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Maroc: Au nouvel espace d'art et de culture Sidi Belyout


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

17 Juillet 2008
Publié sur le web le 17 Juillet 2008

Abdellah Cheikh

Un carrefour de styles

Les peintres marocains contemporains Abderrahman Rahoul, Abdellah Hariri, Ahlam Lemseffer, Abderrahman Banana, Malika Agueznay, Abdelkader Laarj, Bouchaib Falaki, Bachir Amal, Abdelkrim Ghatas, Abdelhay Mellakh et Mohamed Hamidi exposent jusqu'à fin juillet leurs oeuvres récentes au nouvel espace d'art et de culture inauguré récemment au sein du complexe culturel Sidi Belyout à Casablanca.

Cette exposition collective constitue un cadre approprié pour la recherche et la créativité ainsi que pour l'ouverture et le partage. Elle vient dynamiser ce nouvel espace initié par Bouchera Barrijal, passionnée d'art et destiné à des rencontres artistiques et des forums pluridisciplinaires. Dans ses oeuvres connotatives, l'artiste plasticien, Abdallah Hariri, nous invite à contempler la beauté plastique de la lettre via une recherche approfondie sur le signe et la couleur. Equivalent visuel de l'acte pictural spontané et poétique, sa peinture se veut une texture plastique rythmée par le geste libre et la composition mouvementée. Chantre de la calligraphie arabe en toile, Hariri focalise les dimensions cachées de la lettre et maîtrise leurs structures formelles à travers une sensation créative qui met en avant les tensions chromatiques et la totalité symbolique de la toile.

Soucieux de renouveler son acte pictural, Abdelkrim Ghatas assure la continuité de son parcours artistique avec certitude et humilité, tout en allant plus loin dans sa démarche stylistique hantée par la séduction et la passion de la matière. Il s'agit d'un nouveau langage qui met en valeur la diversité et la richesse du tracé peint, ainsi que la symphonie nostalgique immortalisant l'innocence et la spontanéité et capitalisant notre patrimoine collectif.

Professeur à l'Ecole Supérieure des Beaux Arts de Casablanca, Ghatas porte un autre regard sur l'architecture et la vie urbaine, leurs morphologies et leurs paradigmes. Il ne cesse de poétiser sa toile qui séduit par sa profondeur et ses tons chromatiques, en choisissant pertinemment le temps de renouer avec son public potentiel qui aime à la fois sa maturité et sa liberté.

L'aventure plastique menée par cet acteur créatif reste à voir et à revoir, puisque c'est l'aboutissement d'une recherche consistante sur la forme et l'écriture pictographique loin de tout artifice voire redondance et proche de la quintessence de la touche à l'état pur.

Quant à l'oeuvre de l'artiste plasticien Abderrahman Rahoul, elle nous permet de repenser les formes entassées et les atmosphères tridimensionnelles qui stimulent notre regard avisé et interpellent notre imaginaire relatif à l'architecture marocaine dans ses dimensions esthétiques apparentes et latentes dont le monde représentatif de prédilection demeure Derb Soltane à Casablanca.

Céramiste aguerri, peintre illuminé et sculpteur illustre, Rahoul met en relief ses personnages ancrés dans l'architecture afin de nous inviter à la contemplation et à la mise en question, à l'image d'un visionnaire en quête d'authenticité et d'originalité. Avec patience et dextérité, il valorise notre savoir-faire ancestral dans la conception et la réalisation des oeuvres plastiques qui se présentent comme un hommage symbolique à son espace vécu et habité.

Née en 1950 à El Jadida, Ahlam Lemseffer, qui a effectué des études d'arts plastiques à Paris, est de ceux chez qui l'humilité fait place aux désagréments de notre existence. Elle nous intrigue par une peinture qui mêle à la fois réalité et imaginaire. Les tons chromatiques sont variés, les paysages sont tantôt semi-figuratifs, tantôt abstraits.

Au fil des toiles d'huile, défilent sous notre regard captivé les paysages expressionnistes d'une palette riche, construits par touches vives voire fauves.

A travers un langage visuel reposant sur les techniques mixtes et la superposition de collages, peintures et textes, elle a assuré récemment une nouvelle aventure picturale qui relate les bombardements tragiques et dénonce les affres des guerres froidement décidées par des gens qui n'ont aucune humanité:« J'ai travaillé surtout ce qui peut rendre cette force de l'horreur ressentie », déclare Ahlam.

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Dialogue subtile avec la beauté plastique, dans ce qu'elle peut présenter comme grâce et harmonie de l'être, la toile se veut une réaction objective et un manifeste plastique qui met en toile le déluge des bombes, la couleur et le bruit du ciel, la terre dans cette barbarie, selon un vocabulaire chromatique symbolique empreint de rouge et de noir connotant la violence et l'horreur, en révélant une véritable forme de cruauté macabre qui engendre le malaise.

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