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Sénégal: Djibril Diop Mambety " je suis le cinéaste des trottoirs "
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Wal Fadjri (Dakar)
INTERVIEW
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Cette interview inédite de Djibril Diop Mambety a été réalisée en 1988 par Baba Diop, journaliste et critique de cinéma. Le cinéaste revenait du tournage de La petite vendeuse de Soleil, son septième et dernier film. C'était quelques mois avant qu'un cancer de la gorge ne l'emporte, à 52 ans. Avec l'aimable autorisation de son auteur, nous publions une version revue de l'entretien.
Djibril, parlons de La petite vendeuse de Soleil que vous bichonnez. En quoi ce film représente quelque chose de si important dans votre carrière ?
La Petite vendeuse de Soleil [court métrage, 1998] va être le film le plus important que j'ai pu faire. Vous savez, parfois on s'amuse avec des sujets, on fait plaisir à son imagination, on cherche l'Homme, la vérité de l'Homme, et tout d'un coup on rencontre vraiment la lumière.
Là où certainement on l'attendait le moins : la lumière chez une petite fille de 12 ans, handicapée physique, qui se transcende pour avancer et faire avancer les choses, décide de se mettre debout, pour respecter la vraie nature humaine.
Je ne connaissais pas Lissa [l'héroïne] quand j'ai échafaudé l'histoire de La petite vendeuse de Soleil dans ma tête. Deux ans après, un matin, - c'était une marche du rêve vers la réalité - je tombe sur cette fille. Nous voulions faire ce film en 95. J'ai dû m'interrompre parce que le médecin avait décelé chez moi un cancer de la gorge.
J'ai beau lui demander de me permettre de tourner ce film et après m'occuper de ma gorge, rien n'y fait. Donc nous avons sursis au tournage. Mais, dès notre première rencontre, [Lissa] savait pourquoi je venais vers elle, pourquoi j'étais si tendre, si intentionné. Elle savait aussi ce que je faisais dans ces environs du marché Kermel, où nous sommes en ce moment. Je suis le cinéaste des trottoirs.
Rendez-vous fut donc pris après que la maladie m'a laissé [du répit]. Je me retrouve, en convalescence, en train de tourner avec elle.
Elle devant vaincre ses béquilles, l'irrespect environnant, s'affirmer en Etre complet et dynamique, et moi, devant enfin prouver, me prouver en même temps, que la vie était plus importante que le cinéma, mais que le cinéma, pour une fois, [pouvait] être à la hauteur de la vie Ça s'est passé avec cette nécessité impérieuse, puis avec une vraie frousse parce que tout d'un coup on se rend compte que faire un film est un acte grave ( ) On se rend compte qu'on peut se juger soi-même à sa capacité de dépassement.
En fait la beauté réelle ne peut se traduire que par la sublimation de l'autre. C'est donc dans ce tourbillon de ma vie que je fais ce film qui n'est pas terminé
Cette enfant est certes pleine d'énergie dans la vie courante. Lors du tournage près de Kermel, vous la faites remonter une rue en pente, était-ce pour mettre l'accent sur sa rage de vaincre ?
Quand je tournais Hyènes [long métrage, 1991], j'ai eu curieusement un accident et donc j'avais une prothèse. J'ai joué avec. J'ai dirigé avec, même quand il fallait s'agenouiller. C'était presque une difficulté technique. Mais Lissa, elle, a un réel handicap. Elle a réussi à remonter la pente depuis le bas, non pas pour montrer qu'elle pouvait y arriver, mais pour me faire joie.
Elle sait que si elle veut faire joie, elle est capable de soulever l'immeuble Fahd de Sud. C'est pour ça que quand les enfants au bas de cet immeuble, ces petits vendeurs, qui de Soleil, qui de Sud, qui de Wal Fadjri, l'ont projetée, elle s'est levée aussi difficilement sur ses pattes pour dire : 'Jamais plus je ne tendrai la main.'. Ça, encore une fois, c'est grandir et vaincre.
Ce n'est pas un vain slogan, c'est le slogan des enfants, puisqu'ils ont maintenant décidé de nous apprendre à vivre. Ils veulent avoir tout de même une descendance plus heureuse que celle que nous ne leur avons laissée.
Dans ce film, il n'y a pas que Lissa qui est handicapée physique, il y a aussi le marchand de nouvelles
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Ah oui ! C'est vendre pour vendre : les uns vendent le Soleil, les autres Sud, Wal Fadjri, il n'y avait pas encore Le Matin. Et il y a un personnage qui a évidemment son poste-radio, sa musique, et qui vend des nouvelles. Vous voulez entendre Rfi, il se met à côté de vous et vous vend les nouvelles de Rfi, ou de Sud Fm : c'est le jeune Baldé avec son beau fauteuil qui campe ce personnage. C'est peut-être une façon de créer des emplois nouveaux dans la communication.
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