils m'ont
signalé qu'un
spécialiste allait
prendre sa retraite
en 1993 et que je
pouvais postuler à
ce moment-là. Je suis
descendu cinq étages
les larmes aux yeux.»
Plusieurs monteront quand même. Pour les chirurgies, ce sera dans les différentes cliniques du pays. Vite, sa présence fâchera. Car lui, le nouveau venu, réserve l'unique bloc opératoire pour des journées entières, sa liste de patients ainsi que la durée de chaque opération étant longue. Dans les cliniques, on prend des mesures : Mukhesh ne pourra opérer que les dimanches. Ensuite, ce ne sera qu'une demi-journée de dimanche. Ces horaires condensés ne lui conviennent naturellement pas. C'est ainsi, que trois ans plus tard, il débarque à Baie-du-Tombeau dans le bungalow familial pieds dans l'eau. Il le transforme en clinique grâce à une partie de sa part d'héritage et des prêts bancaires. «Dieu merci, cela fait vingt ans que nous sommes là.»
Qu'il est là à gérer la centaine de médecins dans ses trois cliniques - notamment le Centre médical du Nord à Pointe-aux-Canonniers et la clinique de l'Occident à Flic-en-Flac qui ont été fondés en 2005 et 2008 respectivement. Il a aussi à s'occuper des petits soucis techniques de tous les jours, du genre, «Rajesh, sa la limier deor la pa pe alime, monn fatigue dir».
Pour s'occuper de tout cela, le monsieur ne doit pas dormir beaucoup. « Une à deux heures par nuit.» Nous voyant ahuris, il précise amusé : «Cela provoque la même réaction chez tous ceux à qui je le dis. » Il dit le devoir à deux personnes : à Dieu et à son épouse.
Le Dr Sooknundun croit beaucoup en Dieu. Mais, quand on l'appelle sur son intercom, notre docteur se permet de mettre Dieu en attente. Pour répondre à un patient en détresse, ou une infirmière qui ne sait plus où donner de la tête. Jyoti, son épouse, est «adorable. Je suis un homme très chanceux. Sans elle, je n'aurais pas pu m'occuper de trois cliniques.»
Sa dernière plus longue nuit de sommeil dont il se rappelle, remonte à Laissons-le réfléchir. A 1973. «Je faisais mon Higher School Certificate. Je devais dormir quatre à cinq heures par nuit à l'époque.» C'est qu'il aime prendre les choses en main. C'est ainsi que presque tous les jours, c'est lui-même qui prend le volant de l'ambulance. « Parce que quand je suis à coté d'eux, les chauffeurs ont peur d'appuyer sur l'accélérateur.» S'il s'est déjà éloigné de son lieu de travail, ce n'est que pour quelques heures. «C'est chronométré, car un médecin a besoin d'être présent physiquement pour ses patients.» C'est ainsi qu'il a renvoyé un médecin qui consultait son patient par téléphone juste après son opération. «Je l'inviterai pour les fêtes de fin d'année, mais j'ai rayé son nom de la liste des médecins qui travaillent pour ma clinique. »
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Des exigences qui portent leurs fruits. «Ce sont là mes trophées», dit-il en parcourant des yeux affectueusement une des nombreuses lettres ou cartes de remerciements qu'il range soigneusement dans des classeurs. «Apportez les classeurs des précédentes années aussi», demande-t-il à une infirmière. On rejette poliment son offre. Cela suffira. On a vu l'homme en personne. Il est remarquable.
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