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Cameroun: Lapiro de Mbanga - Pyromane ou sapeur-pompier ?


Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
 

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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

25 Juillet 2008
Publié sur le web le 25 Juillet 2008

E. D.

L'accusation le présente comme le cerveau des émeutes, tandis que lui dit mériter une médaille pour les actions menées sur le terrain.

Après la rafale d'accusations qui s'est abattue sur lui, nombre de personnes présentes dans la salle d'audience du Tgi du Moungo mercredi dernier, auraient pu croire que le glas sonne pour "Ndinga Man". Erreur ! Au-delà des difficultés manifestes qu'ont eu les témoins du ministère public à prouver la culpabilité de Lambo Sandjo Pierre Roger (Lapiro) lors de la "Cross examination", la relation des faits développée par l'accusé lui-même, est venue mettre à nue une sorte de complot ourdi contre ce dernier à Mbanga. Face aux juges, Lapiro a notamment évoqué son attachement à Mbanga, la ville qui l'a vu naître il y a bientôt 51 ans ; et qu'il a tant aimée au point de s'affubler de son appellation comme nom d'artiste. L'accusé a, ensuite, informé le tribunal qu'il possède deux immeubles dans cette ville, et qu'il est par ailleurs un "bailleur" de la Société des plantations de Mbanga (Spm), qui est partiellement installée sur les terres appartenant à son feu père.

Une façon, en fait, d'expliquer aux juges que tous ses intérêts sont concentrés à Mbanga, et qu'il serait la dernière personne au monde à souhaiter voir cette ville à feu et à sang. Toutefois, pour revenir au fond de l'affaire qui l'a emmené devant le Tgi du Moungo, Lapiro explique, en effet, que c'est la "demande d'aide" formulée par les responsables de la Spm, qui l'ont par ailleurs reconnu au tribunal, qui l'aura poussé à s'impliquer davantage pour limiter les pillages à Mbanga. Avant l'appel de la Spm, Lapiro affirme avoir mis sa notoriété et son influence à contribution, pour détourner les émeutiers de deux cibles principales : la mairie de Mbanga et le lycée classique de la ville, que les émeutiers voulaient manifestement réduire en cendres.

Selon Lapiro de Mbanga, M. Moulima et Me Makembè, respectivement directeur des Ressources humaines et avocat de la Spm, ont en effet fait sonner son téléphone dans l'après-midi du lundi, 25 février 2008, alors qu'il observait à travers les rues de Mbanga, comme bien d'autres personnes, la furie des émeutiers. C'est à ce moment, poursuit-il, qu'il aurait pris l'attache des responsables de la représentation locale du syndicat des transporteurs, afin qu'un terrain d'entente soit effectivement trouvé pour "épargner la Spm" des pillages.

Séquestration

C'est donc cette rencontre avec les transporteurs, qu'il a tenue à son domicile dans la nuit du 25 février, soutient-il, qui a fait penser au sous-préfet qu'il s'agissait d'un plan de guerre dont il serait le cerveau. Malgré tout, celui qui passait alors pour le "médiateur" entre la Spm et les syndicalistes, ne réussira pas à préserver les plantations de la société. "Lorsque je me suis rendu sur le terrain le lendemain, l'ouragan était déjà passé", regrette-t-il. D'où l'option qu'il aurait prise, d'immortaliser au moins certaines scènes avec son caméscope, "qui serviraient peut-être de preuves un jour...". Mais là également, Lapiro de Mbanga a dû déchanter. Puisque, affirme-t-il, les jeunes ayant constaté qu'il les filmait, l'ont séquestré et ont détruit son caméscope, qu'il dit pourtant avoir préalablement remis au comandant de compagnie, qui se trouvait sur les lieux avec le sous-préfet, le commissaire de la sécurité publique, le maire et d'autres autorités de la ville.

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Lesquelles autorités l'auraient ensuite abandonné à la merci des jeunes, qui l'ont délesté de ses deux téléphones portables avant de le conduire à la chefferie supérieure du canton Balong. Pour le reste, l'accusé dit ne reconnaître aucune charge retenue contre lui. Au contraire, par rapport aux actions qu'il dit avoir menées pendant les émeutes du mois de février, il prétend avoir reçu des félicitations de certaines autorités de Mbanga, dont celles du... sous-préfet ! Le même sous-préfet à qui l'accusé soutient avoir porté plainte pour "non assistance à personne en danger". Ce pour l'avoir abandonné dans les plantations de la Spm à la merci des jeunes de Mujuka. Le commandant de compagnie de Mbanga est appelé, lui aussi, à répondre du sort subi par le caméscope de Lapiro, qui lui aurait également porté plainte. Serein tout au long des auditions des accusés et particulièrement cohérent lors de sa propre déposition, Lapiro de Mbanga sera probablement fixé sur son sort le 27 août prochain, au cours d'une audience qui sera marquée par le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries des avocats, avant le verdict tant attendu...



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