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Cameroun: Gilbert Tsimi Evouna - Homme sec et la méthode forte


Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
 

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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

25 Juillet 2008
Publié sur le web le 25 Juillet 2008

Alain B. Batongué

Le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé poursuit par une main de fer son chantier d'embellissement de Yaoundé.

Ces derniers jours, il est plus difficile de circuler dans le centre administratif et commercial de Yaoundé que lors des déplacements du chef de l'Etat. Toute la voirie urbaine est en chantier. Entre des échangeurs conçus à qui ingénieurs et ouvriers donnent forme et immeubles que l'on continue de détruire, les embouteillages n'en finissent plus.

Mais les Yaoundéens, habituellement grincheux à la moindre sortie du chef de l'Etat, semblent pourtant accepter la nouvelle situation avec le sourire : " Nous souffrons, certes, mais c'est pour un temps et pour notre bien. Demain, Yaoundé sera meilleure et ressemblera à certains capitales africaines modernes que nous visitons souvent ", indique, coincé dans un embouteillage au niveau du lieu dit " pharmacie du soleil ", un informaticien qui dit revenir d'une mission à Abidjan.

Si une pareille information est rapportée à Gilbert Tsimi Evouna, elle indiquera qu'il a gagné une première victoire, mais pas sûr qu'elle lui arrachera pour autant un sourire.

Même s'il réalise, dans ses méthodes comme dans son discours, que l'on accepte de plus en plus sa réputation d'homme de poigne par laquelle, précisément, on lui prédisait un échec cuisant à la tête de la ville de Yaoundé, dans un environnement où les indécrottables, habitués à leurs vieilles habitudes, résumaient en une jolie formule en langue ewondo tout leur pessimisme devant les plans révolutionnaires du nouveau délégué : " Nous avons toujours fonctionné ainsi, et rien ne s'est passé ! "

D'autant que, s'il avait été mis sous les feux de la rampe à la faveur du décès, le 11 mars 2004, de Nicolas Amougou Noma, alors délégué du gouvernement, Gilbert Tsimi Evouna, l'adjoint, n'était pas résolument tombé dans le domaine public.

Ses chances d'accéder à ce poste très convoité étant même qualifiées de nulles par la chronique mondaine de Yaoundé, ils ne sont pas nombreux à s'être intéressés à la trajectoire de cet administrateur civil à la retraite qui a fait une bonne partie de sa carrière de fonctionnaire au ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat.

C'était sans compter avec les sorties déroutantes du chef de l'Etat dont la présence reste encore très marquée dans la salle de séjour des Tsimi Evouna.

Populations désemparées

Comme nous le relevions déjà, le fils d'Evouna Bella, patriarche des Angok, un clan minoritaire de Yaoundé qu'on retrouve principalement à Oyom-Abang, Nkolbisson et Afane Oyo, ne s'est pas tourné les pouces durant son intérim. Il s'est inscrit dans la continuité des actions de modernisation de la capitale entreprise par son prédécesseur.

Pour cela, il a fallu souvent aller au charbon. Il a dû faire face à des mouvements sociaux du personnel de la Communauté urbaine et à la fronde des maires d'arrondissement et des membres du Conseil de la Communauté.

Il est apparu en première ligne de l'opération controversée de déguerpissement de la vallée d'Ekoudou-Bastos faisant face aux populations qui n'entendaient pas voir leurs habitations détruites. Homme à poigne, il ne reculera pas. Il sera confirmé plus d'un an plus tard, en juin 2005, à plus de 60 ans et, avec l'état de grâce, confirmera donc les grands chantiers de la capitale.

Il aura longtemps été maudit par des populations désemparées, au point d'indiquer, de son air le plus sérieux, qu'à force de menaces, il côtoyait désormais la mort et avait même acheté un cercueil pour lui-même, au cas où... Aujourd'hui, il est heureux de précéder toute opération de déguerpissement par une descente sur le terrain où il fait les dernières sensibilisations, et de rendre compte que, bien avant l'arrivée des engins et bulldozers, les populations ont déjà retiré elles-mêmes tout ce qui est récupérable.

Il peut donc continuer à croire en ses idées et relever, comme hier à l'occasion de la signature d'un accord avec la société Timbal immobiliare Sa pour la construction du nouveau camp Sic Tsinga opportunément baptisé " Ongola ", que sa " préoccupation demeure d'avoir une belle ville ; Tout part de là et tout ne doit pas être à la seule charge de la communauté urbaine ".

A ceux qui le prennent pour un carriériste ne pouvant pas affronter le suffrage des électeurs et attendant tout d'un décret, il répond en prenant parfois ses distances avec la politique gouvernementale ou du parti Rdpc donc il est le trésorier. Ne disait-il pas, toujours hier, que " l'Etat devrait revoir sa politique de logement s'il veut aider le fonctionnaire à devenir propriétaire d'un appartement " ?

Bien sûr, tout le monde ne voit pas ses chantiers de la même façon. Ainsi en est-il de ses puristes qui comparent les travaux d'Hercule de l'édile de la capitale à une simple agitation, se demandant encore quel est le plan de restructuration d'une ville au départ anarchiquement bâtie car, disent-ils, "construire, c'est penser ".

Et d'ajouter que, même en tenant compte de la bonne volonté de Tsimi Evouna, on ne peut pas construire Yaoundé sans tenir compte de l'environnement général : politique de l'emploi, du logement, des infrastructures.

Mais " Homme sec " n'en a cure. Il ne fait que " sa part ", convaincu que les choses changeraient si chacun des Camerounais, à un poste de responsabilité ou simple citoyen, essayait de faire sa part. Mais il l'a encore martelé, il entend conduire sa mission jusqu'au bout, " par tous les moyens ".

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Une poigne qui n'est pas sans rappeler un ancien président de la République et qui, même dans l'inconscient de certains Camerounais, commence à dessiner les contours d'un vrai dauphin, celui qui, à travers le chantier expérimental de la capitale, à montrer une capacité à tenir tête aux citoyens, sur des chantiers utiles à tous.



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