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Sénégal: Humiliation pour humiliation


Wal Fadjri (Dakar)
 

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Wal Fadjri (Dakar)

BILLET
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008

Sur deux différents billets, j'ai exprimé mon indignation au sujet des voies de faits perpétrées par des forces de l'ordre sur des professionnels de la presse. A présent que la clameur s'est estompée, place à la réflexion. Intellectuellement, l'agression humiliante des deux journalistes demeure inacceptable.

Humiliation pour humiliation, j'ai eu culturellement honte. Kambel se remettra sans doute de ses traumatismes physiques mais qu'en serait-il de l'humiliation involontaire parce qu'irréfléchie de ses confrères qui ont inondé les ondes de ses cris, de ses supplications. 'La vengeance est un plat qui se mange froid', disent les Blancs que nous imitons mal.

Culturellement, une presse censée être parangon de nos vertus aurait pensé à l'épouse, à la fillette de Kambel entendant leur homme, celui-là même chargé de la protection familiale, pleurer, gémir sans retenue.

Au cours de la marche contre les homosexuels, des flics sadiques se seraient acharnés sur l'Imam Diankhé pour le plaisir cynique de le voir dissoudre sa dignité dans des cris de douleur. Le digne homme sait qu'il existe un seuil au-delà duquel la douleur devient insensible. A ces moments-là, l'image divine efface celle du bourreau. Et seule la mort devient vraie. Un Sénégalais pétri dans cette tradition presque suicidaire du jom aurait eu honte.

Chez mes ancêtres sérères d'avant l'Islam, le stoïcisme n'était pas étranger à nos valeurs. Fusil en bandoulière, le père ou l'oncle conduisait son futur circoncis de fils au mortier avec la décision irrévocable de lui brûler la cervelle au moindre tressaillement de douleur, puis retourner l'arme sur lui-même.

Même chez les femmes, le tatouage à vif sur lèvres et gencives était épreuve de courage à laquelle il fallait faire face sans le moindre gémissement au risque de devenir, sur plusieurs générations, le thème à chansons de 'lawaankat , mbandkat' et autres troubadours sillonnant village et hameaux pour vilipender toute défaillance aux vertus de courage et d'endurance.

Un journaliste disposant d'un minimum de culture devrait connaître ces valeurs-là et ne jamais répandre des pleurs d'homme sur des chaînes nationales, quel que soit l'effet escompté. Humiliation pour humiliation, honte aux ronds de cuir bêtes et méchants, honte aux radios diffuseurs de bébêtes shows.

Je ne le dirai jamais assez : Ces vents du Nord nous rendent fous.

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Guèye Ngom



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