Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Le portefeuille en mouvement

Faustin Kuediasala

25 Juillet 2008


Kinshasa — Réforme du secteur de l'hydraulique et de la Regideso : dialogue entre partenaires

La réforme des entreprises publiques est plus que jamais incontournable. Le Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques (Copirep), qui supervise ce processus avec l'appui logistique de la Banque mondiale, a initié la phase de dialogue avec divers partenaires sociaux des entreprises visées.

La réforme des entreprises publiques, tout comme la restructuration du portefeuille de l'Etat, a dépassé le stade du virtuel. Elle est devenue, depuis la publication de quatre ordonnances-loi consacrant la restructuration des entreprises publiques, plus qu'une réalité. Mais, le plus dur reste à faire. Car, il s'agira pour l'avenir de réunir tous les partenaires sociaux de l'entreprise pour une véritable campagne d'information et de sensibilisation au niveau de chaque entreprise sur le bien-fondé de la réforme.

C'est à cette noble tâche que se sont attelés, mercredi 23 juillet dernier au Centre de formation de la Régie de distribution d'eau de la RDC, cadres et agents de cette entreprise publique, au cours d'une journée d'information et de sensibilisation sur la réforme du secteur de l'hydraulique et de la Régideso. Cette rencontre, a dit l'administrateur délégué général de la Régideso, Jacques Mukalayi Mwema, est « la première d'une série d'un programme d'information et de sensibilisation qui devra toucher divers groupes cibles ».

Circonscrivant le sens de cette rencontre, il a fait observer que l'objectif visé est « le développement des capacités des cadres et des syndicats comme relais de communication qui partageront ainsi un même niveau d'information sur la réforme, la bonne gouvernance et l'amélioration de la qualité des services ».

LES SYNDICATS CREENT LA SURPRISE Mais, l'optimisme de l'adg Jacques Mukalayi n'a pu convaincre les syndicats de l'entreprise qui ont décidé unanimement, alors qu'ils étaient présents au Centre de formation, de boycotter la réunion pour une cause qui ne cadre nullement avec le souci de sauver l'entreprise d'un probable naufrage en entamant la phase de restructuration. Pour les syndicats de la Régideso, leur participation à cette séance, qui n'avait pour autre but qu'informer les cadres et agents de l'entreprise sur la nécessité de réforme, était conditionnée par le paiement d'un per-diem. Paradoxe, lorsqu'ailleurs, les partenaires sollicitent unanimement leur participation dans toutes les discussions pour une mise en oeuvre en douceur du plan de la restructuration. Ironie du sort ! A la Regideso, la participation à tout dialogue social en vue de la réforme de l'entreprise est, de l'avis de la délégation syndicale, conditionnée. A cet effet, l'adg Jacques Mukalayi n'a pas caché son indignation devant ce comportement « irresponsable » des syndicalistes. « Pendant qu'on discute de l'avenir de l'entreprise, certains trouvent l'occasion de brouiller les cartes pour retarder davantage les choses. Or, si rien n'est fait dans le sens de la réforme, c'est cette même entreprise qu'on croit défendre qui va sombrer», a-t-il indiqué. Pire, la condition posée par les syndicalistes, avant toute participation à ces échanges, n'est nullement liée à un problème de procédures, mais c'est ni plus ni moins un problème d'argent. Tout se passe comme si les intérêts égoïstes de certains agents passaient avant ceux prioritaires du personnel de la Régideso. Alors que sur papier, l'entreprise est malade, presqu'au bord de la banqueroute. Les exposés suivis au cours de cette journée d'information l'ont clairement démontré. La Régideso, en tant qu'entreprise publique, doit être réformée de fond en comble pour la remettre en état de mieux remplir son objet social. A cet effet, les représentants du ministère du Portefeuille et du ministère de l'Energie, de même aussi celui du Comité de pilotage de la réforme des entreprises publiques, chacun en ce qui le concerne a démontré la nécessité d'engager l'entreprise dans une phase dynamique de réforme en sucitant un dialogue entre partenaires pour se meilleure appropriation. LES IMPERATIFS DE LA REFORME

La réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement, notamment la réduction de moitié de la proportion des personnes sans accès à l'eau potable, requiert non seulement des financements mais aussi, de manière impérative, des réformes substantielles dans le secteur de l'eau en vue d'atteindre une plus grande efficacité.

Des études ont prouvé qu'un financement de l'ordre de 2 milliards de dollars américains était nécessaire pour réaliser ces objectifs. C'est dans ce contexte que la RDC a clairement affiché sa volonté de mener des réformes dans le secteur de l'eau en milieu urbain. La concrétisation de la volonté gouvernementale de réformer les entreprises publiques en général se traduit par la création par décret présidentiel du Copirep et la mise en place du sous-groupe thématique de l'Eau.

Dans le but de faire avancer la réflexion sur la réforme du secteur de l'eau, le Copirep a conduit, grâce à l'appui de la Banque mondiale, une étude sur l'efficacité de la Regideso qui est un diagnostic détaillé des aspects organisationnels, techniques et financiers. Celle-ci a abouti à la proposition de réforme avec la participation du secteur privé suivant l'option du contrat de gestion qui donne plus de probabilité de corriger les points faibles que le contrat de prestations de service et le contrat d'assistance technique.

Le ministère de l'Energie a confirmé les conclusions de cette étude sur le plan d'action pour le redressement du secteur de l'eau urbaine en RDC, lequel se fera selon trois phases.

La première phase qui s'étend de 2009-2011 consiste en l'obtention de l'équilibre financier de la Regideso à partir de Kinshasa, Lubumbashi et Matadi, par la remise à niveau des infrastructures dans 70 centres. La deuxième phase, prévue entre 2012-2013, concerne l'amélioration progressive de la qualité du service dans les 6 principaux centres ciblés ; la poursuite de la remise à niveau des infrastructures dans 70 centres. La dernière phase qui intervient pour la période 2014-2020, se penchera sur la décentralisation de la gestion du service public et extension de la desserte ; la poursuite de la remise à niveau des infrastructures dans les 94 centres.

Dans l'entendement du ministère de l'Energie - tutelle technique de la Regideso - le recours au secteur privé aura davantage pour objet de mobiliser des capacités managériales et un savoir-faire organisationnel, d'acquérir des outils informatiques et des procédures d'un opérateur privé afin de mettre à niveau, dans un délai très court, tout ou partie d'un service public d'eau et d'opérer un transfert de savoir-faire entre l'opérateur privé et les agents de l'entreprise Regideso.

Parallèlement, le contrat de gestion permettra de préparer le secteur à une réforme plus approfondie. Dans ce cas, l'objectif principal est de mettre de l'ordre dans la société pour notamment améliorer la qualité des services et pallier les dysfonctionnements d'ordre organisationnel.

La journée d'information de la réforme de l'hydraulique et de la Regideso, organisée le mercredi 23 juillet 2008, a juste planté le décor d'un long et pénible processus qui, à terme, devra doter à l'opérateur public Regideso, seul à évoluer dans le secteur de l'eau, à se doter d'outils efficaces et lui permettre mettre dans de bonnes dispositions pour mieux s'acquitter de sa mission.

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