Alexandre T. Djimeli
19 Juillet 2008
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Au regard des engagements pris par le gouvernement camerounais dans le mémorandum de politique économique et financière adressé au directeur général du Fmi, quel jugement faites vous de l'exécution de ce (dernier ?) programme triennal ? Autrement dit, quel en est l'impact sur le quotidien des Camerounais ?
Vous évoquez à juste titre les engagements pris par le gouvernement comme je l'évoquais tantôt, mais que valent les engagements pris par un partenaire dont la légitimité démocratique n'est pas établie et surtout prête à critique ? La constance dans le droit des contrats c'est que les engagements peuvent être déclarés nuls et de nul effet s'il est démontré qu'une des parties n'avait pas réellement et effectivement qualité pour stipuler. C'est le problème de la validité des accords et traités internationaux conclus dans le contexte des souverainetés imparfaites qui a dominé pendant longtemps la réflexion en droit international dans les années 1970. Les partenaires internationaux, qu'ils soient multilatéraux ou bilatéraux ne peuvent pas à la fois déclarer que nos régimes sont anti démocratiques et conclure avec ceux-ci des accords engageant leurs peuples. Il y a là un paradoxe qui mérite d'être souligné et mis en exergue. Combien d'engagements a-t-on déjà pris au nom du peuple camerounais avec ces institutions et quelles en ont été les retombées. Nous sommes plus pauvres et les gens plus fragiles qu'il y a vingt ans. Il vaut mieux les oublier.
Selon certains observateurs, ce programme avait été conclu alors qu'il y avait déjà des indicateurs économiques positifs suffisants pour que le Cameroun s'affranchisse de la tutelle du Fmi. Comment appréciez-vous cette observation ? A qui profite finalement l'exécution de ce programme ?
Les indicateurs auxquelles vous faites allusion ont toujours existé. L'évaluation des capacités d'un pays et des ses aptitudes à négocier son destin de façon indépendante ou soutenue dans le cadre de partenariats internationaux, se fonde d'abord sur son potentiel naturel, incluant à l'occasion la qualité de ses ressources humaines. Je soutiens qu'en dépit d'un saut dans la promotion des cancres à des hautes fonctions de décision, le Cameroun demeure une exception enviable sur tous les plans. Je ne cesse de le dire et de le redire à notre diaspora chaque fois que je me rends à l'étranger. Nous pouvons nous passer de toutes ces institutions et nous porter encore mieux et devenir effectivement prospère. L'on a dit du Congo démocratique que ce pays par ses richesses est un véritable scandale naturel. Le Cameroun est triplement un scandale naturel, donc mieux que la Rdc. Je peux le soutenir tranquillement et le démontrer sous toutes les facettes. Ne trouvez vous pas bizarre que nous n'ayons pas une monnaie ? L'argument de la sécurité des parités et par conséquent de la stabilité par l'ancrage au Franc français puis maintenant à l'Euro, est une pure hérésie. Sans monnaie, oublions tout le reste et acceptons la condition d'esclaves éternellement infantilisés et dominés. Ce que je dis n'entache pas du tout nos orientations diplomatiques, et notre culture éventuelle de la coopération internationale sélective. Je constate simplement que sans mécanisme financier et monétaire autonome, nous n'existons pas et n'avons aucune identité réelle dans la configuration géopolitique et géostratégique planétaire.
Il y a encore quelques engagements pris par le gouvernement qui restent en suspens. L'on n'a pas toujours bouclé les privatisations de la Camair, Camtel, Cdc, pour ne citer que ces entreprises-là ; les insuffisances observées dans le fonctionnement de certaines structures chargées de la sécurisation des fonds publics (Cour des comptes, Anif ). Comment comprendre que ces engagements non tenus n'aient pas eu d'incidences significatives sur les rapports entre le Fmi et le Cameroun à l'échéance du 30 juin 2008 ?
Je vous conseille de vous référer à la réflexion que j'ai faite sur l'incompétence des économistes du Fmi et de la Banque Mondiale en me fondant sur les Fonds souverains, pour avoir une réponse automatique mieux élaborée sur cette question. Les bases conceptuelles à partir desquelles l'on a échafaudé tous les plans d'ajustement structurels se sont avérées fausses, inappropriées, ou volontairement tronquées. Je ne peux pas retenir la thèse du complot. C'est plutôt de l'incompétence. Les privatisations sont un gâchis indescriptible. L'on ne peut pas confondre des maux conjoncturels avec des tares structurels au point de décréter l'ébranlement de tout un système d'opérationnalité public. Ce que vous appelez insuffisances dans le fonctionnement de certaines structures correspond au contraire au niveau de fiabilité et de rendement attendus selon le type de système en cours et selon le type de régime qui en constitue la matrice. Vous estimez que des engagements ont été tenus. Vous êtes libres de l'affirmer, mais j'ai peur que vous vous laissiez aussi embrigader par les fanfaronnades de ces incompétents et de leurs relais médiatiques.
C'est depuis 1987 que le Fmi et la Banque mondiale interviennent au Cameroun pour redresser son économie, le rendre capable de supporter sa dette, et par-là même, lui donner un souffle nouveau pour son développement. 20 ans après, quel bilan faite-vous de l'intervention des institutions de Bretton Woods au Cameroun ? Qu'est-ce qui a marché, qu'est-ce qui n'a pas marché, et pourquoi ?
Heureusement que vous avez anticipez sur ma réponse en reconnaissant qu'il ne s'est agit que d'aider quelqu'un à payer ses dettes. Mais alors payer les dettes à qui, sinon à ces mêmes personnes qui viennent aider le Cameroun ? Comme je l'ai affirmé tantôt, nous aurions été mieux sans ces institutions, rien qu'en travaillant sur les causes structurelles d'une part et sur les causes conjoncturelles d'autre part. Tout le reste n'aura été que leurre et ruse pour occuper les esprits et justifier les missions des uns, puis la longévité politique des autres. En fait rien ne pouvait marcher, parce que l'objectif n'était pas de faire marcher quoi que ce soit. Voyons, qu'a-t-on changé ? Sans doute le nombre de Ministres et de milliards engloutis dans de la gabegie. Certes, les citoyens sont devenus un peu plus sensibilisés et plus revendicatifs, pressés par la misère et déçus de ne pas pouvoir s'exprimer librement sur les grands choix du destin de leur pays. Les experts du Fmi et de la Banque Mondiale peuvent-ils être heureux de savoir qu'entre 1987 et 2008, il n'y pas eu d'élections libres au Cameroun et que les lendemains ne promettent toujours pas de transition ou d'alternative transparente et lisible ?
Après le scandale électoral de 1992, de nombreux camerounais ont fait le deuil de la démocratie et compris qu'il ne fallait rien attendre. Le pillage s'est dont installé pendant que les jeunes quittaient le pays par milliers pour des aventures désespérées. Dans le même temps les cadres de haut niveau qui vivaient à l'étranger et qui envisageaient de rentrer au pays, ont abandonné leurs plans. Après le scandale constitutionnel de 2008 avec la révision que vous connaissez, ce sont maintenant des pères de famille et des mères de famille qui quittent le pays en masse, par toutes les voies et par tous les moyens. Pendant ce temps, les membres de la diaspora ont pour beaucoup opté pour des nationalités étrangères par dépit. Je sui dépassé et je n'arrive plus à les convaincre de revenir, à leur dire que le pays n'appartient pas au Président ni à un clan, ni à un parti. Ne me parlez plus de ces histoires de Fmi et de la Banque Mondiale.
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