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Sénégal: Théorie et Pratique du dialogue
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Wal Fadjri (Dakar)
BILLET
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Depuis quelque temps, on parle abondamment de dialogue au Sénégal mais, en quelque sorte, de façon négative, en ce sens qu'il est plutôt question de sa rupture ou de son absence. Pourtant, il est admis que, pour qu'il y ait démocratie, il faut nécessairement entretenir le dialogue entre les antagonistes du champ socio-politique.
Le dialogue est incontournable en démocratie et, a contrario, sans dialogue, on tombe dans la 'démocratie approximative'. Le dialogue, au sens large, couvre les notions voisines de concertation, de négociation, de conciliation, de conversation, de discussion et de débat.
A son cours de droit constitutionnel, à l'université de Dakar à l'époque, le professeur Seydou Madani Sy enseignait la théorie du dialogue, laquelle a été enrichie depuis lors. Il faut savoir que le professeur Sy est l'un des premiers et des meilleurs publicistes d'Afrique francophone, pour dire le moins. Si la théorie est simple, la pratique du dialogue est par contre diverse.
Au Sénégal, de Mamadou Dia, président du conseil de gouvernement au président Abdoulaye Wade, en passant par les présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, la pratique est différente et de qualité inégale. Comme toute théorie, celle du dialogue repose sur des principes simples et des évidences.
Le dialogue est un entretien entre, au moins, deux personnes (ou groupes de personnes) en vue de résoudre les contradictions qui les séparent. Les parties peuvent admettre la présence d'un facilitateur ou d'un médiateur. Il s'agit d'une tierce personne chargée de favoriser la sérénité des débats, de ramener éventuellement les échanges dans le cadre convenu et d'orienter l'entretien vers la convergence des points de vue.
Le dialogue suppose la réalisation de plusieurs conditions dont les principales sont relatives au langage utilisé, à l'objectif recherché et à la durée des échanges. Dans un dialogue, les interlocuteurs utilisent le même langage, sinon c'est un dialogue de sourds. Chaque interlocuteur écoute l'autre et prend la parole à son tour pour répondre en fonction de ce qu'il a entendu.
Le sens du dialogue, qui est son objet, c'est de tendre à un accord. Il est possible, même si c'est rare, qu'un des interlocuteurs arrive à rallier entièrement à son propre point de vue son contradicteur. Toutefois, le cas habituel, c'est que, grâce à l'échange des points de vue, ces derniers se rapprochent et se rejoignent finalement sur des solutions situées entre les positions initiales des interlocuteurs.
Il peut arriver que la confrontation des points de vue révèle que la contradiction était un faux problème. Il est évident que le dialogue sur un thème ne peut pas se prolonger indéfiniment. Il arrive un moment où il faut y mettre un terme et dire le dernier mot. Le dernier mot revient au peuple souverain.
Dans un dialogue, il faut de la sincérité, de la bonne foi et de la bonne volonté. La sincérité doit être réelle. Il ne faut pas se suffire d'une 'sincérité provisoire' même si elle présente des gages, parce qu'elle complique le dialogue ultérieur. La bonne foi écarte les ruses et le louvoiement, de même que la langue de bois ou parler pour ne rien dire.
La bonne volonté suppose la mise en oeuvre de toutes les possibilités de parvenir à un accord. La démocratie est un ensemble de dialogues qui se résument en deux types : le dialogue entre gouvernants et gouvernés et le dialogue entre majorité et minorité. Le dialogue entre gouvernants et gouvernés se fait par le suffrage universel, mais aussi au sein de l'opinion publique par l'intermédiaire des partis politiques, également par les groupes socio-professionnels et les collectivités locales.
Le dialogue entre majorité et minorité se tient au Parlement, et se transpose dans le pays entre pouvoir et opposition. Le dialogue entre majorité et minorité est nécessaire en raison des limites du principe majoritaire. En effet, la majorité ne peut pas triompher sans limites, sauf à renier la démocratie. Il n'est pas possible non plus de tenir compte tout le temps et en toute circonstance de l'opinion minoritaire sans paralyser le système démocratique.
Par ailleurs, le principe majoritaire n'est qu'une photographie du rapport des forces au moment d'une élection, en attendant la prochaine consultation. Entre-temps, le rapport des forces a pu se modifier. Pour toutes ces raisons, le principe majoritaire suivant les élections et le processus consensuel par le dialogue sont complémentaires en démocratie.
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Il y a lieu de préciser que, normalement, l'initiative du dialogue revient au pouvoir mais, en cas de défaillance de celui-ci, l'opposition peut se substituer à lui. En tout état de cause, pour les gouvernants, il est important de créer, par le dialogue, un climat politique apaisé, favorable à la croissance économique et au développement. Les différents pouvoirs qui se sont succédé au Sénégal l'ont-ils compris de la même façon ?
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