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Cameroun: Auto-suffisance alimentaire - Qu'est-ce qui bloque la relance de la Semry ?
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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
17 Juillet 2008
Publié sur le web le 17 Juillet 2008
Dieudonné Gaïbaï
Dan son plan d'urgence de lutte contre la vie chère, le gouvernement à travers le ministère de l'Agriculture et du Développement rural (Minader), ambitionne la relance de la filière riz dans la vallée du Logone.
Ce projet ambitieux prend corps et forme à la Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (Semry). Les nombreuses initiatives de réhabilitation de cette entreprise ont buté sur l'indisponibilité des fonds et l'inadéquation des mesures proposées avec les réalités de la Semry. Et pourtant, cette entreprise plafonnait sa production annuelle à 110 mille tonnes en 1985. Paradoxe, elle peine à enregistrer 50 mille tonnes aujourd'hui. La question se pose donc de savoir, si la Semry peut contribuer à restaurer au Cameroun son autosuffisance alimentaire.
Créée par décret présidentiel du 24 février 1971, la Société d'expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua dont le capital est de 4,5 milliards de Fcfa, a pour missions, la réduction de l'insécurité alimentaire des populations de la région, le frein à l'exode rural et la mise au travail des jeunes dans les villages rizicoles, l'amélioration du niveau de vie des populations concernées, et la contribution à l'autosuffisance alimentaire du Cameroun. Au regard des quantités importées de riz observables sur le marché local, de nombreux observateurs avertis dont des chercheurs de l'Institut de recherches agricoles (Irad), à Yaoundé, constate la faillite de la Semry.
Bien plus, le riz produit dans les rizières peine à atteindre les marchés de la province de l'Extrême Nord. Difficile à la vérité de retrouver à Kousseri, Mora, Mokolo..., le riz de la Semry. Les appréhensions des populations quant à la qualité de ce riz en rajoutent aux problèmes d'accès des demandeurs à cet aliment. Et pourtant pour le chef service de la maintenance et de l'entretien des réseaux à Maga, Felix Nkana Beleck, "des aménagements ont été opérées dans les localités de Yagoua, Maga et Kousseri, représentant respectivement la Semry I, II et III. C'est ainsi que 11.500 hectares hydro agricoles ont été aménagés avec un planage optimal. 5.300 hectares irrigables par pompage l'ont également été à Yagoua à partir des eaux du fleuve Logone entre 1972 et 1978. Sur la même lancée, 6.200 hectares ont été capturés à Maga avec un système d'irrigation de vannes gravitaires à partir d'un lac artificiel entre 1979 et 1985."
Liquidation
Le contrôleur interne des activités de production à la direction générale de la Semry, Haman Ndjidda, ajoute qu'une, "digue sur la rive gauche du fleuve Logone pour protéger les aménagements et les populations su secteur Yagoua des crues de saison pluvieuse. Il aussi été construit une digue barrage de 27 km en aval du lac artificiel de Maga sur plus de 600 millions de m3 d'eau. On a 04 stations de pompage des eaux à Yagoua et 18 pompes d'une capacité de 750 litres/secondes. Mais de toutes ces pompes seulement moins de dix sont viables. Ce qui handicape considérablement le réseau hydraulique avec des ouvrages sophistiqués de contrôle de débit et des niveaux de l'eau." Ces infrastructures ont permis à la Semry d'atteindre des niveaux de rendement de plus de 8 tonnes à l'hectare, (parmis les records d'Afrique), avec deux cycles de production de 135 jours en moyenne.
Un vaste programme de production de semence, variété Ir46, pour garantir de meilleurs rendements aux paysans a été mis en place. Il a ainsi permis à la Semry d'avoir une production de 110 mille tonnes de paddy en 1985 correspondant à 70 mille tonnes de riz blanc et d'importantes quantités de sous-produits pour la fabrication des provendes animales. Haman Djidda précise que cette production couvrait 2/3 des besoins nationaux d'alors. Mais, l'ancien ministre du Commerce Edouard Nomo Ongolo, pour justifier les importations lucratives et massives de riz, avait affirmé de manière péremptoire que le riz de la Semry était impropre à la consommation. Ce qui a jeté l'opprobre sur ce riz pourtant prisé en son temps. Mais dont les politiques commerciales successives tournées vers l'exportation, ont ruiné la disponibilité. Et pour preuve, des chiffres obtenus à la direction de la Statistique, l'entreprise exporte 90% de sa production en direction du Nigeria. Du fait du gel des subventions de l'Etat en crise, la société fut mise en liquidation.
