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Afrique: L'Afrique peut-être riche


Le Messager (Douala)
 

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Le Messager (Douala)

ANALYSE
23 Juillet 2008
Publié sur le web le 23 Juillet 2008

Jean-Baptiste Djoumessi

La pauvreté de l'Afrique trouve son origine dans la condescendance occidentale vis-à-vis de nos cultures, religions et médecines traditionnelles. Ils n'y voient qu'exotisme et croyances primitives.

Cette condescendance, incompréhensible et inacceptable, a empêché de partager avec l'Afrique, les vraies causes de la richesse des nations en Occident. Elles sont imputables au libéralisme économique et politique. Le libéralisme est individualiste. L'individualisme est à la fois source de richesse matérielle et de misère morale. De même, le communautarisme africain est à la fois source de richesse morale et de misère matérielle. Que faire pour sortir de ce paradoxal dualisme?

Au plan politique, les colons voient dans la multiplicité des ethnies en Afrique, un obstacle sinon insurmontable, du moins majeur à la pratique dans ce continent, de la démocratie ou libéralisme politique. Les ethnologues ont apporté à cette opinion une caution dont la solidité scientifique n'est qu'apparente. La démonstration rigoureuse lui fait défaut. Il s'agit d'un double préjugé économique et politique. Adam Smith a démontré que le libéralisme économique est individualiste. C'est l'intérêt mutuel qui lie le boulanger et son client. La démocratie est tout aussi individualiste. Le bulletin de vote est un moyen d'échange. Il exprime le choix individuel des électeurs qui « vendent » leurs bulletins à crédit, contre une victoire électorale livrée immédiatement. Le candidat victorieux doit accomplir ses promesses électorales, et non vouloir acheter les consciences des électeurs.

Les deux libéralismes politique, et économique, sont bien les deux faces de l'individualisme. A l'exemple des faces d'une même pièce de monnaie, ils sont indissociables, et une solidarité entre les acteurs doit en découler. La solidarité est donc la vertu du libéralisme. C'est Adam Smith qui a démontré que la richesse des nations occidentales est imputable au libéralisme, c'est-à-dire à l'économie de marché. Il n'y a aucune raison dans des conditions expérimentales semblables, que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets. Pourquoi le libéralisme ne produirait-il pas aussi la richesse en Afrique ?

Les colons, leurs continuateurs et héritiers africains, ont à leur manière démontré que l'ethnie est l'obstacle à la démocratie et au développement. Sous prétexte de lever cet obstacle, ils favorisent une dérive totalitaire qui installe la pauvreté endémique. Ils ont commencé par dissocier les deux libéralismes économique et politique, en prétendant qu'aucun lien n'existe entre eux. Ensuite, au plan politique stricto sensu, ils ont dissocié les deux aspects de la démocratie en déniant aussi tout lien entre eux. Le premier concerne la démocratie représentative, et l'autre celle participative. La démocratie représentative désigne les élus du peuple, responsables de la gestion de la souveraineté de l'Etat. La démocratie participative, quant à elle, gère la souveraineté du peuple par l'intermédiaire de la société civile. L'évolution des deux souverainetés peut se faire de manière soit convergente, divergente ou parallèle. Il va sans dire que l'évolution convergente est seule souhaitable. Ceux qui optent pour l'évolution divergente ou parallèle postulent que la souveraineté du peuple est inférieure à celle de l'Etat. Dans ce cas, quand le peuple dit non, l'Etat peut dire oui. Telle est l'aberration à laquelle conduit le découpage orienté des circonscriptions électorales. Les tristement célèbres élections législatives togolaises de 2006 ont bien démontré qu'à cause du découpage spécieux des circonscriptions électorales, un parti peut recueillir plus de la majorité absolue des voix valablement exprimées en sa faveur, et ne pas obtenir la majorité des sièges à l'Assemblée nationale. Il s'en découle un conflit explosif qui retarde le progrès et le développement économique.

