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Sénégal: Les « otages » et la goana


Sud Quotidien (Dakar)
 

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Sud Quotidien (Dakar)

BILLET
22 Juillet 2008
Publié sur le web le 22 Juillet 2008

Je reconnais avoir beaucoup hésité avant de réagir à la contribution du Dr Mademba N'diaye, ingénieur agronome, intitulée « Goana : Wade aurait mal plagié un jeune écrivain ». Dans cette « contribution » le Dr N'diaye essaie de démontrer que la grande offensive agricole pour la nourriture en abondance (Goana) initiée par le Président de la République Me Abdoulaye Wade « serait un énorme plagiat » de mon ouvrage « Les otages », paru en Août 2007 à Paris aux éditions La Société des écrivains.

Pour étayer sa thèse, il a fait un retour sur mon parcours d'adolescent expulsé de la Mauritanie à la faveur des évènements d'avril 1989. Il n'est pas aisé de répondre car les publications peuvent être l'objet de toute sorte de commentaire qui n'engage en rien l'auteur mais je ne pouvais pas laisser passer certaines idées erronées très sensibles.

Le but premier du roman étant de dénoncer tous ces crimes en Mauritanie et leurs auteurs qui ont gratuitement massacrés des milliers de Négro-mauritaniens, spoliés et déplacées des villages entiers dans l'un des premiers génocides des années 90. Dans l'incertitude face à l'avenir, je me préparais à toutes les éventualités pour sortir un jour de cette néo-pauvreté.

Les activités les plus accessibles dans mon terroir podorois étaient naturellement la pêche et l'agriculture. C'est ainsi que j'ai accompagné mes parents paysans de Wouro Madiw et de Ngaolé dans la culture du riz pendant les vacances de 1991.

Ainsi j'ai pu déjà, à quinze ans, déceler les différents problèmes dans la filière paddy qui empêchaient mes parents, malgré leurs efforts surhumains, de vivre décemment de leur travail. Volontairement, j'ai fait abstraction de mon expérience dans la culture de la tomate avec le système d'exploitation honteux mis en place par les usines de transformation.

Les raisons de toutes ces difficultés étaient multiples, mais la plus grande part de responsabilité revenait aux gouvernements qui n'allaient pas jusqu'au bout de leurs politiques agricoles.

La pêche était l'activité naturelle de ma famille thioubalo et pouvait jouer un rôle majeure dans notre survie mais elle nécessitait beaucoup de moyens et de bras. Nous avions la chance d'être appuyés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) mais le poisson se faisait de plus en plus rare et les effectifs étaient instables.

Ces deux échecs primaires m'avaient poussé dans le dernier retranchement, c'est-à-dire la seule voie de réussite qui me restait : les études ! N'ayant ni la force physique suffisante, ni les moyens financiers nécessaires à ces activités, elles m'éviteraient de partager l'avenir sombre de mes parents paysans.

Cependant, cette -fibre paysanne, cet appel du fleuve ne m'avait jamais quitté. Tout en poursuivant mes études, je mobilisais des ressources, je valsais avec ma famille entre les projets de pêche et les campagnes agricoles pour enfin trouver un tremplin qui nous sortirait définitivement de la pauvreté.

Très souvent, j'échouais sans pour autant me décourager mais cette expérience m'avait permis de côtoyer l'univers impitoyable des marchés, incontournables, alimentés par les paysans pour les bana-banas (commerçants) et ... les municipalités.

Le paysan ne contrôlait rien mais nourrissait tout un système qui le méprisait en contrepartie. Voilà pourquoi, en partie, j'apprécie le travail de M. N'diaye qui est remonté très loin pour faire la synthèse de mon parcours, même s'il ne s'est intéressé qu'à l'agriculture, son domaine de prédilection. Cet effort, cette capacité d'analyse devait normalement le guider à mieux orienter ses conclusions.

Le chef de l'Etat, Me Abdoulaye Wade, est le Président de tous les sénégalais, c'est-à-dire qu'il doit représenter toutes les sensibilités nationales partisanes ou opposées. Ainsi il est en droit de capitaliser toutes les ressources nationales diverses et pourquoi pas les idées d'un jeune écrivain surtout quand celles-ci cadrent avec la vision qu'il a pour sortir le pays du gouffre dans lequel il s'enfonce chaque jour un peu plus.

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Personnellement, j'aurai été honoré de voir une expérience individuelle « réussie » capitalisée et reproduite à l'échelle nationale pour le bien de la nation. Mais justement, M. N'diaye l'a précisé clairement : j'ai échoué lamentablement ! J'ai pu identifier les causes et tracer les voies et moyens qu'il fallait pour contourner ces obstacles pour que d'autres ne tombent pas dans le piège.

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