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Cameroun: Le calvaire des populations de Bamendankwe
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Le Messager (Douala)
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Donat Suffo
Face à la difficulté de s'abreuver à l'eau de la Camerounaise des eaux (Cde), ex-Snec, les riverains trouvent une alternative.
Le distributeur d'eau qui meurt de soif
Bamendankwe est l'un des sept villages qui forment l'ancien arrondissement de Bamenda central. Il abrite le château de distribution d'eau de la métropole provinciale du Nord-Ouest. Son relief (en altitude) a favorisé l'installation d'un centre de traitement d'eau alimentant la ville de Bamenda. Mais les populations de ce village n'ont pas d'eau potable pour leur consommation. Comme qui dirait : près de la source et loin de l'eau. Pourtant, " l'eau c'est la vie ". Malheureusement, " depuis trente ans que la Snec hier, et aujourd'hui Camwater et la Cde exploitent l'eau de notre village et distribue à la quasi-totalité de la ville de Bamenda, Bamendankwe n'a pas d'eau ", affirme George Ndifor Tala, président du conseil des notables à la chefferie Bamendankwe. En saison sèche, le quartier administratif de la ville à Up station et ses environs sont aussi victimes de cette pénurie d'eau. Les tuyaux de la Camwater se vident en cette période. Les ménages sont contraints de descendre au centre de la ville se ravitailler en eau potable (pour ceux qui ont des moyens de locomotion). Ceux qui n'en n'ont point se replient vers les ruisseaux impropres.
A la question de savoir si les natifs Bamendankwe ont déjà rencontré les responsables de Camwater et/ou de la Cde pour remédier à ce déficit, Ako Stephen Ako, l'un des initiateurs du projet du centre de captage d'eau lâche : " On nous avait dit à la Snec qu'il est difficile de renvoyer l'eau ici en altitude pour nous ravitailler. Et s'il fallait le faire, cela nécessiterait environ 350 millions. En plus, ils ont estimé qu'ils n'y ont pas un intérêt au regard de la faible densité de la population ". Et d'ajouter : " Nous en souffrons énormément bien que l'eau provient de notre village ". La Camwater et la Cde n'envisagent aucune voie de sortie.
La solution qui vient des villageois
Las de pleurnicher à Camwater, trois quartiers (Ntaamafe, Atohlah et Nesirine) les plus touchés du village Bamendankwe, ont décidé de se mettre ensemble. Objectif : résoudre ce problème de manque d'eau propre à la consommation. Ils ont entrepris depuis environ un an, la construction de leur centre de captage d'eau. Un projet de plus de 20 millions de Fcfa dont la première phase s'est achevée avec la construction de quatre points de captage. La seconde phase, qui consiste en la construction d'un réservoir ou château, tarde à se matérialiser, faute de moyens. " Nous avons tendu la main à plusieurs personnes. Malheureusement la réponse n'a pas été toujours favorable, étant donné que ce projet concerne notre communauté avec laquelle ils estiment n'y avoir aucun un intérêt ", dit Stephen.
Pour ceux dont les réponses ont été favorables, Ako Stephen Ako laisse entendre qu'ils ont conditionné leur assistance à " leur propre gestion de ce projet. Ce qui signifie qu'en fin des travaux, les villageois que nous sommes allons payer les factures d'eau, alors que nous n'avons déjà pas les moyens ". D'où le refus de ce genre d'assistance par les villageois, allergiques à une éventuelle quittance d'eau. " Nous aimerons une eau affranchie de toute facture. Nous allons de temps en temps contribuer juste pour la maintenance et le traitement ", dit-il. Sur le site déjà creusé du château, se trouvent plus de 2000 pierres taillées et du gravier. Manquent pour le démarrage de cette phase, du ciment, du fer, du sable et des moyens financiers pour la main-d'oeuvre. " Nous nous battons et avec l'aide de Dieu, peut-être une âme de bonne volonté nous viendra en aide ". L'espoir est permis dans les rangs de cette communauté qui n'entend pas lâcher prise.
La leçon de Yop à Camwater
" Nous avons constaté avec amertume la manière avec laquelle l'ex-Snec, aujourd'hui Camwater et la Cde, exploitent l'eau dans la commune de Bamenda 1er. Ils n'ont jamais planté un arbre autour du point de captage, encore moins initié l'éducation de la population sur l'importance de la protection de la source d'eau ", lâche sans ambages Omer Songwe, Programme coordinator de l'organisation non gouvernementale Youth Outreach Cameroon. C'était samedi dernier, 19 juillet, au point de captage d'eau de Bamendankwe. Le coordinateur de cette Ong qu'accompagnaient cent cinquante jeunes âgés de moins de 15 ans, ont apporté leur contribution à la prévention d'une crise future de l'eau à Bamenda.
Au regard de la croissance exponentielle de la population de la cité capitale du Nord-Ouest, ces enfants ont dressé un catalogue de problèmes. Ces problèmes peuvent occasionner cette calamité: " Déficit d'eau, eau sale, rupture de tuyau, déforestation, non protection des sources d'eau, érosion de la terre, sécheresse, réchauffement de la terre ou changement de climat ". Pour parer à cette crise, ils ont planté des arbres autour du point de captage d'eau.
Pour Serge Benjamin Epape, technicien supérieur des eaux et forêts à l'agence nationale d'appui au développement forestier (Anafor) pour le Nord-Ouest, " ces deux essences (melina arborea et misocis iminis) ont des caractéristiques complémentaires. Le misocis produit de l'eau mais est fragile au feu de brousse, par contre le melina produit moins d'eau mais protège le sol et résiste au feu de brousse. Il régénère après le passage du feu de brousse ".
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Parlant du feu de brousse, George Ndifor Tala, président du conseil des notables, a promis de sensibiliser les villageois sur la nécessité de la protection de ces arbres que venaient de mettre en terre ces jeunes. Et comme l'a si bien indiqué le représentant de l'Anafor, " si nous ne protégeons pas cette zone de captage d'eau maintenant, d'ici 10 ou 15 ans, ce village va disparaître faute d'eau ". Il a même proposé aux riverains d'y planter à l'avenir le pygium africana, une espèce d'arbuste avec une grande valeur économique. Leurs graines et écorces étant très prisées dans la fabrication des médicaments contre la prostate.
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