La Tribune (Algiers)

Afrique du Nord: En attendant d'entrer dans le vif des projets - L'UPM - les «pour» et les «contre»

Louisa Aït Hamadouche

22 Juillet 2008


analyse

Alger — Le projet UPM est ambitieux. Parmi ses ambitions, citons une zone de libre-échange comme il en existe dans d'autres grands pôles. En Amérique du Nord avec l'Alena, l'Amérique latine avec le Mercosur et l'Asie avec l'Asean.

Citons également la priorité donnée au domaine environnemental et scientifique avec la lutte contre les bouleversements climatiques, la dépollution de la Méditerranée, l'agroalimentaire, la production et l'exportation de l'énergie solaire. L'autre grand volet sera consacré à l'éducation et aux échanges culturels. Tous ces projets sont supposés créer pas moins de 40 millions d'emplois d'ici à 2010, soit en moins de deux ans.

La Méditerranée des ambitions

Depuis longtemps, la Méditerranée est au centre de nombreux projets, dont certains ont été avancés depuis le milieu des années 1990 par des politiques et intellectuels européens. La plus proche de l'UPM est peut-être celle de Jean-Louis Guigou et Dominique Strauss-Kahn (Parti socialiste français et actuel directeur général du FMI). Dans un rapport intitulé «Construire l'Europe politique- 50 propositions pour l'Europe de demain» daté de 2004, ils cherchent à solutionner la crise issue du rejet néerlandais, danois et français du traité constitutionnel. L'une des propositions est l'union euroméditerranéenne (UEM) qui consisterait à ouvrir à terme l'Europe à l'ensemble des pays méditerranéens, en commençant par la Turquie dès 2010, puis les pays des Balkans, le Maghreb, la Russie et l'Ukraine. L'UEM était calquée sur le modèle du marché unique européen (politique agricole commune, fonds structurels, aide internationale...) pour devenir une vaste zone de libre-échange de cinquante pays et de plus d'un milliard d'habitants. Cet ensemble réaliserait plus de 80% du commerce entre eux et contrebalancerait la zone Amérique et l'ensemble Chine-Japon-Asie du Sud-Est à l'horizon 2015.

Face à la stagnation du processus de Barcelone, la France réinvestit le partenariat dit 5+5, qui remontait à 1983. Vingt ans plus tard, la proposition d'une «Initiative de sécurité» ouest-méditerranéenne est lancée à Lisbonne. Ce forum associe quatre pays européens (France, Espagne, Portugal et Italie) et les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie). Les projets sont choisis en partenariat à partir d'intérêts identifiés en commun. Une première réunion d'experts en format 4+3 s'est tenue à Paris, en septembre 2004. Deux mois plus tard, Rome accueille une seconde réunion en format «5+5» (avec Malte, la Mauritanie et la Libye). Réunis à Paris le 21 décembre 2004, les ministres des dix pays décident d'établir une coopération sécuritaire multilatérale en Méditerranée occidentale : une déclaration d'intention est signée et un plan d'action est établi, avec pour priorités la surveillance maritime, la contribution des forces militaires, la protection civile et la sécurité aérienne.

L'Initiative de sécurité 5+5 a été dotée d'une architecture légère à trois niveaux : d'abord, une réunion annuelle des ministres de la Défense pour dresser le bilan du plan en cours et approuver le plan d'exécution de l'année suivante, ensuite, réunion des responsables du ministère de la Défense (deux par pays) deux fois par an pour lancer et suivre les plans d'exécution et désigner des comités ad hoc d'experts, et, enfin, réunion des comités mettant en place les plans d'action.

Les méditerranéo-sceptiques et les optimistes

Opportunité et projet viables pour les uns ; utopie ou escroquerie pour les autres. Le débat est ouvert. Les critiques ne manquent pas et varient simplement d'intensité. Pourquoi ce qui n'a pas fonctionné dans le processus de Barcelone réussirait mieux dans l'UPM, entend-on ici et là ? Ce scepticisme est fondé sur un éventail de raisons. Sur le plan économique, rappelons que les Etats-Unis consacrent actuellement 20% de leurs investissements directs dans leur flanc sud, l'Union européenne seulement 2%. Pourquoi cela changerait-il, alors que les priorités de l'Europe sont toujours tournées vers l'Est ?

Les optimistes voient dans la conception du projet une grosse dose de pragmatisme, ce qui maximalise ses chances de réussite. Ainsi, contrairement au processus de Barcelone, n'est-il plus question de conditionnalités politiques, de démocratisation et des droits de l'Homme. La visite du président français en Tunisie et ses déclarations relatives au fait que la Tunisie n'avait pas de leçons à recevoir n'ont laissé aucun doute sur les choix et les priorités politiques de Paris. Et si la Libye était absente au sommet de l'UPM, ce n'est pas parce qu'elle a été marginalisée (comme dans les années 90), mais parce qu'elle a bruyamment décliné l'invitation. Quand le pragmatisme est là, les appétits s'aiguisent vite. Citons, à titre d'illustration, la Fondation pour le monde méditerranéen. Il s'agit d'une association de 30 entreprises (15 du Nord, 15 du Sud) directement inspirée du North American Competitiveness Council créé dans le cadre de l'Alena.

Ce Conseil fait des recommandations aux chefs d'État des trois pays et conçoit des projets communs. La Fondation se propose donc de mener des projets et des expertises, de faire le lien avec les décideurs politiques et de faciliter le brassage des élites (entrepreneurs, chercheurs, experts). «Cet outil sera l'interlocuteur des institutions que décideront de mettre en place les hauts dirigeants réunis à Paris. Il favorisera les contacts entre les entreprises, accélérera les échanges entre les élites des pays méditerranéens, mettra ses réseaux d'affaires en contact avec les experts et les décideurs politiques.» Nul doute que les entreprises constituant cette fondation seront les premières bénéficiaires de ce mécanisme. Les pessimistes estiment cette façon de faire comme de l'opportunisme plus que du pragmatisme et que trop d'opportunisme tue les opportunités.

De plus, le projet a déjà connu trop de compromis, trop de révisions à la baisse pour qu'il puisse conserver sa substance à la fin. Emmanuel Espa-ol (historien) et Béatrice Patrie (députée européenne socialiste, présidente de la délégation pour les pays du Machrek), l'expliquent bien, en relevant quelques virages à 180° effectués seulement dans la phase préparatoire du lancement officiel de l'UPM. «L'Allemagne s'oppose à une Union pour la Méditerranée [UPM], réservée aux Européens du Sud dont elle serait exclue... l'UPM intègre désormais les vingt-sept pays européens ; l'Egypte, grande puissance africaine et acteur crucial du Machrek, n'était pas invitée il y a quelques mois... après son passage à Paris, voici Hosni Moubarak bombardé coprésident de l'UPM.

La France n'a pas un sou...

Nicolas Sarkozy reprend à son compte les projets déjà lancés par l'Union européenne tels que l'autoroute transmaghreb, la dépollution de la Méditerranée, le plan énergie Euromed.» A cette liste, on pourrait ajouter : les pays arabes évoquent la présence d'Israel comme obstacle à leur participation, il obtient celle spectaculaire du chef de l'Etat syrien.

L'UPM : quels moyens pour quels obstacles

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