Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Procès Botethi - L'ombre d'un « commanditaire »

Yves Kadima

18 Juillet 2008


Kinshasa — Aveux et dénégations enregistrés au procès des assassins présumés du député Daniel Botethi, vice-président de l'Assemblée provinciale de Kinshasa, font déjà planer le doute sur la sincérité de leurs auteurs. Quoique, à l'analyse, ils pourraient cacher une volonté délibérée de brouiller les cartes en vue de camoufler l'identité du « commanditaire » d'un meurtre crapuleux visiblement bien organisé. Patrick Mwewa, l'un des accusés, ayant promis de dévoiler son nom et ses fonctions « au gouvernement », à l'audience de ce vendredi.

En tous les cas, ce ne serait pas la première affaire judiciaire dans laquelle l'objet du crime n'aurait pas été retrouvé, les armes recensées sur le lieu du drame ayant, toutes, les mêmes caractéristiques. « Les deux parties avaient le même type d'arme », selon le témoignage de l'expert en balistique, indiquant que c'était des Ak.

S'agirait-il, au bout du compte, d'un crime politique ou, tout simplement, d'un délit de droit commun ? Il revient à la cour d'éclairer l'opinion publique. Pour la juste raison que le public congolais ne veut plus d'un « Procès Serge Maheshe, Franck Ngyke bis ».

Si elles sont confirmées après les vérifications d'usage, les révélations faites par l'un des accusés à l'audience d'hier jeudi, au Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Ngaliema, risquent de créer un véritable tsunami dans les cercles politiques congolais.

Le « commanditaire » présumé de ce que le Mouvement de libération du Congo a qualifié d'« ignoble assassinat de l'honorable Botethi », s'il venait à être identifié, sera bien obligé d'avouer son inculpation et de motiver son acte.

Dans ce cas de figure, cela relancerait le débat autour des craintes maintes fois exprimées par les dirigeants du MLC. Dans une récente interview au journal Le Potentiel, son secrétaire général a été très explicite.

François Muamba a rappelé que, « depuis cette nuit où tout le monde s'attendait à la publication des résultats du premier tour (de la présidentielle) au mois d'août 2006, la résidence du président du MLC, Jean-Pierre Bemba, notre permanence ont été l'objet d'une attaque par l'armée de la République démocratique du Congo, avec chars, mortiers, etc. Premier coup de semonce. Au mois de novembre, toujours dans les alentours de la résidence du président Bemba, des échanges de tirs ont eu lieu, avec toujours le MLC. Je ne reviens pas sur les événements des 22-23 mars 2007 marqués par des attaques dirigées contre le MLC. Au mois de mai de cette année, (il y a) cette arrestation dans des conditions rocambolesques du président Bemba ».

Mais s'il s'agit d'un crime de droit commun, les assassins présumés - dont la culpabilité sera établie dans le lâche assassinat du jeune Daniel Botethi - devront subir la rigueur de la loi. Les sanctions, qui leur seront infligées, devront servir d'exemple et décourager les nombreux autres hors-la-loi qui, tant à Kinshasa que dans la plupart des villes du pays, tuent, volent et violent impunément.

C'est donc avec beaucoup d'intérêt que les Congolais vont suivre, ce vendredi, les déclarations de toutes les parties au procès.

Rapport balistique

Conformément aux directives qui ont été fixées au cours de l'audience précédente, de contacter l'expert en balistique, le médecin légiste et vérifier l'arme dont a été dotée le prévenu Inoki, le ministère public a soutenu que la balle qui avait atteint le député Daniel Botheti pourrait provenir des armes AK 47, AKCZ ou Simonov. Compte tenu du fait que les assaillants comme le garde du corps du député avaient tous l'arme AK, il est difficile de donner des précisions sur l'origine de la balle. En ce qui concerne le rapport du médecin légiste, le ministère public a soutenu que ce dernier n'a pas pu faire l'autopsie, car au moment où il était tenu de le faire, sa famille biologique est intervenue pour procéder à la levée du corps. Ce qui est établi, c'est que le député est réellement mort, atteint d'une balle.

Après vérification dans son bataillon agriculture de la Garde républicaine, le prévenu Inoki a été doté de l'arme AK 2816 chaque fois qu'il y avait des travaux. Et ce, contrairement à ce qu'il avait déclaré qu'il est porteur de l'arme AK 0823. Arme qui n'existe pas dans son unité. A l'organe de la loi de conclure, avant d'affirmer, contrairement à ce qu'avait soutenu le directeur du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), que le prévenu Junior Susungu n'a jamais fait la prison, l'arme que le prévenu a donné lors de son audition est celle dont il se sert lorsqu'il s'en va commettre ses crimes.

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