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Côte d'Ivoire: Arrêt de travail des chauffeurs et transporteurs - Gbagbo attend leurs propositions
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Fraternité Matin (Abidjan)
17 Juillet 2008
Publié sur le web le 17 Juillet 2008
Ferro M. Bally et Paulin N. Zobo
Abidjan
Une forte délégation des transporteurs et syndicalistes grévistes a été reçue en audience par le Président de la République.
Après d'âpres discussions avec le Chef de l'Etat, nous avons pris rendez-vous pour après-demain pour que nous puissions donner une conclusion générale par rapport au prix du carburant. A cette étape, nous demandons à nos camarades de nous faire confiance. Toutes les structures syndicales sont représentées, nous avons discuté. Cette nuit (hier), la discussion va commencer par rapport au prix du carburant. Donc demain matin (aujourd'hui), que tout le monde reprenne le travail et compte sur nous».
Cette déclaration est de Touré Amadou Boudé, président du Collectif des chauffeurs roulants de Côte d'Ivoire (CCR-CI) au terme de l'audience que le Président Laurent Gbagbo a accordée à une forte délégation des chauffeurs et syndicalistes du secteur des transports. La satisfaction est partagée, à en croire la brève réaction du Chef de l'Etat. «Il n'y a pas de miracle, il y a la discussion. Quand on discute, on arrive à s'entendre», a-t-il dit.
La rencontre qui a eu lieu hier, au salon des ambassadeurs au Palais de la Présidence de la République, au Plateau, à leur demande, a duré de 18h 30 à 19h45. La délégation comprenait une soixantaine de personnes dont une femme. Les deux porte-parole de la corporation, Touré Amadou et Ladji Coulibaly, ont dit avoir exprimé leur désaccord au sujet des récentes mesures prises par le gouvernement. Notamment l'augmentation du prix du carburant. Selon M. Touré, les négociations devraient débuter hier nuit, au bureau du Conseiller spécial et porte-parole du Président de la République, Coulibaly Gervais. Y sont associés, les ministres d'Etat, ministre du Plan et du Développement, de l'Economie et des Finances. Discussions qui devront durer 48 h et au cours desquelles «des propositions» concrètes devront sortir pour permettre au Chef de l'Etat de prendre des décisions.
La délégation a exprimé sa reconnaissance au Président pour la diligence avec laquelle il a reçu les manifestants mais aussi pour la démarche proposée. «D'abord, nous sommes très satisfaits parce qu'il est resté totalement à notre écoute et toutes les préoccupations lui ont été rapportées. Il a mis à notre disposition son porte-parole pour que nous continuions les discussions même tard cette nuit pour qu'on lui fasse des propositions», a ajouté M. Coulibaly Ladji, président du Syndicat national des conducteurs des taxis compteurs de Côte d'Ivoire. Celui-ci a précisé que l'arrêt de travail n'a pas été décidé «de gaîté de coeur» mais que la situation «s'est imposée à eux». Il a ajouté qu'il n'est pas question de demander aux camarades conducteurs «de reprendre le travail à perte». Mais cette suspension de la grève est décidée pour permettre la poursuite des discussions et soulager les populations qui souffrent.
Pour Touré Amadou, les pourparlers avec le gouvernement ne leur ont pas permis d'avoir «gain de cause», d'où la sollicitation de cette audience. Une occasion pour non seulement parler de l'augmentation du prix du carburant mais aussi lui exposer «les problèmes fondamentaux» de leur corporation. Toutefois, il ne s'est pas étendu sur leur désaccord estimant qu'il s'agit d'«une affaire d'Etat».
Au nombre des responsables du secteur, figure la Mutuelle générale des chauffeurs professionnels et assimilés de Côte d'Ivoire qui a pour président du conseil d'administration Traoré Ladji.
Le Président Laurent Gbagbo avait à ses côtés des membres de son cabinet au nombre desquels le conseiller spécial Kadet Bertin. Charles Blé Goudé, président du COJEP, a pris part à la rencontre.
Option : Danse des sorciers
En soixante-douze heures, les Ivoiriens et surtout les populations d'Abidjan auront été les dindons de la farce d'une plaisanterie de mauvais goût. Car, ils ont fait les frais d'un double jeu et d'un cafouillage monstre dans les négociations que l'Etat a engagées avec les transporteurs qui ont décidé d'arrêter, depuis lundi, le travail pour protester contre la hausse des prix du carburant. A deux reprises et après de longues discussions avec le porte-parole du Président de la République les lundi et mardi, le mot d'ordre de grève a été levé. Et à deux reprises, ce fut un effet d'annonce. L'arrêt de travail a continué d'être observé. Tranquillement. Malgré les apparitions à la télévision de certains responsables syndicaux pour se désolidariser du mouvement et les assurances du directeur général de la Police nationale pour mettre en confiance les automobilistes. Ce sont naturellement les usagers des taxis communaux ou «wôrô-wôrô» et des mini-cars ou «gbaka» qui, confrontés à un désordre total dans la gestion du mouvement, ont battu le pavé.
Le double jeu observé signifie deux choses importantes. Premièrement, le manque d'égard pour les autorités ivoiriennes. Les représentants de l'Etat n'ont eu aucun crédit aux yeux de leurs interlocuteurs et nul n'a cru en leurs paroles. C'est un camouflet. Deuxièmement, la mauvaise foi des animateurs du mouvement. Les grévistes n'ont pas fait preuve de sérieux. N'ayant pas eu le courage de leurs opinions et de leur détermination, ils se sont assis dans la ruse; ne respectant pas la parole donnée, ni ne se sentant liés par des engagements librement consentis. C'est une fuite en avant.
A ce tableau déjà sombre est venu s'ajouter, pour davantage compliquer la situation, l'imbroglio auquel nous avons assisté hier. Durant plusieurs heures, le ministre des Transports s'est entretenu avec des transporteurs. Au finish, il a fait chou blanc. Ces acteurs ont maintenu leur mot d'ordre de grève. Dans la soirée, le Chef de l'Etat a eu des concertations avec d'autres transporteurs. Ceux-ci ont levé le mot d'ordre et se sont engagés à reprendre le travail dès ce matin.
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C'est une danse des sorciers qui laisse les profanes circonspects. Parce que nul ne sait qui dirige véritablement le mouvement et qui tire les ficelles. Si on ajoute à cela le concert de sons discordants des centrales syndicales (Ugtci et Dignité) qui tirent à hue et à dia sur une grève de 48 heures des travailleurs qui démarre ce jour, on aura fait le tour d'une question qui est à relent politique sous des habits corporatistes.
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