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Burkina Faso: L'homme menace les acquis de la lutte contre la désertification


Inter Press Service (Johannesburg)
 

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Inter Press Service (Johannesburg)

23 Juillet 2008
Publié sur le web le 23 Juillet 2008

Brahima Ouédraogo
Ouagadougou

Malgré les millions de plants mis en terre chaque année pour lutter contre la désertification au Burkina Faso, ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest risque de voir ses efforts annihilés par la forte pression des populations pour satisfaire leurs besoins socio-économiques.

"Nous trouvons donc dans les réserves, les parcs nationaux, des habitations, des marchés, des lieux de culte, de véritables infrastructures", a déclaré à IPS, Salifou Sawadogo, le ministre burkinabé de l'Environnement et du Cadre de Vie.

"C'est une pression anthropique qui va en contradiction avec les conditions devant régir la gestion de ces réserves, mais aussi de l'exploitation d'ensemble que nous devons faire des aires classées qui sont encore les reliques de notre patrimoine forestier", ajoute Sawadogo, médusé.

Selon une étude réalisée en 2007 par le ministère de l'Environnement et du Cadre de Vie, 60 pour cent des aires du domaine classé sont occupées par des exploitations agricoles, des hameaux de culture et des villages dotés d'infrastructures socio-économiques.

L'étude indique également que les occupants des aires y pratiquent des feux de brousse, la coupe illégale du bois, le surpâturage et la carbonisation.

Les conséquences, souligne l'étude, sont la forte la dégradation de l'écosystème, le comblement des principaux cours et plans d'eau ainsi qu'une diminution des superficies boisées et des stocks de produits forestiers ligneux et non ligneux.

Selon Oumar Tiemtoré, le responsable du suivi et de l'évaluation du Projet de gestion durable des ressources forestières dans les régions du sud-ouest et de l'est du Burkina, la pression de l'homme menace les acquis car l'exploitation des ressources y est "anarchique".

"Il y a une certaine forme d'irresponsabilité face à la gestion des ressources car ceux-là qui s'installent dans les forêts ne sont pas ceux qui veulent consentir des efforts pour gérer la fertilité des terres", explique Tiemtoré. "Ce sont des gens qui veulent profiter d'une certaine fertilité qui existe, ce qui fait qu'il qu'ils pratiquent généralement une culture itinérante et changent régulièrement de terre".

Le gouvernement, qui veut actuellement déguerpir les populations dans les aires protégées, reste néanmoins prudent en raison, dit-il, des problèmes sociaux que ces déguerpissements vont entraîner.

"Vous savez qu'il y a beaucoup d'infrastructures qui sont dans ces forêts (écoles, forages, marchés) dont le déguerpissement doit tenir compte parce que le problème, c'est comment déloger ces gens sinon, si on le fait sans plan, les populations vont revenir", explique Ibrahim Lankoandé, directeur général des forêts au ministère de l'Environnement.

"Nous comptons commencer par la sensibilisation. Ensuite, il y a aura des mesures d'accompagnement pour améliorer les conditions de vie des populations", indique Lankoandé. Selon lui, plus de 20.000 personnes occupent ces forêts depuis 10 ou 15 ans.

Cependant, Moustapha Sarr, directeur général du Parc Bangréwéogo -- une forêt ancestrale restaurée et servant de poumon d'oxygène à la ville de Ouagadougou, la capitale burkinabé --, affirme que les populations ne constituent pas une difficulté, et préconise une gestion concertée des ressources des lieux protégés.

"Ce sont ceux qui ont voulu gérer les ressources naturelles sans l'implication des populations, qui se sont cassé la figure parce que ce sont les populations qui ont entretenu ces aires pendant longtemps", explique Sarr à IPS.

Il suggère en fait une gestion concertée des aires car souvent, elles existent avant d'être protégées par les autorités en raison de l'abondance de la faune ou de la position géographique des forêts.

"Le vrai problème, c'est l'exploitation des ressources et le facteur compensation. Est-ce que le taux de régénération de nos ressources est proportionnel au niveau d'exploitation des ressources naturelles? Le gap entre ce qu'on prélève est nettement supérieur aux capacités réelles des forêts de se régénérer", ajoute Lankoandé.

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Selon le Premier ministre burkinabé Tertius Zongo qui assistait à une cérémonie de reboisement en juin à Ouagadougou, il suffit de se demander ce que le pauvre va laisser à ses enfants au village. "Le capital le plus important du pauvre, c'est sa terre et nous devons faire en sorte qu'il puisse la préserver, qu'elle le nourrisse, lui. Et nous devons l'aider à faire en sorte que s'il la laisse en héritage à ses enfants, que cette terre soit capable de nourrir ses enfants", a-t-il déclaré.

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