L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Doha et la région

Port Louis — Lancé il y a sept ans avec pour objectif de stimuler l'économie mondiale et contribuer à la lutte contre la pauvreté, le cycle de Doha révèle, une fois encore, toute la complexité de notre monde d'aujourd'hui.

Si après la Seconde Guerre mondiale, le commerce s'est alors libéralisé progressivement grâce à des accords signés entre une trentaine de pays, tel n'est plus le cas en ce 21e siècle. Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) - qui regroupe 153 Etats-membres - en a vu de toutes les couleurs.

Il semble avoir compris que plus rien ne peut être imposé : le consensus international étant quasi impossible, tant les intérêts stratégiques des uns et des autres sont divergents. Rien n'y fait, malgré la prolongation des réunions du cycle de Doha (capitale du Qatar, où avait eu lieu, en 2001, le coup d'envoi des négociations multilatérales), en 2003 à Cancun, en 2004 à Genève et en 2005 à Hongkong.

Dans un contexte international difficile, avec la crise alimentaire et celle du pétrole, la réunion 2008 de Genève était considérée comme celle de la dernière chance pour le libre-échange mondial. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui estiment que les prochaines élections américaines vont remettre à plat les termes et le processus de ces laborieuses négociations.

Pour rappel, les négociations de l'OMC prévoyaient surtout la réduction des subventions et des droits de douane agricoles pratiqués par les pays du Nord, qui empêchent les pays du Sud, pour ne pas dire les pays pauvres, d'y exporter leur production. En retour, les pays développés demandaient aux pays émergents ou en voie de développement d'ouvrir davantage leurs frontières à leurs produits industriels et autres secteurs de services (télécommunications, finance, entre autres). Les gigantesques marchés indiens et chinois sont, à cet égard, très convoités par les pays industriels de l'Europe.

Aujourd'hui, le scénario qui se profile augure des jours difficiles pour les pays de la région, comme pour l'ensemble des pays du Sud. Dans l'océan Indien, les pays insulaires sont très loin de cette masse critique - de la Chine ou de l'Inde par exemple - et ne peuvent ainsi se replier sur eux-mêmes. Nous dépendons de l'exportation pour survivre. On doit donc se contenter des accords très inégalitaires, a l'instar des accords de partenariat économique, pour rester à flots.

Pour la région, surtout à cause de l'érosion des préférences concernant le sucre, le textile et les exportations de poisson, on nourrissait beaucoup d'espoir quant à une éventuelle conclusion du cycle - qu'on souhaitait «équilibré». Rama Sithanen, qui a plaidé la cause des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique confiait, avec un brin d'optimisme, en fin de semaine dernière : «nous sommes pour l'Aid for Trade afin de pouvoir développer nos capacités de production et d'exportation.»

Les pays de l'océan Indien, comme d'autres pays africains, comptaient sur cette bouée de sauvetage pour sortir de la pauvreté et participer, enfin, au commerce mondial de manière équitable. Mais à ce stade, il faut surtout s'attendre à une prolifération des accords bilatéraux. Et au lieu de se regrouper, les pays risquent encore de se considérer les uns les autres comme des compétiteurs en quête de marchés.

Pour éviter cela, il revient à la Commission de l'océan Indien, ou d'autres blocs régionaux, de se réorganiser afin de venir à bout de l'étroitesse des marchés. L'heure est plus que jamais au renforcement de l'identité culturelle régionale.


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