Amadou Gaye
11 Juillet 2008
analyse
I - IMMIGRATION L'Europe vieillissante fait le tri Entre 2010 et 2030, l'Europe comptera 25 millions d'actifs en moins. Ce qui rendra l'immigration incontournable. Confrontée à une population vieillissante et à des enjeux économiques énormes, l'Europe dont Paris sera la capitale pour six mois, doit faire face à un double défi.
Celui d'une immigration choisie où seules les « excellences et les « talents » auront droit de cité. En France, le concept d'intégration à la vogue vise à « contrôler les entrées pour mieux intégrer ceux qui sont déjà sur le territoire ». « Ni passoire ni forteresse », avance le président Sarkozy qui s'érige contre les « régularisations massives ». Les figures emblématiques dans l'architecture institutionnelle française (Rachida Dati, Rama Yade, Fadela Amara respectivement ministre Garde des Sceaux ministre de la Justice, Secrétaire d'Etat chargé des Affaires étrangères et des Droits de l'homme, Secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville) même si elles donnent de l'allure au concept jusque dans les milieux jeunes des « banlieues difficiles » et au sein de la population arabe et négro-africaine ne sont que l'arbre qui cache la forêt. L'Europe, envahie par des hordes d'immigrés, tente en vain de se barricader dans ses frontières et d'imposer des quotas à une Afrique dans le besoin. Le pendant de l'Ue, à savoir l'Union africaine, laisse faire. De retour de Paris, notre envoyé spécial, qui a fait un détour à Mantes la Jolie où une Franco-sénégalaise occupe le fauteuil d'adjoint au Maire fait l'Etat des lieux.
La directive sur le retour des étrangers sans papiers, approuvée définitivement à Strasbourg par le Parlement, le 18 juin dernier, et ce à une large majorité, pourrait, à l'entame de la présidence française de l'Union européenne pour une durée de six mois, être décryptée comme un signal politique très fort en direction de tous les pays ayant des émigrés en Europe. Les Africains doivent s'attendre à un retour massif, menottes aux poings, de leurs émigrés clandestins. Du reste pour faire passer la pilule et amoindrir l'effet restrictif, on adjoint au texte le « volet intégration » qui est au coeur du système législatif européen dont la justification : « contrôler les entrées pour mieux intégrer les immigrés qui sont déjà sur le territoire national français est partout la même dans l'espace européen. Les propos de Rocard affirmant que l'Europe ne pouvait « accueillir toute la misère du monde » ont été repris par le président Sarkozy avec quelques petites nuances puisque le président français ajoute : « sous peine de faire exploser ses systèmes de protection sociales ». Cependant, avance-t-il, « Quand on n'a pas de papiers, on n'a pas vocation à rester dans notre pays ». C'était lors de la défense de son projet de pacte européen. Vivement critiqué par les associations de défense des droits de l'homme et la gauche européenne qui l'a même qualifié de « directive de la honte » à cause de son caractère répressif, le texte en question est « un signal de fermeté » que l'Europe envoie aux migrants potentiels. Si personne ne doit s'en étonner du fait de la réalité politique européenne actuelle -21 des 27 Etats membres ont des gouvernements conservateurs et le Parlement européen est majoritairement à droite - force est de constater pour le déplorer le silence assourdissant de l'Union africaine sur cette question fort préoccupante. L'inventaire des normes minimales dressé à travers cette « directive de retour » va au-delà d'une simple harmonisation de législations nationales existantes.
Ainsi, une série de normes minimales est désormais établie. Laquelle touche aussi bien au droit de recours effectif qu'à l'aide judiciaire et même à la reconnaissance mutuelle des décisions d'éloignement. L'union faisant de cet ensemble « un territoire sans frontières » un traitement équivalent (jusque dans la répression) sera ainsi donné aux étrangers s'y trouvant. C'est tant mieux si un Etat de cette union dispose d'une législation plus favorable. Ce qui autorise une relecture des propos de Brice Hortefeux, ministre français de l'Immigration, déclarant devant l'Assemblée nationale française que « la directive de retour ne changera en rien la politique française ». Ce qui est vrai, la France ayant placé la barre déjà très haut comparativement à ses homologues de l'espace Schengen comme l'Espagne pour citer un pays devenu attractif pour nos compatriotes en quête d'un El dorado. Un nouveau tour de vis s'avère donc intitule, comme l'ont indiqué avec pertinence des confrères français. La durée de la rétention administrative, c'est à dire la détention d'un « sans papiers » dans un centre avant son rapatriement souvent par charter, sous bonne escorte policière et menottes aux poings comme sous Pasqua a été, de toutes, celle qui a essuyé le plus grand nombre de critiques. Jusqu'ici, celle-ci ne peut dépasser trente deux jours en France, alors que la directive de l'Ue autorise une durée « normale » de six mois voire même dix huit mois, en cas de difficultés particulières dans l'organisation du retour forcé. Certains pays de l'Ue qui n'ont prévu aucune limite de durée seront donc obligés d'en avoir, cas des Pays-Bas et de la Suède, ente autres. Personne ne pourra cependant se prévaloir de cette directive pour allonger la durée de détention. Le texte impose par ailleurs que toute reconduite soit assortie d'une interdiction du territoire d'une durée maximale de cinq ans, de quoi provoquer le courroux des associations de défense des droits de l'homme en France.
En effet, en matière d'interdiction du territoire, seul le tribunal était jusqu'ici compétent. Assurément la question migratoire est au coeur d'enjeux électoraux importants, lesquels provoquent, dans la plupart des administrations européennes, une certaine frilosité. L'Ue a débloqué un fonds de rapatriement de 30 millions d'euros pour 2005-2006 finançant les vols charters'program (Neptune) accompagné de mesures de réintégration dans les pays d'origine et de garantie de droits fondamentaux. Pourtant, force est de reconnaître que les migrants, loin d'être les « rejetons de la misère » du monde, sont des acteurs précieux dont ont grandement besoin aussi bien la France que l'Europe pour affronter les défis à venir que sont le vieillissement de la population et l'urgente nécessité de renouer avec le dynamisme économique. Les proclamations d'une Europe ouverte juste et performante se heurtent aux concepts que sont des camps de rétention, les centres de tri entre « migrant utiles » et « inutiles » et autres expulsions et quotas. L'internationalisation du traitement des migrations n'est cependant pas l'apanage de la seule Europe. Au moment où l'on parle fort opportunément d'une population « issue de la diversité » ou de l'immigration qui ont remodelé l'image de la France en citant les noms devenus des exemples de réussite de l'assimilation ou de l'intégration comme Mme Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara, respectivement Garde des Sceaux ministre de la Justice, Secrétaire d'Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'homme, Secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, on mesure l'apport non négligeable que l'on peut tirer d'une politique assimilationniste bien assumée. Un dossier de Jeune Afrique laisse croire que 79% des « Français d'origine africaine considèrent que cette triple présence est « une bonne chose », mais que, pour 63% de ce même échantillonnage, « elle n'a rien changé ».
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