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Côte d'Ivoire: Nouveau gouvernement, attaque contre l'opposition - Gbagbo mine le chemin des élections
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Nord-Sud (Abidjan)
BILLET
24 Juillet 2008
Publié sur le web le 24 Juillet 2008
Jean Roche Kouamé
Les cinq mois qui nous séparent du 30 novembre, date fixée pour le premier tour de la présidentielle en Côte d'Ivoire, risquent de paraître une éternité. Et pour cause, le chef de l'Etat, candidat à sa propre succession, a entrepris de miner le chemin qui mène aux élections. Décryptage.
Alors que l'on espérait de lui qu'il joue la carte de l'apaisement au sortir d'une situation de crise sociale aigüe, Laurent Gbagbo plante des banderilles dans le flanc de ses opposants. Mardi devant des populations du département de Vavoua, le locataire du palais au Plateau a chargé ses opposants. Les questions que cette offensive inattendue soulève sont nombreuses et appellent plusieurs remarques. La question essentielle qu'il est permis de se poser reste la suivante: à qui profiterait réellement aujourd'hui un complotcontre la sortie de crise avec toutes les gageures que cela comporte ?
En brandissant l'arme de la dissolution, Gbagbo n'a pas hésité à désigner des auteurs du complot qui selon lui visait à le renverser: des membres de son propre gouvernement, travaillant pour le compte de leurs mandataires. Ces derniers travailleraient à son renversement de manière extraconstitutionnelle, en finançant, conseillant, guidant même les grévistes. Il s'en ait fait une religion. Et affirme puiser ses certitudes sur les informations que lui fournissent son réseau de renseignement. «Certains (ministres, Ndlr) complotent contre la sortie de crise. J'ai demandé au Premier ministre de me donner des réponses pour voir si avec ce groupe d'hommes, on peut aller effectivement à la sortie de crise. Voilà le problème qui se pose à la Côte d'Ivoire», analyse-t-il. Il insiste sur le fait qu'en tant que président de la République, il dispose de moyens institutionnels pour régler cette question de la loyauté des ministres envers lui, le cas échéant.
En tant que président de la République, comme il se plaît à le rappeler, disposant de tous les réseaux institutionnels de renseignements, il aurait dû savoir que les mesures annoncées auraient provoqué cette réaction populaire. Pourquoi donc n'a-t-il pas anticipé ? Vouait-il, comme l'analyse certains, laisser le peuple entrer en colère pour se saisir de cette colère légitime pour régler la question du remaniement ministériel qu'il réclame à Soro depuis longtemps? Aurait-il vraiment pris le risque d'apporter de l'eau au moulin de l'opposition qui «voulait profiter de l'occasion pour le faire tomber ?» Aurait-il fait le pari du désordre contre des dividendes politiques incertaines ? Le raccourci du complot fomenté par l'opposition pour le renverser nous semble tenu. Surtout que cette opposition ne maîtrisait rien au départ et apparaissait même comme partie prenante, à travers ses ministres, des dérives financières du régime. Reste la piste de la récupération politicienne. C'est celle-là qui est le plus annoncé dans les milieux politiques gbagboïens.
Bien que les manifestations populaires aient pris fin, Gbagbo n'en lance pas moins la suite de son opération: la dissolution du gouvernement du 7 avril 2007. Laurent Gbagbo ne rate aucune occasion pour dire à qui veut l'écouter qu'il demeure «un enfant des élections». Il l'a encore répété devant les populations de Vavoua. «Ce sont les élections qui m'ont placé ici, et c'est par cette même voie que nous évoluons», a-t-il clamé. Comment un enfant des élections pourrait refuser de se soumettre à la sanction du peuple, pourraient rétorquer certains. Mais les mauvaises langues disent qu'il est un enfant des élections calamiteuses. Aussi, plus la date du premier tour approche, plus il multiplie les stratégies pour réduire le poids et l'influence des candidats gênants que sont Henri Konan Bédié (Pdci Rda) et Alassane Ouattara (Rdr).
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Et la meilleure stratégie trouvée en ce moment est certainement de priver ses adversaires de leurs principaux soutiens financiers à l'intérieur du gouvernement. C'est une stratégie, si elle est réelle, qui a ses limites, pensons-nous car elle peut avoir pour effet de ressouder en un bloc compact un RHDP qui s'effritait peu à peu. Quand les intérêts vitaux sont e jeu, les divergences s'estompent. Et le départ de leurs ministres du Gouvernement est une menace qui est prise très au sérieux par le RHDP.
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