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Ile Maurice: Ne réécrivons pas l'histoire...
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L'Express (Port Louis)
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Touria Prayag
Port Louis
C'est une réponse point par point des arguments avancés par Jean-Pierre Lenoir, dans un billet paru le 9 juillet dans nos colonnes. Ce dernier donnait sa vision des événements au Zimbabwe depuis la révolution agraire jusqu'aux récentes élections.
La poignée de mains historiques, lundi dernier à Harare, des deux frères ennemis est un heureux présage que les discussions de Pretoria pourraient apporter la paix dans un pays déchiré.
J'aimerais inviter Monsieur Lenoir (l'express, 9 juillet) à un petit voyage dans l'histoire. Je souhaite sincèrement qu'il ait l'amabilité d'accepter de m'accompagner. J'espère aussi qu'il montrera un peu plus de courtoisie envers moi qu'il ne l'a fait envers Messieurs Jesseramsing et Shafick Osman qui, tout en condamnant la violence au Zimbabwe, ont osé dire que l'origine des problèmes du Zimbabwe se trouvait quelque part dans son histoire.
Monsieur Lenoir a peint un tableau du colonialisme, ou plutôt de l'apartheid, au Zimbabwe tellement rose que j'ai passé des nuits à rêver du jour où nous aurions le privilège d'être envahis par 200 000 Samaritains qui, «à la sueur de leur front», nous donneraient à manger ainsi qu'à tous nos voisins, pendant que nous gigotons dans un bain moussant.
Le peu que je connaisse de l'histoire du Zimbabwe me dit que les choses ne se sont pas déroulées comme Monsieur Lenoir aimerait le croire. Certes, les blancs dont il parle ne sont pas allés au Zimbabwe pour «voler les terres».
Ils s'y sont installés, grâce à la British South African Company vers 1890 pour exploiter l'or découvert à Fort Salisbury, actuellement Harare. Si Monsieur Lenoir trouve que c'est une meilleure cause, nous sommes tous contents. L'or s'est avéré trop coûteux à exploiter et la découverte des terres arables fit émerger une nouvelle orientation. Ils se sont alors attelés à exploiter des terres agricoles.
Ils sont devenus des citoyens zimbabwéens à part entière, nous sommes tous d'accord là-dessus. J'aurais fait le même choix ! Ils ont contribué au développement du pays et à la révolution agraire, nous sommes les premiers à le reconnaître. Et nous sommes les premiers aussi à condamner la violence et le manque de respect pour la loi au Zimbabwe.
Nous sommes les premiers à dénoncer le manque de transparence dans les élections. Nous avons déjà condamné la tendance pathologique de Monsieur Mugabe à s'accrocher au pouvoir. Nous le réitérons. Mais nous ne pouvons pas réécrire l'histoire. Ni Monsieur Lenoir ni moi-même n'avons le droit d'occulter le rôle des Africains dans cette révolution, le vrai travail qu'ils ont accompli et les atrocités qu'ils ont subies.
Il ne faut pas oublier non plus que les terres qui ont été exploitées appartiennent aux indigènes. Nous ne revenons sur l'histoire que pour cerner le problème actuel du Zimbabwe et les causes de la violence d'aujourd'hui. De l'Afrique du Sud à la Nouvelle Zélande, en passant par l'Australie, il n'y a jamais eu de réconciliation réelle avant la reconnaissance des torts.
Je fais à Monsieur Lenoir la faveur de ne pas me lancer dans une polémique concernant les sources de ses statistiques. Celles que je détiens racontent une histoire beaucoup plus éloquente et historiquement plus cohérente. D'ailleurs, les chiffres, même ceux avancés par Monsieur Lenoir, ne m'impressionnent pas.
Dans l'agriculture, la qualité de la terre, la situation par rapport aux points d'eau, la dépendance de la pluviométrie ne peuvent être résumées qu'avec des chiffres. Et il n'est un secret pour personne que les terres fertiles ont été annexées par les blancs. Les trois provinces de Mashonaland sont toujours détenues par cette minorité.
Mais ma courtoisie envers Monsieur Lenoir s'arrêtera là ; en effet, je dois apporter des précisions sur la politique de la réforme agraire qu'il mentionne : «Bien avant l'année 2000», nous dit Monsieur Lenoir, «le gouvernement britannique avait commencé à donner de l'argent au gouvernement zimbabwéen aux fins de compensation des fermiers blancs.
Les Britanniques ont arrêté de le faire lorsque, peu avant l'an 2000, ce même gouvernement a incité les vétérans à s'emparer eux-mêmes des fermes visées de la façon violente que l'on connaissait». Je ne manquerais pas de respect au point de dire que Monsieur Lenoir «se trompe lourdement». Je me contenterai de citer quelques faits historiques.
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Pour résoudre la crise issue du malaise lié à la terre, le Lancaster House Agreement, calqué sur le modèle kenyan fut accepté. L'Anglo-American Development Fund for Zimbabwe a été acclamé par toute la population du Zimbabwe.
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