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Burkina Faso: Revendications sociales - Gbagbo joue les démineurs
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Le Pays (Ouagadougou)
22 Juillet 2008
Publié sur le web le 22 Juillet 2008
Le président Laurent Gbagbo cherche à désamorcer la bombe sociale dans une Côte d'Ivoire en ébullition depuis la fin officielle de la guerre. Le gouvernement Soro a dû revoir à la baisse les prix des hydrocarbures et réduire de moitié le salaire de ses ministres.
Avec une méthode propre à lui et qui coupe l'herbe sous les pieds de ses adversaires, le chef de l'Etat ivoirien a jusque-là réussi à contenir la fronde sociale et à occuper le terrain politique en jouant les pompiers. Mais saura-t-il tenir jusqu'au 30 novembre prochain, date officielle de l'élection présidentielle ?
La capitale ivoirienne a craint le pire. Le feu, allumé récemment par la grève des transporteurs, notamment les taxis, a ravivé la tension avec les revendications sociales des travailleurs dont la puissante Union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (UGTCI). On se rappelle les mesures prises le 7 juillet sur le prix des hyrocarbures.
Mais face à la fronde sociale, le gouvernement a dû rebrousser chemin.
Autre surprise : pour faire face aux coûts des mesures, "le gouvernement a décidé de réduire le train de vie de l'Etat". Il a donc réduit de moitié le salaire de base de tous les membres du gouvernement.
Les mesures des autorités ivoiriennes sont concomitantes avec celles prises pour donner un coup de fouet à l'économie nationale. Le gouvernement ivoirien a le mérite de prendre le temps de recevoir, écouter et dialoguer. On le voit qui tâtonne mais s'efforce réellement de satisfaire la demande sociale en évitant la langue de bois. Ce n'est pas peu, après les épreuves qu'on connaît sur un continent où le fil du dialogue est presque partout rompu entre gouvernants et gouvernés, et où le déficit démocratique est une triste réalité.
Ces mesures sont salutaires car tout le monde y gagne. A commencer par le président Gbagbo et son équipe qui savent désormais qu'ils opèrent dans un champ de mines. Depuis la mort du président Houphouët Boigny, la plupart des organisations syndicales vivaient dans une profonde léthargie. Les querelles de chiffonniers auxquelles s'adonnaient ses prétendus successeurs avaient, il est vrai, suffisamment occupé les esprits et le terrain. Et la guerre qui s'en est suivie a certes permis à certains belligérants de se remplir les poches. Mais elle a aussi suffisamment appauvri la grande majorité des Ivoiriens pour qu'au sortir de ces luttes fratricides, ils ne perçoivent pas que même avec la paix, le pays demeure coupé en deux. Il y a en réalité deux types d'Ivoiriens : le riche qui continue à s'enrichir, et le pauvre qui s'appauvrit chaque jour davantage.
Après tous ces bouleversements qui ont marqué son histoire récente, la Côte d'Ivoire se trouve donc aujourd'hui face à plusieurs défis à relever. Outre la nécessaire cicatrisation des plaies de l'avant-guerre et de la guerre, il y a entre autres la fracture sociale qui prend des proportions alarmantes et qui mérite une urgente attention.
Le président Gbagbo, habile manoeuvrier, et son adversaire d'hier et actuel Premier ministre, Guillaume Soro, en tandem, s'activent du mieux qu'ils peuvent pour faire face aux anciens et nouveaux impératifs. Il importe toutefois que l'ensemble des acteurs, aussi bien la classe politique, toutes tendances confondues, que les porteurs de la demande sociale, mesurent bien la fragilité de la situation. Il leur appartient de s'investir de manière à défendre leurs causes tout en ayant à coeur de contribuer à l'atteinte des objectifs des Accords de paix de Ouagadougou.
Aussi faut-il se féliciter de l'esprit de dialogue et de concertation qui semble prévaloir de plus en plus sur les bords de la Lagune Ebrié. Pour avoir reçu les représentants des syndicats, examiné avec célérité leurs revendications et pris des mesures urgentes, les autorités ivoiriennes ont certainement agi dans le bon sens. Les mesures prises correspondent aux attentes sociales. Elles peuvent et doivent même inspirer bien des dirigeants africains, en particulier, la baisse des prix du carburant. Parmi ceux-ci, il faut compter ceux du Burkina en particulier dont l'argumentation sur la hausse pouvait reposer sur l'exemple ivoirien.
Les nouvelles mesures confortent le candidat Gbagbo, mais, de plus en plus, la pression se fera plus forte. Mais Gbagbo exploite habilement la situation : il reçoit les syndicats et baisse de moitié les salaires des membres du gouvernement. Reste que l'opinion publique n'est pas dupe. Comme partout ailleurs sur le continent, face à la vie chère, le sacrifice doit aller dans les deux sens. Aussi faut-il se résoudre à réduire les frais de représentation et les dotations en carburant, supprimer les missions fantaisistes, les nombreuses enveloppes discrètes octroyées par les conseils d'administrations, etc. Parce qu'ils savent inviter les populations à s'adapter aux situations nouvelles, les dirigeants africains doivent aussi apprendre à s'adapter aux réalités des ressources et donner l'exemple en matière de sobriété. A aucun niveau, la gestion du bien public ne doit se faire au détriment du service public et du citoyen.
Très présent et bien visible sur le macadam, Gbagbo a beau jeu d'éviter de compromettre ses chances à la prochaine élection. De plus en plus, les réponses sociales rythment avec les exigences politiques.
Si dans les autres pays on trime du fait de la vie chère, en Côte d'Ivoire, outre le souci de panser les blessures de guerre, il faut tout faire pour sauvegarder la paix sociale et travailler à asseoir la nouvelle république.
Assurément, la Côte d'Ivoire se sort peu à peu d'une sorte de parenthèse, un long tunnel qui a broyé au passage de nombreuses familles. La technique de Gbagbo dont nous avons parlé dans nos précédentes éditions, consiste aussi à agir directement pour résoudre les crises sociales. Mais attention au boomerang des échecs.
Le chef de l'Etat ivoirien et son gouvernement semblent avoir bien tiré leçon des troubles et des conséquences fâcheuses qui les accompagnent un peu partout sur le continent. Désormais piégé par la demande sociale, Gbagbo, le vieux militant de gauche, est plus que contraint à l'écoute. Il doit faire face aux exigences tout en préservant la démocratie et les valeurs républicaines, afin de se donner encore plus de chance de succès à la présidentielle du 30 novembre prochain.
"Le Pays"
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