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Côte d'Ivoire: Plaidoyer pour une prise en charge VIH/SIDA-Tuberculose


Inter Press Service (Johannesburg)
 

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Inter Press Service (Johannesburg)

22 Juillet 2008
Publié sur le web le 22 Juillet 2008

Fulgence Zamblé

 Au moment où le programme national de lutte contre la tuberculose est relancé dans les zones centre, nord et ouest de Côte d'Ivoire, après presque six ans d'interruption pour cause de rébellion, les médecins ivoiriens plaident pour une prise en charge conjointe VIH/SIDA-Tuberculose.

"Il est devenu important pour les tuberculeux d'effectuer leur test de VIH et vice-versa afin d'assurer une prise en charge des malades dans l'un ou l'autre des cas ou dans les deux cas", affirme à IPS, Domoua Kouao, membre de la Société ivoirienne de pneumo-phtisiologie (SIPP), une organisation non gouvernementale (ONG) regroupant des médecins, basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Pour Kouao, le choix ne doit plus être laissé au malade. Il faudra lui imposer le dépistage face à un duo (VIH/Tuberculose), "qui sévit de plus en plus" dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

Selon Elisabeth Aka Danguy, présidente de la SIPP, environ 37 pour cent des 21.000 tuberculeux répertoriés en Côte d'Ivoire sont infectés par le VIH.

De son côté, Issa Malick Coulibaly, directeur du Comité national antituberculeux de Côte d'Ivoire, estime à 45 pour cent les patients tuberculeux infectés par le VIH.

A l'arrêt depuis le 19 septembre 2002, du fait de la rébellion qu'a connue la Côte d'Ivoire avec pour conséquence la détérioration des services de santé, la lutte contre la tuberculose dans la partie sous contrôle des ex-rebelles a été remise en selle ce mois par les autorités sanitaires ivoiriennes, mais exclusivement réservée à cette maladie.

A l'hôpital général de Man (extrême-ouest du pays) où il l'avait l'habitude d'être suivi, Mathurin Gondé, la cinquantaine passée, retrouve le corps médical. Depuis plus de cinq ans, lui qui souffre de la tuberculose avait interrompu tout contact avec son médecin traitant.

Retranché dans son village de Dakouigouiné, à 80 kilomètres de Man, Gondé n'était plus parvenu à suivre son traitement, encore moins à se faire prendre en charge, en raison de l'effondrement des services sanitaires dans la région du fait de la guerre civile qui avait gagné la région ouest du pays en janvier 2003.

Amaigri, il a désormais une voix roque, il tousse gravement sans arrêt. "Si je suis resté en vie, c'est grâce à des traitements avec les plantes traditionnelles", raconte Gondé à IPS. "Ce n'était pas le meilleur choix, mais je croyais toujours à un retour du médecin avec qui j'ai entamé le traitement après mon dépistage".

Lorsqu'il a été informé du retour des services sanitaires et de la cérémonie de relance du programme national de lutte contre la tuberculose, dans les régions autrefois occupées par les ex-rebelles, Gondé s'est rendu rapidement à Man, le chef lieu de sa région, pour y assister et reprendre contact avec le personnel médical.

Mais, pour les autorités sanitaires, en plus de Gondé et des 349 tuberculeux répertoriés avant la crise, il faudra désormais faire face à près de 1.600 cas. "La tuberculose a connu une énorme progression dans la région", reconnaît Jacquemin Kouadio, directeur de la coordination du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT).

Selon lui, parmi toutes les régions concernées par la relance du programme, celle de Man enregistre la plus forte progression -- de 369 à 1.600 cas de tuberculose -- entre 2002 et 2007. Dans la région de Korhogo (nord du pays), le nombre total de cas dépistés est passé de 28 à 381.

Pour Kouadio, avec le projet "Intensification de la lutte contre la tuberculose en Côte d'Ivoire suivant la stratégie DOTS (traitement de brève durée sous surveillance directe), il va s'agir de remettre en marche les projets de lutte qui avaient été mis en veilleuse, à cause de la crise armée".

"En raison du départ massif des agents de santé initialement en fonctions dans les centres de dépistage et de traitement de la tuberculose, du pillage de ces centres, tout le programme était arrêté", explique le responsable du PNLT.

"Avec les nouveaux moyens, nous sommes en train de rouvrir la dizaine de Centres antituberculeux, les équiper pour permettre une prise en charge des malades qui bénéficieront d'une surveillance plus accrue afin de circonscrire également les cas de tuberculose multi-résistante", affirme Kouadio à IPS.

Selon Kouadio, "c'est un projet qui va durer quatre ans, pour un coût global de trois milliards de francs CFA (environ 7,2 millions de dollars), dont 1,5 milliard de FCFA (environ 3,6 millions de dollars) sera décaissé pour les deux premières années". Il a ajouté "qu'au terme de ces deux premières années, une évaluation sera faite. Si cette évaluation est concluante, les deux autres années seront financées".

"A lire le chiffre de la région de Man, il y a lieu de s'inquiéter", indique à IPS, Martine Atta, vice-présidente de l'ONG Espoir de vie, basée à Abidjan. "Nous pensons qu'il y a une grande possibilité de répertorier de nombreux cas de VIH/SIDA-Tuberculose. Alors, il faut agir le plus tôt pour leur dépistage et prise en charge si possible conjoint pour éviter la catastrophe", propose-t-elle.

La Côte d'Ivoire est coupée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays du pays. Depuis le 19 septembre 2002, des ex-soldats de l'armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie de la Côte d'Ivoire.

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Avec la signature d'un accord de paix en mars 2007 à Ouagadougou (Burkina Faso), le pays semble avancer sur le chemin de la paix et devrait organiser une élection présidentielle le 30 novembre prochain pour sortir de la crise.



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