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Congo-Kinshasa: Lutte contre la corruption - yout le système est pris dans l'engrenage !
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Le Phare (Kinshasa)
BILLET
23 Juillet 2008
Publié sur le web le 23 Juillet 2008
Jean N'saka Wa N'saka
Le principal des maux qui rongent la RDC et qui en est la source multiplicatrice s'appelle la « corruption », assimilable à la tumeur maligne. Les prélats catholiques sont d'avis que ce phénomène a atteint des proportions inquiétantes et insupportables.
Les députés nationaux dans leurs rapports des vacances combinés de juillet 2007 et janvier 2008, font le même constat amer. Ils ont mis le doigt sur le mal. Mais quel remède concret et vraiment drastique préconisent-ils contre ce mal ancré dans les rouages de l'Etat et qui a contaminé toute la société ? Les députés nationaux en majorité d'obédience du cartel politique au pouvoir, ne sont pas allés au-delà de la dénonciation d'une série de faits bouleversants dont le soubassement était la corruption. Quant aux princes de l'Eglise, ils estiment qu'il serait urgent de « décréter une année de lutte contre la corruption ». Les chances de réussite d'une année de croisade contre la corruption s'avèrent à posteriori hypothétiques. La campagne pour le changement de mentalité, officiellement orchestré et médiatisée naguère, qui n'a abouti à aucune régénération de la société si moindre soit-elle, est la preuve éloquente de l'enracinement vivace du phénomène.
Le diagnostic est certes positif, mais la thérapeutique qu'on prescrit est pratiquement contre-indiquée, tout à fait fausse, comme un cautère sur une jambe de bois. La décadence d'une société procède de la déchéance morale des êtres humains qui la composent. Il s'ensuit que la régénération d'une société doit être absolument précédée de celle des humains. On ne peut faire le contraire et réussir. La corruption n'est pas le seul et unique phénomène destructeur de la société rdcongolaise. Il est l'un de nombreux maux dont le pays tout entier est affligé. Les prélats catholiques eux-mêmes reconnaissent que la RDC baigne dans une crise multiforme, qui est à la fois politique, spirituelle, morale, des valeurs. On peut dire aussi que l'épanouissement ou le dépérissement d'une société dépend avant tout du comportement moral de ses dirigeants dont les faits et gestes bons ou mauvais, se répercutent sur l'ensemble des citoyens. La corruption qu'on dénonce procède des sphères officielles où elle s'est incrustée, et localisée. C'est de là qu'elle rejaillit sur l'ensemble de la société.
Nul n'ignore où se fait le trafic de décisions politiques, économiques, judiciaires, voire académiques. Nul n'ignore où l'on ramasse de l'argent à la pelle avec lequel on achète tout et l'on dépossède le pauvre de ses biens. C'est là que devrait commencer la lutte contre la corruption ! Le phénomène est immanent au système qui le favorise et s'en sert largement comme un moyen d'action efficace pour sa survie et pour résister à un tourbillon d'impondérables qui pourraient le faire tomber de son piédestal. D'ailleurs, il faut être naïf pour s'imaginer qu'un système de valeurs négatives enracinées dans la société peut être effacée par une campagne de moralisation, même si elle est étalée sur une longue période indéterminée. L'échec du changement de mentalité en est la preuve. On ne peut diagnostiquer les maux qui rongent la société et chercher à les combattre séparément, sans les approfondir et s'efforcer de découvrir s'ils découlent de plusieurs causes ou d'une seule et unique cause. Comme le phénomène « corruption » gît dans les rouages de l'Etat, il est en fait un problème d'hommes. Comme pour les autres maux qui rongent la société.
Retour à la case départ
Tout le système est pris dans l'engrenage. Tous ses rouages sont gangrenés. Quelle est l'origine du système ? Il est l'émanation d'un processus électoral et d'une transition. Ses déficiences qui apparaissent aujourd'hui au grand jour et qu'on considère comme des maux graves qui concourent à l'anéantissement de la société, ne sont pas des phénomènes fortuits. Ces déficiences troublantes qu'observe tout le monde stupéfait, dénoncées par les députés nationaux et les prélats catholiques, sont justement la résultante de la manière dont la transition et le processus électoral ont été menés. Tous ceux qui s'alarment de la corruption et d'autres facteurs anormaux qui détruisent la société et préconisent des solutions empiriques, devraient avoir le courage de se reporter nécessairement à l'origine. Ils verraient que les maux qu'on déplore aujourd'hui sont presque les mêmes que le pays connaissait avant le dialogue en Afrique du Sud, et dans lesquels s'étaient vautrés les animateurs de la transition au lieu d'y remédier en s'acquittant du programme qui leur était assigné, avec les objectifs précis pour déblayer le terrain et conduire le pays à la démocratie et à l'Etat de droit.
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A la réflexion, il n'y a rien de nouveau. Les phénomènes auxquels on avait négligé de s'attaquer pendant la transition étaient restés entiers, se sont développés e réapparaissent aujourd'hui dans toute leur laideur. On ne peut y remédier efficacement qu'en acceptant de retourner avec courage à la case départ. C'est la remise en question de tout le système qui s'impose et s'avère inéluctable. Hors de cette nécessité, point de salut. La corruption n'est que l'un des foyers morbides de la tumeur maligne qui ronge la société. Il n'est pas possible de guérir la société en cherchant à lutter contre un seul foyer morbide alors qu'ils sont nombreux. Tout va de mal en pis. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, l'horizon s'assombrit de plus en plus. Il faut qu'on ait le courage de voir les choses en face et se rendre à l'évidence. On limite le raisonnement et la réflexion au présent, sans comprendre que les problèmes qui se posent remontent parfois au passé qui n'est pas lointain. Des mêmes phénomènes d'hier se reproduisent et on les considère comme nouveaux, et l'on s'en alarme. La corruption est un élément nutritif de tous les régimes d'essence autocratique qui se succèdent au pouvoir depuis le règne de Mobutu.
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