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Mali: L'esclavage, toujours d'actualité dans le nord


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UN Integrated Regional Information Networks

15 Juillet 2008
Publié sur le web le 16 Juillet 2008

Gao

Si bon nombre de personnes pensent que l'esclavage n'existe plus au Mali, cette pratique est pourtant toujours observée dans le nord du pays, selon l'association malienne de défense des droits humains Temedt.

« Le gouvernement pense que l'esclavage a été aboli avec l'indépendance : à l'époque, un grand nombre de gens, qui vivaient comme des esclaves sous le régime colonial, avaient été libérés », a déclaré Mohammed Ag Akeratane, le président de Temedt. « Mais je dirais que plusieurs milliers de personnes sont encore tenues en esclavage ou vivent dans des conditions proches de l'esclavage dans le Mali d'aujourd'hui ».

Selon Temedt (« solidarité », en Tamasheq, la langue des Touaregs), l'esclavage est encore pratiqué dans le nord, dans la région de Gao, à 1 200 kilomètres au nord de Bamako, la capitale, et aux alentours de Menaka, une ville située à 1 500 kilomètres au nord de Bamako.

La plupart des cas d'esclavage concernent des Touaregs d'origine berbère et des Bellas, un peuple indigène qui vit dans cette région, bien que les communautés peules et songhaï soient connues pour avoir elles aussi pratiqué l'esclavage dans le passé, selon Temedt.

Iddar Ag Ogazide, un Bella, a raconté qu'il avait été tenu en esclavage pendant 35 ans par les Ag Baye, une famille touareg pour laquelle il travaillait sans percevoir de salaire ni recevoir d'éducation, à Ansongo, à 80 kilomètres au sud de Gao.

Les Ag Baye avaient acheté son arrière-grand-mère et hérité des membres de sa famille, une génération après l'autre. Finalement, en mars 2008, Iddar, qui ne pouvait plus supporter cette situation, a imaginé un plan d'évasion, qu'il a exécuté avec succès ; aujourd'hui, il vit à Gao.

« La vie était dure, là-bas. Tout ce que je faisais, je le faisais contre mon gré. Je faisais toute la cuisine, je pilais [le millet], j'allais chercher l'eau, le bois et je balayais la maison. Je ne recevais jamais d'argent ; on ne me donnait même pas d'habits », a confié à IRIN Takwalet, la femme d'Iddar, qui s'est échappée avec lui.

Des définitions obscures

Mais les débats sur l'esclavage sont complexes au Mali, où bon nombre de personnes affirment que cette pratique n'a plus cours. Selon plusieurs habitants de Gao, certaines personnes restent en effet avec leurs « maîtres » pour des raisons avant tout économiques.

Aujourd'hui, les Bellas sont largement intégrés à la culture touareg : ils ont des traditions culturelles semblables et parlent la même langue (le Tamasheq), et un grand nombre d'entre eux sont connus sous le nom de Tamasheqs noirs.

Les maîtres touaregs et le peuple bella vivent dans un système de castes complexe depuis de nombreuses décennies et d'aucuns disent que cette relation de pouvoir n'a guère changé : les biens et le bétail des populations du nord restent, en bonne partie, aux mains des Touaregs.

Ã- Menaka et Ansongo, deux villes isolées, la vie est dure et les opportunités d'emploi et autres possibilités économiques sont rares.

« Les conditions sont difficiles dans le nord, mais les Bellas sont libres de quitter leurs maîtres s'ils le souhaitent », selon une source anonyme du département de l'Administration territoriale, un organe du gouvernement malien. « Il n'y a pas d'obligation, pas d'esclavage officiel ».

Cela signifierait donc que certains Bellas ne se sentent pas capables de voler de leurs propres ailes et de renoncer à la protection de leur riche maître, qui les nourrit mais ne les rémunère pas : « si des gens déclaraient ouvertement qu'ils étaient esclaves, bien sûr, l'Etat ferait quelque chose », a affirmé la source.

Mais pour Anti-Slavery International, une association londonienne de défense des droits humains qui soutient les efforts de Temedt, la situation est plus claire que cela.

Aux alentours de Gao

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« Comme ses parents avant lui, Iddar est né esclave, un statut qui lui a été attribué à la naissance, et [il] a grandi sous le contrôle absolu d'un maître qui le faisait travailler sans rémunération », a indiqué Romana Cacchioli, responsable de programmes Afrique à Anti-Slavery International. « D'après moi, l'histoire d'Iddar est un cas d'esclavage manifeste ».

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