Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Désengagement de l'Etat : éviter l'assaut des prédateurs

opinion

Kinshasa — Quatre ordonnances viennent d'être promulguées par le chef de l'Etat afin d'assurer la bonne fin des réformes initiées au sein des entreprises publiques. Inquiétude, le désengagement de l'Etat rime-t-il avec le retour par la grande porte des prédateurs internationaux ?

Les entreprises publiques congolaises traduisent parfaitement le degré de déliquescence de l'Etat congolais depuis plus de deux décennies. Depuis toujours, la Banque mondiale a proposé leur privatisation afin de leur permettre de retrouver la voie de la prospérité. Plusieurs millions de dollars américains sont apportés par cette institution de Bretton Wood pour arriver à cet objectif.

Une démarche vouée à l'échec parce que diamétralement opposée aux intérêts sociaux des populations. Le capitalisme sauvage que prescrit la Banque mondiale se trouve être à la base de l'étouffement des initiatives tendant à doter ces entreprises des capacités de stabilisation et de relance par des efforts internes. Dans ce jeu cynique, des gouvernants à la solde de cette politique affairiste et égoïste mordent à l'hameçon. Des discours pseudo-scientifiques du genre transparence, bonne gouvernance, , s'égrènent avec comme objectif de saupoudrer les populations des promesses mielleuses.

Les Congolais oublient vite, et les initiateurs des réformes actuelles le savent. Des prédateurs reconnus comme tels par le gouvernement congolais, il y a quelques années, reviennent par la grande porte pour parachever l'oeuvre initialement entamée. A la SNCC, c'est Sizarail de triste mémoire qui est revenue avec force, après «appel d'offre international». Et pourtant, dans des pays sérieux, une firme reconnue prédatrice et «chassée» comme ce fut avec Sizarail, ne pouvait être acceptée dans une quelconque souscription. Malheureusement, en RDC ce sont les détenteurs du pouvoir de l'Etat qui coalisent avec des prédateurs par des jeux de commissions pour vider les entreprises publiques de leur substance. D'un côté, des ponctions intempestives sont opérées sans aucune justification légale et comptable, de l'autre coté des propositions sont faites pour arrêter la descente aux enfers «des canards boiteux», par ceux-là mêmes qui favorisent ces détournements !

Des tentatives internes d'accroissement des capacités d'exploitation sont stoppées nettes par des pesanteurs politiques, redoutant le retour de la prospérité sans garanties d'orientation des flux vers des canaux traditionnels de détournement.

LES FRAUDEURS S'ALIGNENT

Plus près, dans le secteur minier, des opérateurs pris en flagrant délit de fraude tentent d'étendre leurs tentacules dans d'autres secteurs. Ces firmes ont alimenté la zizanie au sein des institutions, particulièrement au gouvernement, dans la gestion d'un marché de réhabilitation des équipements de la Snel à Inga. Aucune garantie, que ceux à qui le vice-ministre aux Mines Kasongo Shomari avait interdit d'exporter du cuivre congolais en Zambie par la fraude, ne rééditeront pas le même exploit. Incompréhensible !

Il est clairement établi ainsi que le ver est dans le fruit. Des prédateurs bénéficient de la complicité de nos propres dirigeants. Les conseils de la Banque mondiale et de toutes les autres institutions internationales ne doivent pas mettre en danger les intérêts majeurs du pays. Vers les années 90, la réhabilitation de la Gecamines ne nécessitait qu'un milliard de dollars américains. Déterminés à avoir une mainmise sur le patrimoine de la Gecamines, ceux qui régentent les économies du monde ont obtenu le dépeçage de ce géant minier. Cette même stratégie est en marche pour la RVA, la Snel, l'Onatra, la SNCC.

Tout projet susceptible d'apporter la bonne santé financière est combattu pour le triomphe des plans conçus loin de toutes les réalités de la situation critique de la RDC. A ce jour, l'exploit des Kengo's boys des années Mobutu est réédité par procuration, par des gouvernants actuels contre les intérêts de toute une nation.

La fragilisation légale et entretenue des entreprises publiques est une ouverture faite aux prédateurs. Des investisseurs sérieux ne viendront jamais dans un environnement où tous les coups tordus sont permis. Seuls les combinards ont la chance de se tirer d'affaires en offrant de juteuses commissions. Bonne gouvernance ou délits d'initiés entretenus pour des besoins de la cause ? L'histoire risque de se répéter comme à l'époque de gloire du règne du gouvernement Kengo.

La prospérité des entreprises publiques ? Un voeu pieux tant que l'inspiration viendrait encore et toujours de la Banque mondiale et assimilés.


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