Kinshasa — On s'accorde pour reconnaître que par certains côtés, la corruption en République démocratique du Congo revêt un caractère systémique.
C'est dans ce contexte que les entreprises privées ont réussi à développer des stratégies pour tenter de surmonter les effets pervers de cette gangrène. II est en même temps constaté que certaines d'entre elles ont bâti leur prospérité essentiellement sur un recours à la corruption.
C'est ainsi que la problématique de l'entreprise privée face aux pratiques de la corruption peut être abordée sous deux aspects à savoir, d'une part, la corruption comme stratégie défensive de l'entreprise privée face à un environnement très contraignant ; et d'autre part, la corruption comme stratégie de performances de l'entreprise privée.
La corruption comme stratégie défensive de l'entreprise privée face à un environnement très contraignant. On distingue ici les pratiques de corruption dont l'objectif est d'évincer les concurrents non enclins aux pratiques de la corruption et non intégrés dans les réseaux de la corruption. Lorsque le milieu des entreprises s'adonnent habituellement aux pratiques de la corruption, le paiement de commission aux membres du Comité des Adjudications des marchés publics répond au souci de chaque soumissionnaire de se mettre au même pied d'égalité avec les autres firmes concurrentes.
Les sommes consacrées à la corruption alourdissant les charges d'exploitation des entreprises, celles-ci répercutent ce coût dans leurs charges d'exploitation et par conséquent dans leurs prix de vente. Ainsi, le coût final est supporté par les consommateurs.
DES CAS ILLUSTRATIFS
Une des illustrations du recours à la corruption comme une stratégie défensive de la part des entreprises est celle relative à la négociation qu'elles initient auprès des services de mobilisation des recettes publiques que ce soit au niveau de la Direction Générale des Impôts (DGI), de l'Office des Douanes et Accises (OFIDA) et la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires et de Participations (DGRAD) pour minimiser leurs charges fiscales.
Le tableau 1 donne une idée du nombre des services qui visitent les PME, PMI et la fréquence de leurs passages dans quelques communes de Kinshasa.
Les fréquences moyennes de passage des agents de ces services au cours d'une année sont estimées respectivement à 19, P2, 14 et 9 pour les communes de Lemba, Masina, Ngaba et Ngaliema.
Suite à ces fréquences de passage des percepteurs d'impôts et taxes frisant le harcèlement, la plupart des PME enquêtées recourent systématiquement à la négociation avec les percepteurs desdits impôts et taxes pour minorer leurs charges fiscales comme le confIrment 80% des PME enquêtées.
A l'issue de leur négociation avec les agents de différents services, les entreprises obtiennent en moyenne une réduction de l'ordre de 50% sur le montant d'impôts et taxes à payer.
Le résultat de ce comportement des entreprises racé à la corruption est consigné dans le tableau 2.
Un autre cas qui peut illustrer le mieux la stratégie défensive des opérateurs privés face à la corruption est celui des conducteurs de taxis et taxis-bus qui ont réussi à développer des attitudes particulières face à la corruption des Policiers de sécurité routière. D'après une étude menée en 2006 dont les résultats révèlent que la corruption des Policiers de sécurité routière, connue sous le nom de « mbote ya Roulage» occasionnent une perte de revenu appréciable dans le chef des conducteurs. Certains d'entre eux ont affirmé que, pour surmonter les tracasseries occasionnées par ces mauvaises pratiques, ils se voient obligés soit d'abandonner les lignes jonchées de policiers prédateurs, soit encore de segmenter les tronçons, soit d'exiger un tarif élevé par rapport à celui qui est autorisé par l'Hôtel de ville.
Des performances fruit de la corruption
La corruption est également considérée comme une stratégie (offensive) d'amélioration des performances des entreprises privées. Pour illustrer cette forme de stratégie, quelques cas concrets dans l'économie congolaise concernant les conventions pétrolières, les conventions minières, la mauvaise gestion du dossier fiscal dans le secteur des télécommunications.

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