La Tribune (Algiers)

Soudan: Le président soudanais en tournée au Darfour - Omar El Bachir désavoue les accusations de génocide

Le président soudanais Omar El Bachir a qualifié hier de «mensonges» les accusations portées contre lui par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI). En visite dans cette région au centre de toute l'attention médiatique internationale, le président soudanais entendait démontrer que les charges qui pèsent contre lui relèvent du politique.

Il a été accueilli à El Facher, capitale du Darfour-Nord, par plus de 6 000 manifestants. La visite du président soudanais survient une dizaine de jours après la sortie du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) qui avait demandé un mandat d'arrêt contre lui pour «génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité»

au Darfour. Pour Khartoum, il n'y a aucun doute que le CPI veut «mettre un point final à l'histoire des peuples Four, Masalit et Zaghawa». Ces groupes ethniques du Darfour auxquels s'est adressé le président soudanais. Des membres de ces groupes, dont certains font partie du mouvement politique du Président, se trouvaient parmi les manifestants.

Des centaines de personnes déplacées par les violences au Darfour, qui seraient en train de rentrer chez elles, selon le gouvernement, ont aussi fait montre de leur soutien au chef de l'Etat devant l'aéroport d'El Facher. «Ce que Ocampo a dit sur le Darfour, ce sont des mensonges. Nous devons trouver une solution au problème du Darfour», a clamé le président du Soudan. «Je suis venu ici, au Darfour, pour dire une seule chose. Chaque personne déplacée doit retourner dans son village.

Le gouvernement devra alors fournir les services sociaux», a-t-il poursuivi à l'endroit des médias occidentaux. Après El Facher, où se trouve le quartier général de la force mixte ONU-Union africaine (Minuad), Omar El Bachir poursuivra sa tournée en se rendant à Nyala dans le Sud et El Geneina dans l'uest. Des diplomates ont été invités à prendre part au voyage.

Pour voir de visu la réalité sur le terrain, le chargé d'affaires américain, Alberto Fernandez, ainsi que les ambassadeurs d'Egypte, d'Arabie saoudite et du Nigeria accompagnaient le Président. En cas d'annonce importante du président soudanais «nous devons être représentés au niveau approprié», a indiqué l'ambassade de Grande-Bretagne.

Les analystes et observateurs estiment que la virée de Omar El Bachir dans la province du Darfour, la dernière visite remonte à 2007, fait partie d'une offensive de Khartoum pour contrer les accusations sélectives du procureur de la CPI. «Je pense que son but est de montrer que la population du Darfour n'est pas d'accord avec la CPI», a déclaré Adil El Baz, rédacteur en chef du quotidien soudanais Al Ahdath.

Les violences, la famine et les maladies ont fait jusqu'à 300 000 morts, selon l'ONU, quelque 10 000 selon Khartoum. Allant dans le sens de l'apaisement, le Soudan a annoncé son intention de mettre en place des tribunaux spéciaux pour juger les responsables présumés de violations des droits de l'Homme au Darfour. Le tout avec la collaboration active de l'ONU et de la Ligue arabe. L'annonce a été faite hier par un responsable de l'organisation panarabe. Mais si le Soudan tient des procès de personnes accusées de crimes au Darfour, la CPI abandonnera-t-elle alors automatiquement ses procédures ? La suspicion occidentale reste de mise. «Ils vont juger toute personne accusée d'avoir violé les lois régissant les droits de l'Homme, quels que soient les crimes», a tenu à rassurer le responsable de la Ligue arabe. Même Omar El Bachir lui-même ne serait pas exclu de la compétence des tribunaux, en dépit de son statut de président de la République. Le Soudan a, par le passé, donné son accord de juger les auteurs présumés de crimes au Darfour.

Il n'y a jamais eu de procès. Khartoum, ne reconnaissant pas la CPI, a refusé de livrer un ministre, Ahmed Haroun, et un chef des Janjawid, Ali Kosheib, considérant les mandats d'arrêt comme une atteinte à sa souveraineté.


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