Les lieux communs sur la tribu vont plus loin, pour affirmer que la tribu orienterait le comportement social des Africains. « Au sein de la tribu, l'intérêt de la communauté prime sur celui de l'individu ; à l'extérieur, l'intérêt de sa tribu prime sur celui de toute autre ». Cette affirmation exagérée du rôle de la tribu sur les comportements individualistes est de plus en plus battue en brèche au regard des expériences personnelles. La technique frustrante du contingentement des postes publics, par tribu, y est pour beaucoup, car bloque l'efficacité. Pour avoir longtemps servi de terreau à l'injustice, le tribalisme et le racisme sont en perte de vitesse. Il faut les combattre. Le racisme ou le tribalisme désigne toute doctrine selon laquelle la valeur des individus dépend de leur groupe biologique, ou prétendu tel. C'est une pensée qui, comme le matérialisme barbare, est prisonnière du corps. Sa logique est de frapper. Par contre, la diversité (ethnique, culturelle) est enrichissante. Célébrons les différences à travers lesquelles de nouvelles convergences, voire des complémentarités, viendront se dessiner. Un proverbe tibétain cité par le Dalaï-Lama dit que « le yack doit rester yack et le mouton doit garder sa tête de mouton ». Il n'est pas bon de combattre la liberté et l'identité biologique et culturelle. La lutte contre le tribalisme en Afrique a plutôt permis au pouvoir d'un seul homme de s'imposer à tous et à la Constitution. Le totalitarisme est la maladie dont souffre la majorité de ses dirigeants.

En Occident, l'évolution convergente des deux souverainetés ne dépend pas du caprice du prince. Les conquêtes humanistes y ont tissé une couronne de laurier et d'olivier, pour coiffer la Convergence républicaine, qui trône sur l'opinion et s'impose aux dirigeants. Pour empêcher la Convergence républicaine de s'imposer, les dirigeants africains ont eu recours au pacifisme pour moralement affaiblir le peuple, et lui imposer «un parti d'union nationale ». Le pacifisme, n'est ni une vertu, ni un vice. C'est une idéologie, une doctrine politique, qui juge que toute guerre est bien évidemment mauvaise, nuisible et condamnable. Rien, comme le soutiennent Alain et Marcel Conche, ne saurait la justifier. La paix, en toutes circonstances, vaut mieux. Mais pour Spinoza, « s'il faut appeler paix, l'esclavage, la barbarie ou l'isolement, il n'est rien pour les hommes de si lamentable que la paix ». André Comte-Sponville, quant à lui, fait la synthèse des deux courants de pensée, en disant de la paix : « Rien de meilleur, si elle va avec la justice et la liberté ».

Les Africains doivent se préparer à mieux servir l'Afrique, celle d'aujourd'hui et de demain. Nous devons devenir positif, et éviter ce que Pascal a appelé la confusion des ordres. Il faut une vision claire de la direction à suivre par l'Afrique de demain. Cette vision doit s'inspirer de l'histoire du progrès de l'humanité, être consciente des mutations et de la relation cruciale entre souveraineté alimentaire, population et environnement. Elle doit être attentive à l'essor des échanges internationaux et de la révolution de l'information qui peut servir de tremplin à l'Afrique ou l'exclure du processus. Si l'Afrique sait relever ces défis et saisir les opportunités, elle peut en une génération construire un avenir d'où la pauvreté absolue sera en grande partie éliminée. L'on ne doit plus se contenter des analyses auxquelles nous sommes accoutumés depuis des décennies, elles ne vont pas aux causes profondes, mais ressassent le même diagnostique : « L'Afrique est en crise du fait de sa faible croissance économique et de sa forte croissance démographique, de la baisse de ses revenus et de ses investissements, de sa production alimentaire décroissante, des continuels troubles sociaux, de la dégradation de l'environnement, des institutions médiocres et des marchés imparfaits, de l'aide déclinante et de l'importance de la dette ». Pour dire court, l'Afrique est pauvre et très endettée.

Il faut rendre éthique et moral le libéralisme, pour qu'il soit universel et s'applique aussi en Afrique. Le sceau de l'esprit est l'étincelle qui gît en chaque créature humaine. Il fait de la différence une valeur, dont l'acceptation s'appelle tolérance. L'unicité relève de la liberté de pensée et de conscience, elle est du domaine de la foi. La valeur de la différence vient aussi de ce qu'il n'est pas nécessaire d'avoir une religion universelle unique, une culture unique, ou une médecine unique. Les convergences et les divergences satisfont un besoin psychologique des fidèles ou des patients. Les particularités et les différences de chaque religion, ou de chaque culture, répondent à ce besoin. Il existe bien les dialectes d'une même langue, les langues d'une même parole, qui sont des manifestations d'une même vérité. Il faut construire ou reconstruire la solidarité à tous les niveaux (international, national, communautaire et familial), car la différence ne signifie pas division.



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