Jean Pires
17 Juillet 2008
« Judu bék » (la joie de vivre )morceau et titre éponyme du nouvel album de Wasis Diop, est sorti en France depuis le 19 juin dernier. Il est disponible à Dakar dans plusieurs sites notamment les essenceries, à la librairie Clairafrique, au Just 4 U etc... 13 morceaux composent cet album accueilli comme un chef d'oeuvre après les trois précédents de Wasis Diop que sont « Hyène », « No sant » et « Toxu ».
Musique douce, poétique, langoureuse, évocations nostalgiques, « So La La ! », c'est le premier morceau du nouvel album de Wasis Diop, titré « Judu Bék », littéralement « la joie de vivre ». Beaucoup de mélancolie s'épanche de ce morceau aux allures de slow. Le chanteur évoque une histoire un peu surréaliste d'amitié, de beaux rêves, de séparation fracassante, c'est le prétexte pour distiller une musique bien agréable à l'écoute.
« Gudi Diop », au tempo plus chaloupé, guitares rythmiques en déclinaisons et roulement de batterie sur fond d'harmonies de l'orgue, envolées de saxo alto et solo de guitare apportent un coup de soleil et de chaleur dans cette référence afro cubaine.
« Pieds nus, pieds nus, mains vides, la douleur, la faim, j'ai pas de vélo, mais digne ... chacun meurt un jour et va vers l'enfer ou le paradis .... Je suis Gudi Diop , je viens de très loin... j'ai beaucoup marché... » Histoires de solitude et d'aventures fantastiques sorties des tiroirs de la mémoire. Des paroles débitées comme un conte, ou une anecdote dont on retient surtout les sonorités chaudes et sensuelles qui ponctuent la musique. Emerveillement.
Un métissage ailleurs appelé « World music »
Il se poursuit avec « Let it go », Wasis donne le ton et la voix claire et haut perchée de Grace surfe en anglais sur la musique. Guitare, basse, piano et clavier s'assemblent pour des compositions qui invitent au voyage, à la rêverie, suscitent l'inspiration. Comme une valse à deux temps, « l'ange Djibril » s'envole, ce morceau est dédié par Wasis à son défunt frère, le cinéaste Mambéty Diop. Dans cette composition écrite par Léonard Cohen, la voix tantôt grave impressionne ici par la clarté de son timbre et la beauté des choeurs. Nostalgie, évocation dans cette langue ouolof dans laquelle il aime bien chanter en lui donnant des intonations qui surprennent même les locuteurs de cette langue.
Il a écrit et composé 11 morceaux sur les 13 de l'album : « Ku la soxla », « Ndiaga pop », « Dans l'arène », « automobile mobile », « Galu nobéel », « Jiné ji »,(par El Hadj Ndiaye) « Tuti sop ». Wasis chante en ouolof et en français dans ce produit élaboré avec un grand soin.
Musique envoûtante, intimiste, sonorités urbaines et exotiques, folk, pop et rock, métissage ailleurs appelé « World music », l'album Judu Bék reste dans une gamme proche de l'acoustique. Le propos de Wasis Diop dans ce 4e album reste autour de l'amour et de l'amitié ; il parle de la vie de tous les jours et de souvenirs lointains, d'aventures et de galère. A côté de la nostalgie, il y a aussi la volonté de vivre et de se battre, l'espoir de sortir du néant, d'éclater au grand jour.
Dans les coulisses, on parle déjà de chef d'oeuvre.
Après les précédents albums (« Hyènes » en 1992, tiré de la musique du film de Djibril Diop Mambéty ; « No sant » en 1995 ; et « Toxu » en 1998 ) qui avaient déjà attiré l'attention des mélomanes de la scène internationale, le chanteur compositeur Wasis Diop s'est bonifié et a acquis une belle maturité. A part le film Hyènes, Wasis Diop a écrit la musique d'une dizaine de films dont TGV(1998), la petite vendeuse de soleil (1999), Le prix du pardon (2002) etc. Une bonne prédisposition à la musique thématique.
Outre sa longue expérience, l'un des secrets de la réussite de Wasis Diop réside sans doute dans l'alliance qu'il a su faire à travers ses compositions avec les musiciens et chanteurs des cinq continents. Il utilise beaucoup les instruments de musique aux sonorités originales. Il cherche la beauté du son dans les rythmiques flamenco, dans les cornemuses écossaises, avec la guitare électrique ou dans l'accordéon, pour évoquer le vent du Sahel dans son dernier album.
« Judu bék » de Wasis Diop est une autre dimension de la musique que cet artiste a jusqu'ici proposé à la scène internationale. Ce nouvel album est véritablement un délice musical. On se prend à chantonner « Automobile mobile, prisonnier dans une file, je rame comme un crocodile... » bien après avoir éteint, à contre coeur, le lecteur de CD.
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