Nico Panou
23 Juillet 2008
interview
Port Louis — Le directeur d'OBAS enterprise qui transforme des proiduits de mer, explique les diffilcutés de ce secteurs .Il propose des solutions pour que Maurice devienne le « seafood hub » de la sous-région.
A quoi ressemble le secteur des produits de la mer aujourd'hui?
L'industrie des produits de la mer souffre d'une surexploitation des ressources halieutiques du pays. Notre énorme réserve territoriale - 1,9 million de kilomètres carrés - n'enrichit que des armateurs étrangers. Leurs bateaux de pêche exploitent à fond les produits de cette zone et les emportent dans leurs pays respectifs. Dans le passé, une dizaine d'entreprises s'adonnaient aux activités de pêche. Aujourd'hui, elles ne sont plus que cinq ou six. Les navires étrangers qui viennent pêcher dans nos eaux territoriales n'ont aucune obligation légale d'écouler leurs produits à Maurice. Ils choisissent de les vendre là où bon leur semble.
La pêche industrielle locale, à l'étape du balbutiement, ne peut subvenir aux besoins en matières premières de notre industrie de transformation des produits de la mer. Nous avons peut-être une industrie de conserverie. Mais l'industrie de la pêche est quasi inexistante. De ce fait, il devient extrêmement difficile aux usines censées apporter de la valeur ajoutée à nos produits de la mer de fonctionner. Ce n'est pas tout. D'autres problèmes, tout aussi sérieux empêchent l'industrie du seafood de connaître un avenir brillant.
Voulez-vous en parler ?
Le deuxième problème est relatif aux difficultés pour exporter vers l'Europe. On remarque de sérieuses lacunes du point de vue de l'autorité compétente. Les laboratoires d'analyse des produits pour l'exportation sont parfois désavoués sur le marché international. Ils manquent de professionnalisme. Il faut ajouter le coût du fret aérien, lié à la flambée du cours du pétrole. Toute notre marge est engouffrée par les compagnies aériennes.
Dans ces circonstances, que font les entreprises de transformation de produits de la mer, pour garder la tête hors de l'eau ?
Elles sont obligées d'aller chercher du poisson ailleurs. Ou carrément, elles se font fournir par des pêcheurs artisanaux. Vous imaginez alors les ennuis qu'une telle démarche peut entraîner vis-à-vis des clients à l'étranger. Particulièrement quand il s'agit d'apporter des preuves de la provenance de la matière première.
Le pays voudrait devenir un «sea-food hub». Comment est-ce possible ?
Pour développer le secteur de la pêche, il faut d'abord bien le comprendre et maîtriser les enjeux. Malheureusement, le gouvernement ne s'est pas encore penché sur le problème de la pêche. Pour initier le sea-food hub, il faut commencer par entraîner les acteurs de la pêche artisanale. Il faut les amener à se convertir en semi-professionnels. Par la suite, ils passeront à la phase industrielle.
Mais laisser le sea-food hub au bon vouloir des industries de pêche étrangères n'est pas la solution envisageable. Car ces dernières ne sont là que pour un bout de temps. Tout juste pour tirer le maximum de profits et repartir. Pour faire réellement de Maurice un pôle de produits de la mer, il faudrait que l'Etat s'implique davantage. Qu'il aide les nationaux à évoluer dans les activités de la pêche industrielle.
Certaines entreprises exportent, malgré ces difficultés, vers l'Europe et les Etats-Unis. Comment font-elles ?
La plupart d'entre elles importent les matières premières de l'étranger. Elles ne peuvent se fier aux navires étrangers qui pêchent dans les eaux territoriales mauriciennes. Mais parfois, ces entreprises ont des difficultés à prouver l'origine de leurs produits. Quand le pays vers lequel le produit fini est exporté pose des problèmes de norme, il devient difficile pour l'exportateur de s'en tirer. Les risques encourus sont énormes pour lui.
Comment voyez-vous l'avenir de votre entreprise. Comment ferez-vous pour satisfaire la demande de vos marchés d'exportation ?
Nous vendons du surgelé vers l'Europe et aussi sur le marché local. Pour faire face au problème d'approvisionnement en produits de la mer, nous prévoyons de nous tourner vers l'aquaculture. A ce jour, c'est la seule option qu'il nous reste à explorer. En attendant que la pêche industrielle prenne son essor.
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