Aujourd'hui, la Semry qui employait 1500 personnes pendant la période faste, est l'ombre d'elle-même. Ses 350 employés (occasionnels compris), n'arrivent plus à donner la pleine mesure des potentialités de la boîte. Contrairement à son rendement quasi nul de 1990, la Semry connaît une ascension fulgurante qui atteint le cap au cours de la dernière campagne de 50 mille tonnes de riz paddy environ. Des résultats qui donnent à espérer. Cette tendance contraste d'avec le niveau des équipements passablement obsolètes de labour, pompage des eaux, désaffection progressive des paysans pour la culture du riz... Pour le président de la fédération des unions des groupements des riziculteurs, Albert Botouang, "le fait que la Semry ne peut plus convenablement remplir ses obligations envers les riziculteurs est à l'origine de la baisse de la production".
M. Botouang pourfend certaines pratiques comme la marchandage des prestations. "Tant que vous ne payez pas la redevance de 60.817Fcfa, la Semry ne laboure pas vos parcelles. Et vous savez qu'avec les temps qui courent, il n'est pas aisé pour un riziculteur de verser cet argent surtout que contrairement à ce qui se faisait, il faut acheter de l'engrais... si à cela on ajoute, les difficultés d'irrigation des parcelles parce que les pompes sont vieilles ou que les drains ne sont pas curés... ce n'est pas facile", déplore-t-il. Le représentant des riziculteurs au sein du conseil d'administration de la Semry, Jean Pierre Hara, affirme que "l'outil de production est dépassé. Les pompes utilisées datent de près de 33 ans aujourd'hui. Les turbines sont amorties alors qu'ils sont en nombre insuffisant. Mais l'autre problème c'est que lorsqu'on fait une bonne campagne, notre riz a de la peine à être écoulé sur le marché Camerounais, les nigérians plus véloces prenant le risque d'acheter nos récoltes sur pied."
Nigérians
Une situation observable à Maga notamment où de nombreux camions embarquent à tour de rôle en direction du Nigeria. "Ils achètent au prix fort", confie Albert Botouang qui dans le cadre du projet de relance de la riziculture, un projet du Minader gère deux décortiqueuses de calibre moyen. Les commerçants nigérians qui au fil des ans se déploient dans la région ont élaboré des réseaux informels d'achat du riz sur pied. Toutes choses qui handicapent le marché local où, le riz de la Semry est absent, alors même qu'il est selon Mbedi Georges le directeur administratif et financier de la semry, "l'un des meilleurs riz en Afrique." Selon l'Institut national de la Statistique, le Cameroun a importé en 2007, 470 974 tonnes de riz pour une valeur de 87 milliards Fcfa. La Thaïlande, l'Inde, la Malaisie, la Chine et l'Indonésie sont les principaux fournisseurs du Cameroun pour ce produit.
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Avec des besoins de consommation estimés à 450 mille tonnes par an, le Cameroun est obligé d'importer près de 90% de ses besoins en riz de ces pays qui sont de plus en plus frappés par la crise mondiale du riz. D'où la nécessité pour Mbedi Georges de relancer les rizeries de la Semry, aux fins de sécuriser le riz paddy issu des rizières aménagés par la Semry. Les rizeries de Maga et Yagoua d'une capacité de production respective de 16 tonnes/heure et 6 tonnes/heure ont été fermés sans que les équipements ne soient frappés de désuétude. Moumini Hamadou, chef de service de la maintenance à la Semry rassure de ce que "les équipements qui sont dans les rizières sont encore de bonne qualité et nous assurons de manière régulière leur maintenance. Si on consent à les relancer aujourd'hui, il faudrait seulement un peu de moyens." Une piste à explorer compte tenu du nombre croissant des tonnes de riz qui prennent le chemin du Nigeria où il se vend au prix fort.
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