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Cameroun: Le marché où le bétail pèse lourd
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Cameroon Tribune (Yaoundé)
14 Juillet 2008
Publié sur le web le 14 Juillet 2008
Grégoire Djarmaila
En cet après-midi du mercredi, 25 juin 2008, la localité d'Adoumri, située à environ 50 km de Garoua dans l'arrondissement de Bibémi, connaît une effervescence particulière. Les arrivées successives des grands commerçants de bétail à bord des minibus et à motos, donnent l'impression que la ville s'apprête à accueillir un grand événement.
Le « centre-ville » ou ce qui en tient lieu grouille de monde, les épiciers et autres tenanciers des « tournedos » se frottent les mains. Les convoyeurs de boeufs investissent déjà le périmètre du marché de bétail. Adoumri prépare ainsi les activités du jeudi et c'est presque la veillée d'armes chaque mercredi soir pour tous les acteurs de ce marché.
Chacun voudrait être là au moins 24h avant, pour éviter les mauvaises surprises de la météo en cette saison des pluies. L'affluence atteint son comble, le lendemain jeudi, jour du marché. Si ce marché en général est une véritable place pour l'offre et la demande des denrées alimentaires, notamment les céréales produites en quantité dans cet arrondissement, c'est davantage le trafic de bétail qui constitue la principale attraction de ce marché à la réputation établie.
Adoumri est la plaque tournante d'un commerce transfrontalier de bétail. Chaque jeudi, plus de deux mille têtes de bovins, notamment les taureaux et les taurillons venant du Soudan, du Tchad, de la RCA et de certaines localités camerounaises y arrivent, et plus de la moitié changent de propriétaires, contre des espèces sonnantes et trébuchantes.
Les grands commerçants de bétail en provenance du Nigeria et des localités camerounaises de Garoua, Guider, Maroua, Bogo y font fortune depuis plusieurs décennies. Toutes les races bovines y sont répertoriées : le gudali de l'Adamaoua, le zébu « foulbe » ou le zébu « bororo ». A une époque récente, ce marché pouvait accueillir plus de trois mille animaux, mais les séries de turbulences politico-militaires qui secouent depuis quelques années le sud et l'est du Tchad, puis le nord de la RCA ont fortement ralenti ce trafic.
En l'absence d'une clôture, les percepteurs du marché ont mis en place un système de contrôle pour mieux recouvrer les différentes taxes. Selon Idrissou Wadjiri, percepteur auprès du programme de sécurisation des recettes d'élevage, beaucoup de commerçants et éleveurs profitent de l'absence de clôture pour ne pas passer à la caisse.
Pour Mamoudou Saidou, percepteur pour le compte de la commune de Bibémi, il faut parfois user d'astuces pour convaincre tout le monde de payer. « Un vendeur frustré ou froissé par un agent ne reviendra plus la semaine prochaine », souligne-t-il. Pour contourner ce défaut de clôture, plusieurs agents occasionnels sont recrutés pour quadriller le périmètre du marché.
Une filière juteuse
A leur arrivée, les bêtes subissent l'inspection sanitaire et vétérinaire par les agents des services vétérinaires. Il s'agit, souligne Halidou Saidou, chef de centre zootechnique et de contrôle sanitaire et vétérinaire d'Adoumri
« de vérifier la santé des animaux, leur provenance, l'identité de leurs propriétaires et leur nombre ». Le relais est ensuite pris par les agents de la commune qui prélèvent sur chaque bête la taxe de transit fixée à 500 F par bête et le droit de place qui s'élève à 1000F par tête.
Grâce aux recettes générées par ce marché, la commune de Bibémi se classe parmi les collectivités territoriales décentralisées les plus riches de la province (avec Guider et Touboro).
Le trésor public n'est pas en reste puisque le programme de sécurisation des recettes d'élevage y est représenté par un régisseur qui perçoit la taxe d'inspection sanitaire et vétérinaire. En dehors de ces « impôts officiels », vendeurs et acheteurs versent à l'autorité traditionnelle locale (lamido) une taxe dont le montant reste inconnu.
Après ces formalités d'usage, la bête peut enfin franchir les portes du marché. Ici, les transactions sont dominées par divers acteurs. Le vendeur et l'acheteur n'ont presque pas de contact direct.
Entre eux, un intermédiaire se recrute pour assurer la transaction. Ce « sakaina » comme on l'appelle ici, connaît bien le commerce du bétail et ses intervenants, et en qui les acteurs ont confiance. Le prix est déterminé par sa médiation sans que le vendeur et l'acheteur se rencontrent. Il est rémunéré par une commission qu'il touche sur chaque tête de bétail vendu.
Dans la nomenclature des marchés de bétail, Adoumri est classé comme "marché de rassemblement" où les commerçants, exportateurs de bétail, viennent pour rassembler le troupeau destiné à l'exportation ou pour alimenter les marchés de consommation qui eux, sont situés en zones urbaines. Il se distingue donc des petits marchés appelés marchés de collecte.
Les prix oscillent entre 200 000 F pour les bêtes moyennes et 500 000 F voire 600 000 F pour les plus gros taureaux. Une fois la transaction réalisée, les animaux sont repartis dans deux enclos avant d'être acheminés vers les différentes destinations. L'enclos de Garoua est réservé aux animaux destinés aux marchés de consommation locaux comme Garoua et Pitoa.
En revanche, l'enclos de Guider accueille les bêtes en partance pour le Nigeria. Avant leur convoyage, tous les boeufs achetés sont encore soumis au paiement de taxes et redevances préalables. Les laissez-passer sanitaire et vétérinaire sont requis pour tous les animaux. En revanche, ceux destinés à l'exportation doivent remplir les formalités douanières avant de traverser les frontières camerounaises.
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Par ce jeu de taxes officielles et officieuses, tout le monde trouve son compte dans ce marché considéré comme la mamelle nourricière de divers acteurs.
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