La Presse (Tunis)

Tunisie: Le répertoire du malouf constantinois

Adel Latrech

24 Juillet 2008


Mardi soir, le Théâtre de plein air de Boukornine invitait ses fidèles à venir explorer la richesse et la diversité du malouf andalou algérien, version de la troupe Mohamed Rachid Seguini, Constantine.

Hommage à des sons jalousement gardés et précieusement transmis de siècle en siècle, à des techniques minutieusement élaborées et à des mémoires d'un passé à la fois douloureux et merveilleux, antérieurement vécu. C'est à toutes ces réflexions que le public hammam-lifois, qui a brillé par son absence, était confronté par le biais d'un malouf ouvert aux influences et aux confluences musicales tant algériennes (Tlemcen, Alger, Constantine) qu'à celles venues du Maroc, de Libye ou de Tunisie.

Au croisement de ces convergences maghrébines, le malouf gagne en innovation, en transformation et même en diversité instrumentale.

Fort de 18 musiciens, l'orchestre discret et élégant a entamé le concert de musique andalouse avec des noubas et des barouals interprétés dans les différents modes et maqams, particulièrement le «sica». c'est ainsi qu'on a eu en ouverture un morceau d'une intense émotion : Ya zaman el inchirah (c'est le temps de l'exaltation). Doté d'un charisme impressionnant et d'une présence physique certaine qui a presque le tort d'éclipser le reste de la troupe, Mohamed R. Seguini respecte les règles strictes du canevas musical et transpose les tons stridents et suraigus des grands ténors dans un registre conforme à la somptuosité cristalline de sa voix, inventant ainsi des nuances qui donnent aux mélodies classiques du chant andalou une nouvelle profondeur.

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Rompu par tradition familiale (il est né au sein d'une lignée de quatre générations de musiciens) au malouf, au haouzi, au zajal et au aïssaoui, les quatre répertoires de la musique algérienne, il a tôt fait de pénétrer et de maîtriser la prosodie du chant andalou au point d'entrer plus intimement dans l'esprit de ses premiers initiateurs, Ibn Zeydoun par exemple.

De sa belle voix sensuelle et empreinte de nostalgie, Mohamed Rachid Seguini est venu nous rappeler que le malouf est avant tout une musique qui invite au recueillement parce que, loin de tempérer les douleurs de l'absence, elle ravive les vieux souvenirs et entretient les démons de la nostalgie, les désirs insatisfaits et les frustrations jamais assouvies.

Des instants fugaces, rongés par la fuite inexorable du temps, qui nous ont laissés sur notre soif.

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