Mahorou Kanazoe
23 Juillet 2008
analyse
Depuis lundi dernier, aucun coup de feu ne doit plus être échangé entre l'armée malienne et les rebelles touaregs de l'Alliance démocratique pour le changement. Sous les auspices de l'Algérie, le gouvernement et l'ADC sont parvenus à un accord portant essentiellement sur un cessez-le-feu.
Les autres aspects de la crise, notamment le sort des prisonniers retenus de part et d'autre et celui des réfugiés, font l'objet d'un accord. Le fait d'avoir obtenu l'arrêt des hostilités est déjà une victoire pour la paix. Depuis plusieurs mois, le Nord Mali était devenu un théâtre de guerre avec son cortège de malheurs. Mais surtout, ce conflit larvé donnait au Mali l'image fâcheuse d'un pays instable et peu sûr. Le comble de l'injure, pour un combattant de la paix comme Amadou Toumani Touré.
Le président tenait donc coûte que coûte à une issue honorable et rapide dans le bras de fer avec la rébellion dirigée par Ibrahim Ag Bahanga. C'est pourquoi il n'a ménagé aucun effort pour arriver à ses fins. Le chemin fut certes tortueux et semé d'embûches avec l'intrusion ratée de la Libye dans la médiation, les tentatives de connexion entre Touaregs maliens et nigériens, les nombreuses escarmouches entre les belligérants et l'avénement sans doute éphémère d'un nouveau groupuscule rebelle. Tout en privilégiant le dialogue comme axe principal de son approche dans la résolution du conflit, le président Toumani n'a toutefois pas transigé sur l'intégrité territoriale du Mali. De même, il a renforcé la présence militaire dans le Nord, comme pour dire que le dialogue n'excluait pas la fermeté.
A cette lutte contre l'insécurité, le Mali a associé son puissant voisin algérien pour des patrouilles mixtes le long de leur frontière commune. Enfin, dans le registre de la démonstration de force, il ne faut pas occulter la présence discrète mais vigilante des Etats-Unis aux côtés du Mali dans leur stratégie de lutte contre le terrorisme. Cette pression militaire a sans doute son effet sur les rebelles qui ne bénéficient plus d'une grande sympathie auprès de l'opinion. Les soulèvements récurrents, pour un oui ou non, ont fini par désintéresser les Maliens d'abord, puis les Africains et, de plus en plus, les Occidentaux, de la lutte des Touaregs. Revendiquer dans le cadre des institutions de la république, oui, car force doit rester au droit.
Mais la rébellion armée, aussi justifiée soit-elle, ne peut plus être une voie de recours acceptable dans un pays aux vertus démocratiques reconnues. Avec le recours à la médiation algérienne, les conditions étaient réunies pour un gentleman's agreement. Le pays de Abdel Aziz Bouteflika est à l'origine du premier accord de 2006 entre les autorités maliennes et les rebelles.
L'Algérie présente toutes les garanties d'un médiateur crédible dans la crise. Il n' y avait donc pas de raison de la contourner. Il reste à espérer qu'enfin, cet accord sera le bon, parce que chacun des signataires aura tenu parole.
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