Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Des contraintes pour un nouvel accord formel entre le FMI et la RDC

C. MALINGUMU SYOSYO

22 Juillet 2008


Kinshasa — Dans son communiqué de presse du 1er juillet 2008, la délégation du fonds monétaire international qui a séjourné à Kinshasa du 18 au 29 juin pour évaluer la mise en oeuvre du programme économique a conclu que, l'exécution de la politique économique congolaise au cours de cinq premiers mois de l'année en cours était satisfaisante. Les resserrements des politiques monétaires et budgétaires en début de l'année ont contribué à atténuer les pressions sur les taux de change et les prix intérieurs. A l'issue de ce constat, il fallait, selon toute attente, amorcer les discussions pour la conclusion d'un nouveau programme triennal avec la République démocratique du Congo, programme devant bénéficier des appuis au titre de la FRPC et devant contribuer et/ou conduire enfin à atteindre le point d'achèvement de l'initiative pays pauvres très endettés.

Malheureusement, tel n'a pas été le cas, et les discussions sont reportées pour fin décembre 2008, le temps de voir si le gouvernement congolais s'est inscrit résolument et durablement dans la logique d'une gestion orthodoxe, et si les doutes qui planent encore sur le dossier chinois seront dissipés. Mais quel crédit pouvons-nous accorder à la promesse de conclusion prochaine d'un nouveau programme, étant donné que les relations Congo-Kinshasa-institutions de Bretton Woods semblent s'inscrire dans un cycle infernal : « exigence d'une gestion macroéconomique orthodoxe- évaluation par le Fmi (satisfaisante ou non) - report de la discussion »? Quels sont les piliers sur lesquels devront s'appuyer ce nouveau programme économique du gouvernement ? Cette dernière interrogation constitue la problématique à laquelle répond cet article.

RAPPEL HISTORIQUE

Pour rappel, après l'échec simultané du Programme Economique du Gouvernement, PEG, de juin 2002 à mars 2006 et de celui qu'on aura qualifié à tort : Programme Relais de Consolidation, PRC, d'avril 2006-février 2007 ; l'ingéniosité congolaise a sollicité dans sa lettre d'intention du 14 mai 2007 la mise sur pied d'un autre programme-test ou autonome suivi par le service du Fonds, en sigle PSSF.

Ce programme-test aurait pour but, à l'exemple de son ancêtre : Programme Intérimaire Renforcé, de prouver aux institutions de Bretton Woods, - avant bien sûr les discussions et la signature d'un programme formel-, la capacité des dirigeants congolais d'assurer l'ajustement macro-économique entendu, selon Greene E. Joshua (2001), comme : « un train de mesures de politique économique visant la correction des déséquilibres dans un pays afin d'assurer la croissance économique et de réduire la pauvreté ». Pour cela, ce programme devait non seulement : obtenir et maintenir la stabilité macro-économique, mais également respecter les indicateurs quantitatifs trimestriels d'évaluation du programme et réaliser certaines réformes structurelles en fonction du calendrier prévu pour chacune d'elles qualifiée de « repères structurels ».

Une chose frappe l'observation : chacun de ces programmes est destiné à résoudre les mêmes problèmes que le précédent était supposé avoir rétablis : « déséquilibre interne, déséquilibre externe, déficit du secteur public, le talon d'Achille du gouvernement congolais ; comme qui dirait un perpétuel recommencement! Cette récurrence spirale : déséquilibre- nouveau programme d'ajustement - déséquilibre pose une série d'interrogations : s'agit-il d'un phénomène conjoncturel que le Congo-Kinshasa parviendra un jour à résoudre ou bien s'agit-il d'une incapacité managériale de la partie congolaise ?

Ce perpétuel recommencement est-il le signe d'une carence ou mauvaise gouvernance économique, qu'il faudra à tout prix comblé ? La signature d'un nouveau programme permettra-il enfin à la RDC de stabiliser durablement son économie et d'atteindre le point d'achèvement de l'initiative pays pauvres très endettés ? Autant d'interrogations qui hantent les esprits des observateurs et analystes de la conjoncture économique congolaise. Loin d'y répondre dans le cadre du présent article, notre objectif est celui de réfléchir sur les enjeux qui devraient être pris en compte dans le futur nouveau programme formel que le gouvernement devra signer avec la communauté financière internationale, représentée par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

En réalité, la finalité d'un programme de stabilisation demeure à moyen et long terme, la réduction de la pauvreté. Et ce, conformément aux objectifs de développement pour le millénaire, ODM. Par conséquent, l'axe principal autour duquel devra s'articuler le nouveau programme économique du gouvernement demeure la suppression ou la réduction des inégalités comme meilleure stratégie de lutte contre la pauvreté.

CONTEXTE ACTUEL

Le prochain programme du gouvernement risque d'être mis en place dans un environnement macro-économique fort instable, car depuis pratiquement 2003 à fin 2007, le Congo-Kinshasa s'est spécialisé en dérapage macroéconomique à fin d'année, avec le dernier record de 62 milliards de francs congolais à fin 2007 ; contre 50 milliards de francs congolais à fin décembre 2006 ; 28,06 milliards de francs en 2005 ; 19,2 milliards de francs en 2004 et 11,2 milliards de francs congolais à fin décembre 2003. Partant de cette expérience congolaise, il nous semble évident que, si le gouvernement congolais ne se dépasse pas en termes de sacrifices à fournir en matière de gestion macroéconomique et plus particulièrement pour ce qui est des finances publiques, en décembre 2008, le déficit du secteur public risque d'atteindre, toute chose étant égale par ailleurs, plus de 87 milliards de francs congolais.

