Boureima Diallo
23 Juillet 2008
Du côté de Bamako, on a dû pousser un ouf de soulagement : le gouvernement malien et la rébellion touarègue, représentée par l'Alliance démocratique pour le changement, ont conclu lundi 21 juillet dernier un accord sur l'arrêt des hostilités.
Un accord qui vise à mettre un terme aux affrontements sporadiques qui les opposent depuis un an dans la région de Kidal, dans le nord malien, et qui intervient après trois jours de discussions entre les émissaires des deux parties.
Une fois de plus, ces protagonistes maliens se sont engagés à respecter à la lettre cet accord d'Alger qui devra inclure prochainement la délicate question des prisonniers et des réfugiés. Pour ne pas prendre le risque de voir resurgir quelques affrontements sanglants, un comité de suivi, composé de 200 représentants, issus des deux camps, a été formé pour superviser la mise en Å"uvre de l'accord.
Mieux : le désarmement et le cantonnement des ex-rebelles touaregs devraient effectivement se concrétiser en même temps que se tiendra un forum pour le développement des régions du Nord-Mali.
Si les deux parties sont parvenues à un nouvel accord, les lauriers en la matière reviennent, sans aucun doute, à l'Algérie et en particulier à son ambassadeur au Mali, Abdelkrim Ghrieb, qui a pris le dossier en main après l'échec de la médiation libyenne et à la suite de l'appel lancé récemment par plusieurs élus et notables de la région de Kidal, qui ont, expressément, demandé à son pays de s'impliquer davantage dans ce dossier.
Mais on se souvient que le précédent accord d'Alger, signé en 2006, a fait long feu. Alors, celui signé le 21 juillet 2008 sera-t-il vraiment le bon ? Ici, comme dans bien d'autres conflits du genre, le doute peut être de mise.
En effet, en dépit de la franche volonté des autorités maliennes, en particulier de son chef de l'Etat, Amadou Toumani Touré, de pacifier totalement leur vaste pays pour se consacrer au seul combat qui vaille, celui du développement, les rebelles s'y font un peu trop tirer l'oreille.
L'homme fort de Bamako a vraiment beau être unanimement reconnu comme un défenseur acharné de la paix, il n'en reste pas moins un homme d'Etat démocratiquement élu, et qui ne transigerait pas sur des questions aussi cardinales que l'unité nationale, que les rebelles se plaisent à mettre entre parenthèses par leurs actions.
Et ils sont nombreux, ces chefs rebelles maliens qui font preuve d'une agressivité et d'une hardiesse déroutantes. C'est ainsi qu'en dépit de la volonté de Bamako de mettre balle à terre, depuis un certain temps, les morts, les otages se comptent par dizaines dans les rangs maliens, et armes et véhicules sont emportés. Personne ne peut vraiment dénier toute légitimité aux revendications de ces rebelles.
Dans le septentrion malien, la misère, la pauvreté restent criardes, même qu'un certain sentiment d'être marginalisé peut transparaître chez certains. Mais est-ce que c'est en détruisant les biens publics et en tirant sur les soldats maliens, comme on le ferait d'un lièvre, que la prospérité va s'installer, comme par enchantement, dans les zones touarègues ? Certainement pas, même si on sait que depuis cette rébellion, le gouvernement malien a fait de la lutte contre la pauvreté dans cette zone la priorité des priorités.
Mais c'est peu dire que d'affirmer qu'Ibrahim Ag Bahanga, le chef des rebelles, et ses hommes se soucient peu de la parole donnée et des quelques accords signés.
Et bien des fois, la parole donnée par eux un jour est remise en cause aux premières lueurs du lendemain sans aucun état d'âme. Un double langage, qui complique singulièrement la tâche du pouvoir malien et des médiateurs.
Autre hic : c'est le fait que, depuis un certain temps, les médiateurs algériens et libyens ont semblé entretenir une querelle de leadership. Ce qui a rendu, depuis, peu lisible la situation dans le bord malien.
Alors, les rebelles maliens, qui ont longtemps tergiversé parce qu'ils trouvent leur compte dans cette situation de guerre larvée, se résoudront-ils, pour cette fois au moins, à respecter scrupuleusement cet accord du 21 juillet 2008 ?
Espérons-le vivement, car nombreux sont les chantiers qui attendent les Maliens sur la difficile voie du développement.
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