Raj Jugernauth
24 Juillet 2008
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Avec les fermes aquacoles, d'autres espèces seront introduites. Autant de menaces pour l'écosystème. On ne pourra pas les empêcher de s'échapper des cages et de coloniser nos mers. Certaines sont génétiquement modifiées pour résister aux maladies. Par ailleurs, en élevant des poissons dans des cages, la concentration engendre des maladies. Les fermes aquacoles utilisent donc des produits chimiques.
La farine de poisson utilisée est bourrée d'antibiotiques et finit par contaminer le lagon. Les maladies des poissons des cages peuvent se transmettre aux poissons du lagon. Ces élevages attirent des prédateurs. On a déjà ce problème à Mahébourg. Les autorités parlent de «sécurité alimentaire».
C'est un faux problème. Valeur du jour, il faut six kg de poisson sauvage pour engraisser un kg de poisson d'élevage. Tous les arguments techniques montrent que l'aquaculture n'est pas faisable.
Vous parlez aussi de raison environnementale ?
Maurice possède 321 km de côte et 225 km carrés de lagon. Or, nos lagons sont des baignoires qui se remplissent et se vident au gré des marées. Toute la pollution générée par les fermes aquacoles finira par s'y concentrer et abîmera notre écosystème.
Et quid de la raison économique ?
Notre objectif est d'attirer plus de deux millions de touristes. Nous cherchons un branding de qualité pour la destination Maurice avec l'argument «Maurice, île durable». Tout cela ne colle pas avec le développement des fermes aquacoles. L'aquaculture nous rapportera environ Rs 20 millions. Mettrons-nous en danger un tourisme qui rapporte des milliards pour Rs 20 millions ? Les touristes ne viennent pas à Maurice pour manger du poisson d'élevage.
Vous évoquez également une raison sociale?
Nous revenons au problème de domaine public qui a alimenté l'actualité avec le jugement de la Cour suprême sur l'îlot Gabriel. La mer, l'océan et le lagon ne sont pas des state lands, ils sont du domaine public.
On ne peut en empêcher l'accès et l'utilisation à quiconque. Or, l'Etat est en train de privatiser le lagon. Vous n'aurez plus accès aux régions où seront installées des fermes. Vous ne pourrez plus y nager ou pêcher. La section 8D du Finance Bill dit que des parties du lagon seront louées à bail à des concessionnaires pour une période de 20 ans, renouvelable ensuite. Elles seront sous leur contrôle et leur gestion.
Jean Yvon Thépaut, conseiller au ministère de la Pêche, dit que vous vous trompez, mais il est disposé à vous rencontrer. Accepterez-vous une telle rencontre ?
Nous avons toujours été ouverts au dialogue. J'ai adressé une lettre au ministère de l'Agro-industrie le 26 février et une à celui de la Justice le 7 mai.
Je sollicitais des rencontres pour aborder le problème des fermes aquacoles. On ne m'a jamais répondu.
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