Nasseem Ackbarally
24 Juillet 2008
Dans cette ère de progrès technologique, les gens devraient travailler moins, pas plus, estime Ashok Subron, un conseiller syndical de l'Ile Maurice.
Subron, conseiller technique à la Fédération générale des travailleurs à Maurice répond ainsi à une campagne du Conseil du développement des ressources humaines du gouvernement, qui vise à populariser l'idée du travail de nuit.
Le conseil veut "sensibiliser" les travailleurs pour qu'ils se rendent disponibles pour faire de Maurice une "économie de 24h/24" où tous les secteurs de l'économie travailleraient sans discontinuer. Le terme "24h/24" fait référence aux 24 heures de la journée, sept jours par semaine.
Subron déclare que "les humains ne sont pas des machines. On ne peut pas faire travailler les gens, juste parce que nous l'avons décidé. La Nature a crée des jours pour que les gens travaillent suivies de nuits pour qu'ils se reposent. Si nous travaillons '24h/24', cela changera les lois de la nature".
Certaines personnes travaillent déjà de nuit dans des secteurs tels que la santé, la police, les services incendie ainsi que dans l'industrie hôtelière, le textile et le secteur du vêtement, et dans d'autres industries de fabrication.
"Sait-on quoique ce soit des conséquences que peut avoir le travail de nuit depuis tant d'années sur la santé des travailleurs? Non, parce qu'aucune étude n'a été effectuée", affirme Subon. "Notre société ne peut pas seulement opérer en fonction de la logique capitaliste et de la production de marché", insiste-t-il.
Dans d'autres secteurs, y compris la vente, le travail prend fin à 17 heures durant la semaine. Tout est fermé pendant les week-ends, excepté pour certaines boutiques qui sont ouvertes jusqu'au milieu de l'après-midi les samedis.
Mais le Conseil du développement des ressources humaines est déterminé à récupérer la main-d'oeuvre de cet Etat insulaire de l'Afrique australe pour faire face aux défis d'une économie changeante.
"C'est l'économie elle-même qui est en demande d'un tel changement, en raison de l'évolution de l'agriculture vers une industrie de transformation et des services tels que le tourisme", explique Vinod Seegoolam, directeur du conseil.
Pour faciliter le changement, le transport de nuit et la sécurité ont été mis en place. Certaines compagnies de bus offrent dès à présent leurs services dans les grandes villes, jusqu'à minuit, alors que certains supermarchés restent ouverts également jusqu'à minuit. Un circuit fermé de télévision a été installé dans les principaux centres de l'île.
Depuis que l'économie a commencé à se tourner vers les services, il n'est pas possible de fermer les boutiques à la fin de la journée et continuer à être compétitif sur le marché mondial. "On ne peut pas arrêter la production", souligne Seegoolam.
Cependant, il a donné l'assurance qu'aucun travailleur ne serait appelé à travailler 24h par jour. Ils travailleront les huit heures normales de travail quotidien et seront payés pour les heures supplémentaires.
Seuls les horaires changeront, puisque le secteur économique nécessite le plus d'employés possibles pour les équipes de nuit. Maurice a besoin d'une main-d'oeuvre flexible, adaptable, qui peut travailler sans arrêt.
Des secteurs émergents -- tels que la sous-traitance, le tourisme, l'information et la technologie de communication et le commerce -- sont confrontés aux difficultés de recruter des travailleurs pour le travail de nuit.
Certains ont amené des gens du Bangladesh alors que d'autres envisagent de recruter des gens du reste de l'Afrique.
"Nous n'avons pas le choix", déclare Abdool Kazi, un ouvrier bangladais. "Nous sommes venus travailler ici. Ils offrent du travail de nuit par équipes et nous sommes devons le prendre". Pour lui et d'autres étrangers, avoir un revenu est primordial.
Quelque 36.000 étrangers travaillent dans le textile et d'autres usines de fabrication; dans la pêche au thon, et dans le bâtiment. Les étrangers sont aussi employés dans de petites entreprises comme les boulangeries dans des endroits éloignés alors que d'autres travaillent comme jardiniers pour des fermiers locaux.
Seegoolam sent fortement que les Mauriciens ne devraient pas être employés alors que les étrangers trouvent du travail. Officiellement, quelque 45.000 locaux sont sans emploi. Toutefois, beaucoup d'entre eux travaillent dans l'économie informelle.
Le temps est venu pour les Mauriciens de changer leur attitude envers le travail de nuit, insiste-t-il. "S'ils ne changent pas, les étrangers vont prendre leurs emplois et les investisseurs vont tout remballer et quitter l'île pour des pays avec une abondante force de travail".
L'économie de '24h/24' créera trois ou quatre fois plus d'emplois sur l'île. Les conditions de vie de la population s'amélioreront, soutient Seegoolam.
Mookeshwarsing Gopal, directeur général de 'EZGO Enterprise Ltd.', ajoute que "les employés devraient pouvoir mieux gérer leur travail. La production et les ventes augmenteraient et l'effet de l'absentéisme serait réduit. Les travailleurs toucheraient de meilleurs salaires, seraient plus 'flexibles' et auraient plus te temps à consacrer à leurs familles".
Il constate le succès du textile et de l'industrie du vêtement durant ces quatre dernières décennies comme le résultat du système "24h/24" qui leur a permis de faire face aux défis qu'ils ont dû affronter. Une "économie de 24h/24" est le seul moyen de rester compétitif dans le marché mondial, d'attirer plus d'investissements, de créer plus d'emplois et d'améliorer la qualité de vie de la population.
Des sans-emploi ne sont pas désaccord. Salim Chotoye, un jeune homme vivant à Port Louis, trouve qu'il vaut mieux gagner sa vie en vendant des produits de luxe dans les rues de la capitale mauricienne, que de travailler de nuit dans un 'centre d'appel' ou dans une usine de thon.
Un autre colporteur, Marday Kistnah, confirme : "Travailler de nuit n'est pas agréable, c'est pour cela que je suis encore au chômage. J'attendrais pour un emploi, même un petit emploi, dans le secteur privé ou public. Mais les heures de travail devront être au cours de la journée".
Reshma Ramsamy de Triolet, un village dans le nord de l'île, a un diplôme de grande école. Elle a déclaré à IPS qu'elle était confrontée à une sorte de discrimination chez elle, puisque ses parents ne veulent pas qu'elle travaille de nuit. "Les femmes ne travaillent pas de nuit", lui rappellent-ils régulièrement.
C'est le cas de plusieurs familles, particulièrement les familles d'origine indienne à Maurice. La plupart des femmes qui travaillent de nuit dans le textile, les vêtements et d'autres usines de fabrication, sont de parents divorcés, ou divorcées elles-mêmes, ou vivant seules.
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