Fatou K. Sène & Ibrahima Thiobane
30 Juillet 2008
Wasis Diop a fait la musique de beaucoup de films de son défunt frère, Djibril, notamment Hyènes et La Petite vendeuse de Soleil. Dans cette dernière partie d'entretien, il démontre comment il met son art au service du cinéma.
Je conçois la musique à partir du scénario
'Djibril est un cinéaste musical. Son cinéma est musical parce que ses idées sont musicales. C'est quelqu'un qui est dans la symphonie imaginaire. Il entend des choses. Ses scénarios étaient d'une rare beauté. A les lire, l'on se demandait s'il avait besoin de tourner des films, tellement le contenu était essentiel et complet. Pour faire la musique de ses films, j'ai souvent travaillé à partir des scénarios.
Nous scellions le destin de la musique avant même qu'il ne tourne, car il avait besoin de quelques notes discrètes. C'était un mélomane. Pour les autres films aussi, je m'y prenais de la même manière. Evidemment, j'avais des relations particulières avec Djibril, c'était mon frère. J'étais plus à même de l'accompagner dans ses quêtes parce que je vivais dans le même univers que lui bien que nous ne vivions pas la même chose. Nous avions la même fibre, la même sensibilité.'
Plus grave de faire de la musique pour Mambety
'Djibril aimait la musique. Il savait que je pouvais la faire. Il savait que je pouvais porter son rêve musical, comme j'ai fait dans Hyènes. Il m'a fait l'amitié de me confier la musique de ses films. C'était plus grave que difficile de faire la musique de son film. Grave parce que quand on faisait quelque chose dans la voie d'une complicité et que le complice n'est plus là, on franchit le mur de la gravité. Et là tout devient compliqué car l'émotion devient plus forte.
Avec Djibril, le poids de la responsabilité était difficile à porter. Chaque souffle devenait quelque chose à conquérir jusqu'à l'achèvement parce qu'on a tellement peur de se tromper.
Achever un travail qui était terminé
'Djibril m'a appris le cinéma. C'est pourquoi tout ce que j'ai eu à faire, c'est par procuration. Ce que j'ai fait en terminant le film La Petite vendeuse de Soleil [sorti après la mort de son auteur]. C'est ce qu'il m'a demandé de faire. Terminer La Petite vendeuse de Soleil, c'est même prétentieux. J'ai plus achevé que terminé parce que le film était terminé. Il fallait l'achever. Car achever c'est plutôt travailler dans les contours de son oeuvre, la musique n'était pas faite, mais je savais quoi faire. J'ai achevé un travail qui était terminé.'
Toujours la même histoire
'Toute la filmographie de Djibril est faite d'un seul film. Parce qu'ils [les films] sont liés par les personnes qui reviennent à chaque fois : ces jeunes, vieux, ces petites gens, etc. Touki Bouki et Hyènes c'est exactement la même histoire. Dans Touki Bouki, l'héroïne Anta s'en va, dans Hyènes elle revient à travers Linguère Ramatou. C'est une symbiose, c'est une même histoire liée par une toile, je ne dirais pas mystique mais magique dans la création.'
Judu Bék est lié aux petites gens de Djibril
'Il y a un lien entre mon dernier album Judu Bék, La joie de vivre et l'attachement que Djibril avait pour les petites gens. C'est cet attachement à la joie de vivre, essentielle et qui existe en Afrique. C'est une chose qui permet aux petites gens d'espérer, de vivre. C'est une chose importante. J'espère qu'on ne va pas la perdre.
Djibril était séduit par ce monde qui dormait dans les rues, qui vendait un ou deux journaux, et qui, malgré les difficultés, gardait toujours le sourire (rires).
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