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Congo-Kinshasa: L'Etat s'est liquéfié
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Le Phare (Kinshasa)
BILLET
22 Juillet 2008
Publié sur le web le 22 Juillet 2008
Jean N'saka Wa N'saka
Naviguant entre deux univers opposés, l'un spirituel, l'autre temporel, les princes de l'Eglise de la RDC et les parlementaires viennent de se rencontrer de façon inexplicable.
Le compte rendu de la concertation de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) tenue du 07 au 11 juillet à Kinshasa, et la synthèse des rapports des vacances parlementaires de juillet 2007 et janvier 2008, sont étonnamment concordants du point de vue de l'analyse et de la description de la situation du pays à tous égards. L'Etat s'est évaporé dans les nuées. Requiem de l'Episcopat ; ni fleur ni couronnes de la Représentation nationale, étant donné que les trois quarts des députés nationaux comme des sénateurs, sont d'obédience de la Majorité présidentielle, c'est-à-dire du cartel politique qui est au pouvoir. Le pays sombre de plus en plus dans l'anarchie, ont-ils constaté séparément, les prélats et les députés nationaux. Il y a des hommes et des femmes revêtus de titres officiels pompeux symboliques du pouvoir, mais qui contrastent avec les faits et gestes que le public observe.
Le pays n'est pas administré. Les institutions à tous les niveaux apparaissent comme des coquilles vides et non comme les rouages de l'Etat agissant selon les principes réglementaires ou légaux clairement établis. On ne serait pas loin de s'imaginer dans la jungle ou dans une République bananière. La CENCO constate que « La corruption a atteint des proportions aussi inquiétantes qu'insupportables. Aujourd'hui tous les services se monnayent et s'achètent en bonne conscience. Même ceux qui se disent chrétiens ne se gênent plus de monnayer des décisions politiques, économiques, judiciaires, voire académiques. Comme au temps de la vigne de Nabot, l'argent achète tout et le pauvre se fait déposséder de ses biens. La corruption est devenue le cadre général de vie et d'action sociopolitique en RDC ». Et le document épiscopal poursuit : « Ce qui se fait voir à nos yeux, c'est le spectacle des hommes et des femmes fatigués ; fatigués de la crise multiforme, crise politique, crise spirituelle, crise morale, crise des valeurs ».
A travers toutes les provinces du pays, des contrées entières sont abandonnées dans un enclavement qui hypothèque tout développement pour les populations. Les habitants d'un pays qui dispose de tant de potentialités agricoles, forestières, lacustres, fluviales, continuent de nourrir grâce à des programmes d'aide humanitaire. C'est scandaleux et inacceptable, s'exclament les archevêques et évêques de la RDC. La misère sociale interpelle On ne peut accepter une démocratie à deux vitesses, où il y a d'un côté ceux qui vivent dans l'opulence, et de l'autre ceux qui doivent se contenter des miettes. Au lieu de contribuer au développement du pays et de profiter au peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des sources de son malheur. Quant aux rapports des vacances parlementaires, au total 585, ils sont tous similaires, évoquent les mêmes problèmes et ne font qu'un avec le message de l'Episcopat : Carence du pouvoir public, attitudes autocratiques des autorités locales, des Territoires qui échappent au contrôle du gouvernement, détournements des deniers publics, clientélisme politique, etc.
L'Episcopat et le Parlement : même constat
La théologie de la libération
On peut dire, a posteriori, que le message de la CENCO et les rapports des vacances parlementaires ne révèlent rien de nouveau et d'inconnu. Ils ont déjà décrit et dénoncé toutes ces choses à plusieurs reprises sous d'autres variantes. La presse libre et indépendante ne cesse d'y consacrer des analyses et des commentaires critiques. La Monuc et certaines puissances occidentales ne s'embarrassent même pas de règles diplomatiques pour s'inquiéter publiquement des tares qui se développent dans les sphères officielles en RDC. Mais la particularité du message de la CENCO est l'exhortation du peuple à la prise de conscience de son destin, qui retentit comme un appel au réarmement moral. Les princes de l'Eglise invitent le peuple à « se réveiller L'heure a sonné de se mettre au travail et plus question des ajournements Il a souvent subi son destin et il est temps qu'il choisisse de bâtir sa destinée » Un véritable appel de ralliement au front populaire ! Et ils soulignent « qu'ils espèrent l'émergence d'un leadership plus visionnaire et dynamique à tous les niveaux et dans tous les secteurs ».
Comment cela peut se concrétiser dans un pays où la théologie de la libération ne fait pas école ? Les bergers ne peuvent logiquement demander aux brebis de se défendre elles-mêmes contre les loups qui les dévorent et s'acharnent à les exterminer. La métaphore n'est pas forte ; elle s'avère appropriée en l'occurrence. Les pasteurs ont le devoir moral de protéger leurs troupeaux, et ne peuvent les laisser s'aventurer dans un pâturage infesté de fauves. Ils prennent les devants et combattent eux-mêmes ces fauves s'ils s'aperçoivent qu'ils menacent de les décimer. Le contraire équivaudrait à sacrifier les brebis en les laissant à la merci des loups. Quant aux « Honorables », leurs rapports ne dépasseront pas le stade du défoulement habituel. D'ailleurs, le trait dominant qui se dégage aussi bien du message de la CENCO que de la synthèse des rapports des vacances parlementaires, est le constat de carence de l'Etat. Pour appeler les choses par leur nom, ce sont les prélats et les parlementaires qui sont bien placés pour conduire le peuple à la prise de conscience de son destin, en tant que leaders spirituels et politiques.
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Le leadership visionnaire et dynamique ne va pas tomber du ciel. Loin de là. Il ne va pas sortir de la masse non plus. Ce sont les prélats et les acteurs politiques qui sont interpellés. Le peuple qui les observe a-t-il encore confiance en eux ? Il s'interroge si ses leaders spirituels et politiques n'ont-ils pas eux aussi leur part de responsabilité dans l'évanouissement de l'Etat qu'ils dénoncent aujourd'hui. Il est vrai que la liquidation de l'Etat est consommée, mais elle ne date pas d'aujourd'hui. Elle est la résultante de l'accumulation des bêtises depuis le sabordement de la conférence nationale souveraine. La responsabilité est partagée à tous les niveaux selon les époques qui ont conduit là où l'on est aujourd'hui. Le changement de l'ordre social décadent n'est jamais l'oeuvre de la foule, mais de l'élite des milieux spirituels, philosophiques et politiques courageux et déterminés. Le peuple est pleinement conscient de son sort, comme le reconnaissent eux-mêmes les prélats dans leur message et les parlementaires dans leurs rapports des vacances. Mais ce qui lui manque pour se dégager des griffes de l'oppression, c'est le leadership de ces horizons spirituels, philosophiques et politiques pour l'orienter.
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