La conséquence d'une telle gestion macroéconomique a été la réapparition des pressions inflationnistes, une forte instabilité du taux de change et une croissance économique atone. En effet, le taux d'inflation est passé de 4,4 % à fin 2003 ; 9,2% à fin 2004 ; 21,27% à fin 2005 ; à 18,20% à fin décembre 2006 et enfin 9,96% à fin 2007. Le taux de croissance du produit intérieur brut aurait atteint 6,3% à fin octobre 2007, après avoir enregistré 3,5% en 2002 ; 5,8% en 2003 ; 6,6% en 2004 ; 6,5 en 2005 et 7% en 2006.

Les résultats macro-économiques réalisés depuis la mise en place du programme suivi par le service du Fonds se sont révélés globalement satisfaisants jusqu'en fin octobre 2007 avant qu'ils n'aient commencé à décliner pour se révéler finalement non seulement largement insuffisants mais surtout fragiles, au regard non seulement du défi de la signature d'un nouveau programme formel mais aussi de la réduction de la pauvreté qui frappe plus de 80% de la population congolaise que les autorités doivent relever. En effet, depuis la mise en oeuvre de divers programmes de stabilisation, le revenu national disponible par tête d'habitant qui était de 94,72 dollars en 2001 ; est passé à 100,59 dollars en 2002 ; 103,84 dollars en 2003 ; 113,29 dollars en 2004 ; 121,77 dollars en 2005 ; 130,25 dollars en 2006 et est estimé à 138,73 dollars en 2007. Ce qui signifie qu'il faudra attendre l'an 2024 pour que ce revenu par tête atteigne son niveau de 1960 avec un taux moyen de croissance à 6%, c'est-à-dire, partant du niveau du revenu par tête à fin 2007, soit 138,29 dollars, il faudra exactement 17 ans 3 mois et 15 jours. Il s'ensuit donc que pour tenter de réduire la pauvreté de moitié à l'horizon 2015, il faudrait pour le Congo-Kinshasa, des taux de croissance à deux chiffres chaque année, envisager une véritable réorientation des dépenses publiques vers les secteurs sociaux (santé, éducation, infrastructures de base, etc) ainsi qu'une poursuite et une forte accélération des réformes structurelles et une réduction des inégalités.

LES GRANDS PILIERS

Le conseil d'administration du Fonds monétaire international émet le voeu de voir le Congo-Kinshasa exécuter correctement la gestion macroéconomique de manière à poser des jalons pour les discussions sur un nouveau programme à moyen terme, susceptible d'être appuyé par la FRPC et permettre de déclencher le processus menant vers le fameux point d'achèvement.

Ainsi, la stabilité du cadre macro-économique demeure l'une des conditions majeures du succès d'un nouveau programme formel qui bénéficie de l'appui des institutions de Bretton Woods. Pour garantir une bonne gestion macro-économique, les dirigeants devront veiller à l'amélioration des finances publiques notamment par la mise en place d'un système de gestion et de contrôle des dépenses, le respect dans l'application et l'exécution du plan de trésorerie mensuel soutenu par le respect strict de la chaîne de la dépense et une bonne réorientation des dépenses vers les secteurs sociaux.

Cette stratégie suppose de la part des dirigeants la poursuite du renforcement de l'administration fiscale par la lutte contre la fraude, l'évasion et la corruption. Or, pour lutter contre la corruption au sein de l'administration fiscale, la meilleure solution passe par une bonne rémunération des agents ; la maîtrise et la fiscalisation progressive du secteur informel ; l'accélération des réformes fiscales et douanières. Au plan monétaire, la banque centrale doit veiller au raffermissement de la stabilité monétaire par une meilleure régulation de l'offre de monnaie en vue de garantir l'accomplissement de ses objectifs d'inflation et de base monétaire.

Le second pilier est celui de la lutte contre les inégalités sociales comme stratégie efficace de réduction de la pauvreté. Cette lutte doit être envisagée dans le cadre d'une bonne politique de répartition équitable du revenu national, ou d'une meilleure politique salariale qui rétribue les gens selon leur mérite et non obliger les sans voix d'accepter leur situation. Il parait paradoxal pour notre part, que seulement 5% de la population s'attribue la moitié du revenu national et la moitié restante soit distribuée à plus de 95% de la population. Cette répartition injuste et criante devrait interpeller la conscience de tout un chacun.

LE DERNIER PILIER

Outre la stabilisation de l'environnement macroéconomique, une répartition équitable des ressources nationales, le nouveau programme économique du gouvernement devrait prévoir des actions prioritaires qui viseraient la réhabilitation des infrastructures de base en vue de la relance et de la consolidation des activités productives. Ce nouveau programme devrait venir en relais aux cinq chantiers de la République dont l'exécution produit déjà des effets quoique modestes. Ainsi l'objectif principal devra être de restaurer l'accès aux principaux centres urbains et d'améliorer les voies de déserte agricole.

Les investissements prioritaires prévus devraient combiner les travaux de réhabilitation, de construction de nouvelles infrastructures de santé, d'éducation et la relance des principales institutions afin de rétablir la sécurité sur l'étendue du territoire national ; rétablir l'autorité de l'Etat dans tout le pays et enfin améliorer les conditions de vie de la population congolaise en vue de garantir la paix sociale et poser les bases sur lesquelles avancer vers les objectifs de développement pour le millénaire.

En conclusion, la réduction de la pauvreté et des inégalités sociales demeure l'axe principal autour duquel devrait s'articuler le nouveau programme économique du Congo-Kinshasa. Les piliers de ce programme devront essentiellement être l'obtention et le maintien de la stabilité du cadre macroéconomique, la réduction des inégalités sociales comme meilleure stratégie de lutte contre la pauvreté et l'amélioration des infrastructures de base.

(*) ASSISTANT UNIKIN ET ENAP-KIN

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