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Bénin: Dangereux blocage
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Fraternité (Cotonou)
18 Juillet 2008
Publié sur le web le 18 Juillet 2008
Sulpice O. Gbaguidi
Les députés, avec une majorité de 45 voix pour et 36 contre ont procédé à un report sine die de la session extraordinaire demandée par le Chef de l'Etat. Du coup, les ratifications des accords de prêts sur l'érosion côtière sont toujours en souffrance. Le statu quo à l'Assemblée nationale enfonce l'institution dans la crise et elle joue sa crédibilité.
Ouverte en début de semaine puis reportée faute de quorum, cette session extraordinaire a donc été une fois de plus avortée. Le ciel parlementaire ennuagé expose toujours l'hémicycle à la saison des orages. Le bras de fer politico électoral transposé au palais des gouverneurs ronge les esprits et fermente les ambitions. Le blocage s'éternise et dégage déjà ses effets.
Les députés frondeurs subordonnent la ratification des accords de prêts à l'installation effective de tous les conseils communaux. A ce niveau, le gouvernement semble balbutier et la résistance parlementaire apparaît dès lors comme un moyen de pression sur un Exécutif jugé frileux et accusé de violer les lois électorales. Ainsi, les représentants du peuple se mettent dans leur posture génétique pour défendre ce peuple dont le vote est bafoué du fait de la non installation de certains conseils communaux. Nul doute que ce volet politique du blocage à l'Assemblée nationale vise à sauver la démocratie mise en péril par des calculs politiques drôlement faits au sommet de l'Etat. L'allergie gouvernementale à la mise en place rapide de certains conseils communaux met à nu une volonté néfaste de polluer l'environnement politico-social des communes. Mais, les philosophes moralistes pourraient, dans la situation morbide consciemment créée à l'hémicycle, rappeler que le chemin de l'enfer peut être pavé de bonnes intentions. En voulant lutter contre le mal, les députés n'utilisent _ils pas un instrument de mal ? Le combat politique pour restaurer la légalité et la justice autorise-t-il le recours à toute forme de pression ? Est-il légitime de combattre une menace en créant une nouvelle menace ? Les députés peuvent-ils s'arroger le droit de piétiner des intérêts du peuple ? Entre la mer et la commune, le dilemme absorbe nos honorables. L'histoire de l'âne de Buridan est dans ce cas inspirante. Ayant soif et faim et à distance égale entre l'eau et le foin, l'âne n'a pu choisir et meurt. Pas d'âne de Buridan à l'hémicycle, les députés ont réglé leur priorité.
Mais cette revendication politique de l'installation des conseils communaux qui conditionne la ratification des accords de prêts sur l'érosion côtière, est une pression suicidaire. L'Assemblée nationale ne tarit pas de méthodes pour faire plier le gouvernement. L'avancée de la mer ne se soucie pas des querelles et des reports sur fond de questions électorales. La République indigente devrait plutôt s'empresser de tendre sa sébile aux bailleurs. D'autres Etats mendiants ne feront pas la fine bouche devant de telles opportunités. Ces ratifications relèvent de l'urgence car le Bénin n'a aucune garantie que la disponibilité des fonds va résister à la crise parlementaire. Chacun sait que l'Etat mendiant n'a pas droit à l'orgueil quand son existence terrestre est menacée. Les députés sont avertis. La mer avance impitoyablement et se moque du théâtre parlementaire et d'acteurs enivrés par le blocage. Certes, le gouvernement ferait mieux de ne pas végéter dans l'erreur car la non installation d'une vingtaine de conseils communaux est incompréhensible. Mais, le parlement est en train de pécher dans son choix, celui de faire obstacle à la ratification. Alors que le peuple torturé par la crise alimentaire, mène une lutte de survie contre la faim et la misère, les députés l'exposent à une nouvelle menace, celle de la mer donc de la noyade programmée. Le bras de fer honteusement entretenu par le gouvernement et l'Assemblée nationale crée une situation horrible dans le vide des négociations. Il n'y a encore ni ratification ni installation de conseils communaux. Seuls des défis incommodants signalent la guéguerre contagieuse. Le blocage au palais des gouverneurs tarde à porter ses fruits et se révèle plutôt dommageable au développement. Le peuple porte sa croix.
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A l'heure de la maturité de notre démocratie, il y a des faits qui gênent. Evidemment, le non respect des lois électorales et surtout le refus de ratifier des accords de prêts en période de crise, en sont de sinistres exemples. On espère que l'apaisement viendra combler le déficit ambiant et maintenir le Bénin au rang d'exemples.
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