Karima Mokrani
23 Juillet 2008
Relaxe pour les 38 personnes mises en cause dans l'affaire des constructions endommagées par le séisme du 21 mai 2003 ayant causé la mort d'au moins 2 278 personnes et des blessures plus ou moins graves à plus de 10 000 autres.
Le verdict est tombé hier dans la même salle qui a vu, il y a près d'une année, une grande partie des accusés et de leurs familles sombrer dans une grande tristesse, après l'annonce de leur condamnation à des peines de deux à trois ans de prison ferme. Les cris de colère de Mme Serkisti, l'épouse de l'ingénieur du Contrôle technique des constructions (CTC), «condamné pour un bon de sortie», ne cessait-elle de répéter, résonnaient encore dans la grande salle. Mme Serkisti, malgré tous les mots durs qu'elle avait proférés à l'encontre de la justice, croyait encore en cette même justice. Elle a fait appel et elle a eu gain de cause. Les autres condamnés -du premier procès- ont aussi fait appel et ont obtenu satisfaction. Une année après, la colère se dissipe et fait place à une grande joie. Les accusés et leurs familles poussent un grand «ouf». Les cris de joie fusent de partout avant même que le nouveau juge termine la lecture du verdict. Des youyous s'ensuivent. Des larmes aussi. «Vive la justice!» s'écrient de nombreux présents au procès. «L'Algérie sort de l'obscurité et entre dans la lumière», disent d'autres. «La justice a dit le mot de vérité...» entend-on encore. Les accusés, «enfin libérés» remercient chaleureusement leurs avocats. Ils les félicitent pour leurs efforts. «Grand merci pour tous les avocats de la défense», lance encore une femme qui salue presque tous ces hommes en robe noire. «Ils se sont battus pour nous et avec nous», dit-elle. Un avocat laisse couler ses larmes : «La justice retrouve son cours normal.»
«Les gens sont satisfaits parce que la vérité a éclaté. Il n'y a pas eu d'erreurs humaines et nous l'avons démontré. On ne peut pas aller à l'encontre de la volonté divine...Les gens reprennent confiance en la justice», affirme Me Abdelatif Benberrah. Et l'avocat d'insister : «Il n'y a pas eu d'erreurs humaines. L'expert M. Chelghoum Abdelkrim, lui-même, soutient que les bâtisses ne pouvaient pas résister à la violence du séisme. Le risque est d'autant plus grand que les bâtisses effondrées étaient classées dans la zone 2, alors qu'elles devaient l'être dans la zone 3.» Un représentant de l'ordre national des architectes émet le même jugement : «les personnes à incriminer ne sont pas ici.» L'architecte profite de cette occasion pour interpeller le ministère de l'Habitat et les organismes affiliés pour «revoir le règlement parasismique» et «le plan national de zonage». Ce qui amène Me Benberrah à dire encore : «S'il y a des responsabilités, il faut les chercher ailleurs.»
Me Houria Abdessamad salue la sérénité des magistrats et du représentant du ministère public : «Ils ont fait preuve de sérénité et de distinction.» Et l'avocate de conclure : «Il y a une justice dans ce pays et nous devons lui faire confiance. Il arrive qu'il y ait des erreurs mais il faut savoir se battre jusqu'au bout. L'erreur finit par être rectifiée à la deuxième, sinon à la troisième instance.»
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