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Tunisie: La Môme, d'Olivier Dahan


La Presse (Tunis)
 

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La Presse (Tunis)

ANALYSE
18 Juillet 2008
Publié sur le web le 18 Juillet 2008

Héla Hazgui

A quoi ça sert l'amour ? «Non, rien de rien .», le public, lundi dernier, à Carthage, n'avait pas l'air de regretter d'être venu voir une autre version de la vie d'Edith Piaf, la chanteuse française dont l'histoire est émouvante de tragédie et de passions.

La Môme d'Oliver Dahan saisit les moments forts, imprimant sa pellicule d'un va-et-vient impressionnant entre la gloire et la misère. Il brise toute chronologie pour présenter une sorte d'album dont les photos éparpillées illustrent des instants de jubilation et d'extrême solitude.

La Piaf qui se tient à peine sur ses talons apparaît fragile et fantomatique. Sa voix semble la porter comme un pilier qui risque de se briser à n'importe quel instant. Ce que Edith a «payé», «balayé», «oublié», Dahan l'a bien relaté dans la Môme. La voix de la chanteuse est née de la douleur d'une enfance misérable et elle s'est éteinte après une agonie atroce

Enfant abandonnée par sa mère, elle ne trouve la tendresse qu'auprès des filles de joie qui l'abritent pendant des années. Sa santé fragile la fait sombrer dans une cécité momentanée.

Elle retrouve la vue, mais le destin l'arrache aussitôt de son univers «de joie» pour l'amener vers «le fantastique». Son père, acrobate, l'entraîne dans les cirques, les spectacles de rue et les cabarets. Mais lorsque l'humiliation et le besoin atteignent le chaos, la voix de Piaf brise le silence et devient comme un ange gardien sauvant la chanteuse des griffes de son père, des accusations qui lui ont été infligées suite au meurtre d'un proxénète et du désespoir d'un amour arraché par le destin.

Marion Cotillard, sans une réelle ressemblance avec la Môme, était on ne peut plus convaincante. De ses grands yeux, on devine toute la souffrance de la chanteuse qui vend sa voix sur les quais de la Seine.

De ses gestes et ses tics, on sent l'impatience d'une femme à aimer malgré les vices, les insolences et les moqueries. Dans le film, Piaf était cette femme imparfaite, emportée par une foule malveillante qui se lance et qui danse autour d'elle créant un mouvement vertigineux.

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Elle apprend à sentir ses mains, à chanter avec son corps, à être ce qu'elle a toujours voulu être: une artiste dont on ne balayera jamais le souvenir.



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