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Cameroun: Activisme
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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
BILLET
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Ainsi donc, Barack Obama aurait des amis au Cameroun, qui viennent de se découvrir sur le tard.
A la bonne heure, c'est-à-dire à quelques semaines de l'élection présidentielle américaine où le candidat démocrate a de fortes chances devant le républicain John Mc Cain. Nos compatriotes, en annonçant la création de leur association à Douala, viennent ainsi de dérouler une autre facette de l'activisme à la camerounaise.
On se souvient qu'en 1992, la bataille Rdpc-Sdf s'était transportée jusqu'à Washington, chaque parti se vantant dans les journaux d'avoir été invité à la prestation de serment du nouveau président américain Bill Clinton. John Fru Ndi le Chairman du Sdf brandissait même une photo comme quoi il avait serré la main de Clinton, tandis qu'Albert Dzongang clamait qu'il avait représenté son parti d'alors (Rdpc) à la cérémonie. Et nous les "Mboundong" du quartier de nous demander, qu'est-ce que cela apporte au Camerounais qu'on ait serré la main au président américain ou pris part à son installation ? On n'avait pas fini de s'interroger qu'une Association camerounaise des fans de Nicolas Sarkozy, à la faveur de la dernière élection présidentielle française, est née sous la coordination de Me Alice Nkom. Et voici donc que surgit de nulle part les Amis de Barack Obama (Abo), qui ameute tout le landernau médiatique local pour annoncer son plan d'actions qui intègre notamment l'installation des écrans géants dans les grandes villes du Cameroun qui diffuseront en direct la présidentielle américaine de novembre prochain.
L'ennui avec toutes ces associations là, c'est qu'elles ne jaillissent que quand leur "ami" est déjà grand, comme l'amicale des anciens camarades de classe de Chantoux. Car où sont les amis de Brice Hortefeux, de Martine Aubry ou de Jack Lang aujourd'hui ? Où étaient ceux de Barack il y a un an ?
Obscurantisme
Certains s'étonnent que le Cameroun recule au lieu d'avancer comme la plupart des autres nations de la planète terre. Et tous les doigts accusateurs sont pointés sur Popaul, alors qu'à divers niveaux l'on trouve des gens qui doivent regretter que nous soyons au 21ème siècle, à l'heure d'Internet et du téléphone portable.
La dernière session ordinaire de l'Assemblée nationale a ainsi donné l'occasion à certains députés de sortir de l'anonymat et de se faire remarquer, piteusement. Lors de la séance de questions orales des élus aux membres du gouvernement, le député Mballa Ambassa du Mfoundi n'a trouvé rien de mieux que de demander au ministre de la Communication de songer à réinstaurer la censure préalable dans les journaux, question selon lui de lutter avec un maximum d'efficacité contre les dérives et dérapages qui se multiplient dans la presse nationale. "L'honorable" veut tout bonnement nous ramener à l'ère de ténèbres, mais peut-être qu'il n'est pas encore au courant que les députés peuvent aussi proposer des lois, auquel cas il aurait aussi laissé son nom dans les annales politiques du pays avec sa proposition de loi scélérate.
Mais c'est aussi cela la démocratie : il y aura toujours quelques illuminés pour nous ramener en arrière. Le problème, c'est qu'ils sont de plus en plus nombreux, peut-être plus que les dérives déontologiques observés dans les journaux. Heureusement, cette fois, le Mincom a tenu bon et a renvoyé le "dépité" à ses leçons...
Charlatanisme
Il ne faut jamais désespérer du Renouveau : il finit toujours par trouver des solutions à ses problèmes. Et tant pis pour les pessimistes !
Cela va faire bientôt (en novembre) trois années que le 3ème Recensement général de la population du Cameroun a été réalisé, et on n'en a pas toujours les résultats, même pas les projections. Le ministre d'Etat Augustin Kodock est parti du gouvernement sans donner les résultats de ce qu'il a organisé. En mars dernier, le comité technique annonçait que les résultats seront "bientôt" publiés. L'autre jour, c'est le ministre Louis Paul Motaze chargé du Plan, de la Programmation économique et du Développement qui, manifestement embarrassé, est venu faire une nouvelle promesse de la publication des résultats du 3ème Recensement général de la population du Cameroun, en précisant que ce sera "bientôt" fait, "après quelques ajustements".
Dans notre pays, où tout ce qui se fait simplement ailleurs devient subitement mystère, le ridicule ne tue décidément plus. Personne ne sait jusqu'où va le "bientôt" que le gouvernement ne cesse d'annoncer, ni ce que viennent encore faire des "ajustements" trois ans après le décompte. Pourvu qu'on ne vienne pas bientôt nous annoncer qu'un incendie a fait voler en fumée les collectes de ce fameux recensement. A ce moment là, il faudra simplement réunir quelques grands sorciers du pays et sortir un décret pour nous dire combien nous sommes, nous les Camerounais.
Cynisme
On connaissait jusque là quelques agitateurs de l'opposition qui, pour faire parler d'eux, laissaient entendre qu'ils vont se constituer prisonnier si jamais un petit sous-préfet tente d'interdire leur manifestation. Maintenant, c'est dans les rangs du pouvoir même qu'on commence à dénombrer des prisonniers volontaires.
C'est ainsi que l'ancien ministre des Finances et ancien président du conseil d'administration du Crédit foncier, André Booto à Ngon, après sa condamnation à 40 ans de prison ferme par le tribunal de grande instance du Mfoundi, s'est volontairement présenté devant monsieur le procureur pour le supplier de lui indiquer sa prison. Ce dernier lui a demandé de rentrer chez lui. Le vieux est don rentré à Bafia, la tête plein d'interrogations. C'est là-bas que la gendarmerie est allée le chercher deux jours après pour le conduire au pénitencier de Kondengui. Qu'est-ce à dire ? Veut-on nous faire croire qu'on était d'abord en train de bien aménager sa cellule ?
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Non ! La machine de l'Etat n'obéit qu'à ses propres procédures ; elle vous jette en prison quand elle veut et comme elle veut. Et quand un système est mauvais, les conséquences se ressentent sur tout le monde, opposants ou zélateurs du régime. Booto à Ngon a-t-il été un haut fonctionnaire honnête ? La machine de l'Etat ne s'arrête jamais, hélas...
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