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Afrique Centrale: La contribution contre-productive de la Belgique
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Le Potentiel (Kinshasa)
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Kris Berwouts
Kinshasa
Quelle incohérence entre les efforts de l'Union européenne qui vise à plus de rigueur, d'unité et de transparence dans l'armée et la coopération militaire belge qui joue cavalier seul. Une opinion de Kris BERWOUTS, Directeur au Réseau européen pour l'Afrique centrale (EurAc).
Il y a deux ans, le peloton au grand complet des hommes politiques, chefs guerriers, indépendants et autres personnalités aspirant à gérer le Congo, se lançait dans la dernière ligne droite vers les premières élections depuis bien longtemps. Grâce à la maturité de la population congolaise et au travail remarquable de la Commission Electorale Indépendante (CEI), les scrutins se sont bien déroulés. Après deux tours d'élections présidentielles, Joseph Kabila a prêté serment comme chef d'Etat élu, et avec l'investiture du gouvernement Gizenga en février 2007, la Troisième République devenait une réalité.
Une des tâches les plus importantes de la nouvelle équipe était l'unification de l'armée, car la guerre avait atomisé le paysage militaire. En effet, les protagonistes majeurs dans les conflits avaient mis en place leurs propres forces armées, pour certains avec l'aide des pays voisins. C'est de cette mosaïque que doit émerger une seule armée républicaine. Parce que précisément, l'installation d'une armée unifiée, crédible, performante et disciplinée est la seule stratégie durable pour mettre fin à l'impunité chronique, surtout à l'est du pays où la population civile reste victime de la violence quotidienne. Celle contre les femmes et les filles continue particulièrement à atteindre une intensité et une cruauté choquantes.
Pour sortir de cette crise, plusieurs acteurs internationaux se sont donnés l'ambition d'aider le Congo à transformer son armée en un instrument de l'Etat de droit, ce qui est le contraire de la situation actuelle où elle est une des causes majeures de l'insécurité. Les Nations Unies ont, avec la Monuc, depuis des années la mission de paix la plus grande au monde sur le terrain. L'Union européenne (UE) s'investit aussi beaucoup dans les réformes du secteur de sécurité. En 2005, elle a créé la Mission de l'Union européenne pour la réforme de sécurité en République Démocratique du Congo (Eusec-RDC) afin d'appuyer et d'accompagner l'unification de l'armée. En plus de ceci, certains de ses Etats-membres, dont la Belgique, entretiennent des coopérations bilatérales. Malheureusement, ces efforts n'aboutissent pas toujours à un meilleur résultat commun. Parfois même, ils sont contre-productifs.
Le fait que l'unification de l'armée n'avance pas beaucoup relève surtout de quatre facteurs. Il s'agit d'abord d'un manque de volonté politique. Les chefs rebelles n'ont pas beaucoup envie de démanteler leurs effectifs militaires, estimant qu'ils en auront besoin le jour où le processus de paix déraille. Il y a aussi le problème de la logistique. Regrouper des milices, enregistrer tous les miliciens individuellement, leur donner une formation, les brasser et les déployer dans des unités nouvelles, nécessite des casernes. Or, celles-ci n'existent pas ou presque. Il y a ensuite la question des ressources naturelles. Depuis l'époque de Mobutu, celles-ci échappent au contrôle de l'Etat à travers des circuits illégaux qui ont été réorientés par la guerre sur Kigali et Kampala. Aujourd'hui, un grand nombre des groupes armés (intégrés ou pas dans l´armée nationale) survivent économiquement grâce à leurs emprises sur une mine, un axe commercial, etc., et ils n'ont pas envie d'abandonner cette emprise. Enfin, et peut-être surtout, il y a le problème de la transparence et de la bonne gestion, ou plutôt l'absence de celles-ci. En effet, plus l'organigramme de l'armée est nébuleux, plus des opportunités existent pour le sommet de cette armée de détourner des sommes importantes. Ces cas concernent non seulement les soldes mensuelles des soldats, mais également de grandes opérations militaires comme celles engagées contre le général dissident Laurent Nkunda en décembre 2007. On constate que beaucoup de personnalités qui occupent des positions clé pour faire réussir l'unification de l'armée ont énormément intérêt à ce que la situation actuelle perdure.
Or, c'est surtout sur ce dernier terrain que l'UE veut faire la différence, à travers Eusec qui a deux activités importantes aujourd'hui. D'un côté, elle essaye d'élaborer une chaîne de paiement transparente; de l'autre, elle soumet chaque militaire de l'armée gouvernementale à un recensement biométrique. Ces activités contribuent à la disparition des possibilités d'encaisser de l'argent pour des soldats fictifs, décédés ou pensionnés. Ces domaines sont très sensibles au Congo puisqu'ils ont à faire aussi bien avec la sécurité qu'avec la transparence. Eusec et l'UE subissent régulièrement des pressions politiques intenses, notamment de la part du ministre de la Défense, Chikez Diemu.
On constate au sein de la communauté internationale une série d'incohérences autour de l'unification de l'armée congolaise. L'ambition à long terme de l'UE s'harmonise difficilement avec l'approche des Nations Unies, qui visent surtout, à travers la Monuc, des résultats à court terme en termes de sécurité. Une plus grande coordination augmenterait sans aucun doute l'impact commun de ces initiatives. Malheureusement, les efforts bilatéraux belges ne renforcent pas non plus le projet européen. En fonction de sa propre visibilité et d'un profil plus fort, la Belgique offre des formations et du matériel en plus de l'aide européenne. Bien sûr, l'armée congolaise a un besoin terrible en formation et en matériel, mais si la coopération militaire bilatérale belge ne s'harmonise pas avec l'approche européenne, elle en diminue la crédibilité.
Il est clair que depuis l'installation de la Troisième République, les autorités congolaises ne se laissent plus taper sur les doigts par des tiers.
Le Congo décourage activement l'ensemble de ses partenaires internationaux de s'exprimer d'une même voix. Or, les efforts de l'Union européenne pour unifier l'armée congolaise visent surtout à rendre transparent le circuit suivi par l'argent au sein de l'armée. Si elle veut y arriver, l'UE devra maintenir un dialogue franc et structuré avec les autorités congolaises, et faire en sorte que ses Etats-membres partagent une même vision et une même stratégie. En fonction de sa propre relation avec les autorités politiques et militaires du Congo, la Belgique fragilise la solidarité européenne et envoie un mauvais signal qu'il existe d'autres alternatives que la rigueur de l'UE.
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Notre conviction est que, tant que le Congo n'aura pas une armée unifiée, disciplinée et crédible, la sécurité ne s'améliorera pas de façon fondamentale, l'impunité continuera à régner. Le pays se trouvera sans aucune défense devant les menaces des pays voisins. Le gouvernement légitime sera incapable de mettre fin à l'exploitation illégale des ressources minières. En clair, c'est une très bonne chose que la Belgique soit prête à fournir des efforts supplémentaires. Cependant, si elle veut imprimer un impact durable, elle devra viser plus de complémentarité avec la dynamique européenne au lieu de chercher un profil propre plus fort.
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